L’État que vous ne connaissiez pas pourrait devenir la clé de la sécurité maritime d’Israël

À l’un des carrefours les plus sensibles du commerce mondial, face aux menaces croissantes des Houthis et à l’expansion régionale de l’Iran, Israël vient d’opérer un tournant stratégique majeur. La reconnaissance de Somaliland ne constitue ni un geste exotique ni une simple initiative diplomatique. Elle marque un changement de doctrine : le passage d’une posture défensive à une approche proactive visant à façonner l’espace géopolitique dans lequel l’État hébreu évolue.

Le signal a été discret mais révélateur. Dans les systèmes de veille d’un grand acteur technologique mondial, l’intérêt pour un territoire quasi absent du débat international a soudainement explosé. Aucun séisme, aucune guerre déclarée, aucun événement sportif n’expliquait cette hausse. Les algorithmes, eux, avaient compris : Israël venait de reconnaître officiellement le Somaliland, déclenchant un effet d’onde bien au-delà de l’Afrique de l’Est.

Pour mesurer la portée de ce choix, il faut d’abord comprendre ce qu’est réellement le Somaliland. Depuis 1991, ce territoire fonctionne de facto comme un État : institutions, forces de sécurité, élections régulières et stabilité relative, surtout comparée à la Somalie dont il s’est séparé. Mais sa valeur stratégique dépasse largement sa gouvernance interne. Le Somaliland se situe à proximité immédiate du détroit de Bab el-Mandeb, l’un des goulets d’étranglement maritimes les plus critiques au monde, par lequel transite une part essentielle du commerce mondial, de l’énergie et des flux logistiques reliant l’Asie, l’Europe et l’Afrique.

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Le calendrier de cette reconnaissance n’a rien d’anodin. Les attaques répétées des Houthis, opérant depuis le Yémen avec un soutien iranien, ont transformé la mer Rouge en zone de friction permanente. Pour Israël, il ne s’agit plus d’une menace indirecte mais d’un risque immédiat pesant sur ses voies maritimes vitales, véritables artères économiques du pays. Dans le même temps, le recul de l’influence occidentale dans certaines régions a ouvert la voie à des acteurs offensifs, au premier rang desquels Iran et Turkey, qui investissent ports, bases militaires, infrastructures et alliances politiques.

Pendant longtemps, Israël a privilégié une stratégie de prudence, concentrée sur la gestion de menaces immédiates et locales. La reconnaissance du Somaliland révèle une inflexion nette : Jérusalem perçoit désormais son environnement comme un système global, où l’absence équivaut à un affaiblissement stratégique. En prenant position, Israël choisit d’influencer plutôt que de subir.

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Les bénéfices potentiels sont multiples. Sur le plan sécuritaire, le partenariat avec le Somaliland peut offrir une profondeur stratégique sans nécessiter une présence militaire massive. Coopérations discrètes, partage de renseignement, capacités de surveillance maritime : autant d’outils permettant de mieux contrôler l’espace d’où opèrent les Houthis et leurs soutiens. Sur le plan géoéconomique, le port de Berbera constitue une porte d’entrée vers l’Afrique de l’Est et, indirectement, vers le marché éthiopien, l’un des plus vastes du continent. Pour Israël, c’est l’opportunité de lier sécurité, infrastructures et commerce, une logique que les grandes puissances appliquent depuis longtemps.

À cela s’ajoute un volet civil et technologique. Le Somaliland a des besoins fondamentaux dans des domaines où Israël dispose d’un avantage comparatif clair : gestion de l’eau, agriculture en milieu aride, énergies renouvelables, santé numérique et infrastructures intelligentes. Pour Hargeisa, ces partenariats sont vitaux ; pour Israël, ils renforcent son influence régionale par des moyens non militaires.

Ce mouvement n’est toutefois pas sans coût diplomatique. La Turquie, fortement implantée en Somalie, perçoit cette reconnaissance comme une atteinte directe à ses ambitions en mer Rouge. Plusieurs États arabes, notamment l’Égypte, dénoncent un précédent « séparatiste » susceptible de déstabiliser la région. L’Union africaine et l’Union européenne rappellent leur attachement à l’intégrité territoriale de la Somalie, tandis que la Chine observe avec méfiance toute évolution susceptible de renforcer un allié des États-Unis dans une zone stratégique. Même Washington, sous la présidence de Donald Trump, n’a pour l’heure apporté qu’un soutien prudent et mesuré.

La question centrale demeure donc celle de la suite. Si la reconnaissance du Somaliland reste symbolique, son impact s’érodera rapidement. En revanche, si elle s’accompagne d’une stratégie cohérente – investissements ciblés, coopération sécuritaire, initiatives économiques et diplomatie active – elle peut devenir un fait stratégique durable. Plus encore, elle reflète une leçon tirée des événements récents : la sécurité d’Israël ne se construit pas uniquement par la force militaire, mais par la capacité à modeler l’environnement géopolitique en amont.

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Au-delà du cas du Somaliland, ce choix traduit une évolution profonde de la pensée stratégique israélienne. Après le 7 octobre, Jérusalem semble avoir intégré que la survie et la stabilité passent par l’anticipation, la présence et l’influence. Dans un monde où les routes maritimes sont devenues des lignes de front invisibles, une entité lointaine et méconnue peut, paradoxalement, devenir l’un des piliers de la sécurité nationale israélienne.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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