L’hommage poignant d’un pĂšre franco-israelien endeuillĂ© : « Yohanan a tout donnĂ© aux autres jusqu’à ce que son Ăąme se brise »

Le rĂ©cit de Yohanan Eliyahu Fradge n’est pas seulement celui d’une tragĂ©die personnelle, c’est le miroir d’une blessure nationale qui saigne dans le silence des foyers israĂ©liens. Yohanan, combattant de la brigade Carmeli, a mis fin Ă  ses jours, vaincu par un fardeau mental devenu insupportable. Son pĂšre, Moshe Fradge, a acceptĂ© de livrer un tĂ©moignage poignant au micro d’Arutz 7, non pas pour raconter la mort, mais pour cĂ©lĂ©brer une vie de don de soi et alerter sur le sort de ceux qu’il appelle les « invisibles ».

Le mot-clĂ© qui traverse toute l’existence de Yohanan est la douleur. Une douleur qu’il a cĂŽtoyĂ©e dĂšs son plus jeune Ăąge, grandissant Ă  Kiryat Arba, entourĂ© de figures hĂ©roĂŻques comme Benaya Sarel, un ami proche tombĂ© au combat. Yohanan lui-mĂȘme n’Ă©tait pas un Ă©tranger au sacrifice physique : il avait Ă©tĂ© griĂšvement blessĂ© par des jets de pierres lors d’un attentat, suivant les traces de son pĂšre, lui-mĂȘme handicapĂ© de Tsahal aprĂšs avoir Ă©tĂ© mortellement blessĂ© dans la cĂ©lĂšbre « allĂ©e du Courage » Ă  HĂ©bron. Mais si les cicatrices physiques se voient, celles de l’Ăąme de Yohanan sont restĂ©es tapies dans l’ombre.

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Ancien soldat de l’unitĂ© d’Ă©lite Egoz, Yohanan avait combattu lors de l’opĂ©ration « Bordure Protectrice » avant de rejoindre l’unitĂ© Carmeli pour la guerre actuelle. « Yohanan, notre fils aĂźnĂ©, se souciait profondĂ©ment du peuple d’IsraĂ«l », raconte Moshe. « Il Ă©tait toujours le premier Ă  entrer dans les maisons Ă  Gaza, le premier Ă  se porter volontaire. » MĂȘme en dehors de ses pĂ©riodes de rĂ©serve, il restait mobilisĂ© au sein de l’Ă©quipe d’intervention rapide de sa localitĂ©, prĂȘt Ă  intervenir Ă  chaque instant contre le terrorisme. Pour lui, donner Ă©tait un cycle naturel, un engagement total envers sa famille, sa femme et ses camarades.

Le drame rĂ©side dans la pudeur de ce colosse. « Comme tous les invisibles, Yohanan disait toujours que ‘tout allait bien’, qu’il s’en sortait malgrĂ© les difficultĂ©s », explique son pĂšre avec Ă©motion. Yohanan ne laissait rien transparaĂźtre de son tourment intĂ©rieur. Il s’occupait des autres, collectait mĂȘme des fonds pour aider des soldats souffrant de stress post-traumatique non reconnus, cherchant Ă  leur offrir un peu de repos. Il Ă©tait le pilier, le fils aĂźnĂ©, celui sur qui tout le monde s’appuyait. Mais sous la surface, le rĂ©servoir de force s’Ă©puisait. « Le rĂ©cipient s’est brisĂ© parce qu’il n’y avait plus de force », lĂąche Moshe.

Ce suicide n’est pas un cas isolĂ©. Moshe mentionne qu’un ami d’enfance de Yohanan a Ă©galement mis fin Ă  ses jours rĂ©cemment. Pour lui, le terme « blessĂ© de l’Ăąme » est le seul qui convienne, mais il dĂ©plore que ces blessures soient si difficiles Ă  dĂ©tecter avant qu’il ne soit trop tard. Il appelle les familles et la sociĂ©tĂ© Ă  ne plus se contenter des rĂ©ponses polies. « ArrĂȘtons avec cette phrase ‘Tout va bien, Baroukh Hashem’. Il faut ĂȘtre Ă  l’Ă©coute, ĂȘtre prĂ©sent, ne pas attendre qu’ils parlent mais crĂ©er l’espace oĂč ils pourront s’ouvrir. »

Aujourd’hui, Moshe Fradge ne veut plus seulement parler, il veut hurler. Son message s’adresse Ă  tout le peuple d’IsraĂ«l : « J’en ai assez de parler. J’attends que tout le monde soit lĂ  pour eux. ArrĂȘtons d’abandonner les invisibles. » Il rappelle que pour son fils, il n’y avait ni droite ni gauche, seulement des frĂšres d’armes et un pays Ă  protĂ©ger. Le sacrifice de Yohanan doit servir de signal d’alarme pour que plus aucun soldat ne se sente seul au retour du front.

La mĂ©moire de Yohanan vit dĂ©sormais Ă  travers ses enfants et le combat de son pĂšre pour la reconnaissance des traumatismes psychiques. Moshe conclut en larmes, Ă©voquant le sourire de son fils et sa question rituelle en entrant dans la maison : « Papa, maman, vous avez besoin de quelque chose ? Ne vous inquiĂ©tez pas, je suis lĂ . » C’est ce mĂȘme dĂ©vouement que Moshe demande aujourd’hui Ă  la nation : « RĂ©veillez-vous. Nous devons les regarder et les voir vraiment. C’est ce qu’il aurait voulu. »

Pour approfondir les enjeux du stress post-traumatique chez les soldats et le soutien aux familles endeuillées, consultez nos analyses sur infos-israel.news :


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