En dépit de pressions croissantes exercées par certains milieux religieux opposés à leur enrôlement, le nombre de jeunes femmes issues du courant religieux sioniste qui choisissent de servir dans l’armée israélienne a atteint en 2025 un niveau record. Selon les données publiées par la direction des ressources humaines de Tsahal, environ 4 000 jeunes femmes religieuses se sont engagées cette année, soit le double par rapport au début des années 2010, où leur nombre ne dépassait pas le millier.
Cette hausse s’inscrit dans une tendance continue observée depuis plus d’une décennie. En 2020, environ 3 000 jeunes femmes religieuses avaient déjà rejoint l’armée. Les deux dernières années, marquées par la guerre et un contexte sécuritaire tendu, ont accéléré le mouvement. Fait notable : nombre d’entre elles disposaient d’une exemption légale fondée sur une déclaration religieuse, mais ont volontairement renoncé à ce statut pour effectuer un service militaire.
Une opposition religieuse persistante
Cette évolution se produit pourtant dans un climat de contestation accrue. La semaine dernière encore, plusieurs rabbins influents du courant national-religieux ont adressé une lettre au ministre de la Défense, Israël Katz, exigeant que Tsahal cesse toute action visant à encourager l’enrôlement de jeunes femmes religieuses. Selon eux, de telles initiatives contreviendraient aux procédures permettant l’exemption et porteraient atteinte à « la capacité de l’armée à combattre efficacement ».
Dans une autre missive adressée aux directions d’oulpanot et de lycées religieux pour jeunes filles, ces rabbins ont appelé à refuser l’entrée dans les établissements scolaires à toute organisation promouvant le service militaire féminin. Le texte affirme que Tsahal « n’est pas destiné à satisfaire des agendas progressistes, mais à vaincre, sauver des vies et garantir la sécurité du peuple d’Israël ».
Un choix assumé par les jeunes femmes
Malgré ces campagnes, les chiffres témoignent d’une réalité différente sur le terrain. Le potentiel total de recrutement des jeunes femmes religieuses est estimé à environ 9 000 par an. Or, une proportion croissante d’entre elles préfère aujourd’hui le service militaire au service national, pourtant fortement soutenu par des campagnes financées et structurées au sein du secteur religieux.
Les observateurs parlent d’un phénomène clair : « elles votent avec leurs pieds ». Environ 40 % des jeunes femmes religieuses choisissent désormais l’armée, un taux en progression constante.
Une percée inédite dans les unités de combat
L’un des changements les plus significatifs concerne l’accès aux fonctions combattantes. Ces dernières années, un nombre croissant de jeunes femmes religieuses ne se contente plus de servir dans des rôles de soutien, mais demande à intégrer des unités opérationnelles. En réponse, Tsahal a ouvert des parcours spécifiques, adaptés au respect d’un mode de vie religieux.
Récemment, une première unité de combat exclusivement composée de jeunes femmes religieuses a achevé sa formation au sein du système de collecte de renseignement de combat. Ces soldates, issues de plusieurs académies religieuses, ont reçu leur insigne de combattante à l’issue d’un programme inédit conciliant exigences opérationnelles et cadre religieux strict. Il s’agit d’une première historique dans l’armée israélienne.
L’engagement féminin pendant la guerre
Autre phénomène marquant depuis le début du conflit : l’engagement de femmes n’ayant jamais servi dans l’armée, mais ayant effectué un service national. Nombre d’entre elles ont choisi de s’engager volontairement dans la réserve, après avoir suivi une formation militaire accélérée. Elles ont été intégrées selon leurs compétences civiles, principalement dans les domaines médicaux, logistiques, juridiques et dans le soutien psychologique au sein des centres de résilience de Tsahal.
Des chiffres qui interrogent
Malgré cette dynamique, près de 45 % des jeunes femmes israéliennes ne servent toujours pas dans l’armée. Environ 37 % bénéficient d’une exemption sur déclaration religieuse, un mécanisme jugé trop permissif par certains responsables militaires. Les données indiquent par ailleurs que ce dispositif est parfois utilisé abusivement, y compris par des jeunes femmes non religieuses.
Des voix s’élèvent au sein de l’establishment sécuritaire et de la société civile pour réclamer un durcissement des conditions d’octroi de ces exemptions, parallèlement à un encouragement accru du service, militaire ou national.
« La tendance est irréversible »
Pour Yifat Sela, présidente du mouvement féminin Emouna et ancienne directrice de l’association Aluma, la dynamique actuelle ne peut plus être stoppée. « Le train a quitté la gare depuis longtemps. Le désir des femmes religieuses de servir Tsahal ne cesse de croître. Pendant la guerre, elles ont prouvé qu’elles assumaient pleinement le fardeau, en service actif comme dans la réserve », affirme-t-elle.
Elle ajoute que dans le débat actuel sur la loi sur la conscription, « il est légitime d’attendre que les jeunes hommes ultra-orthodoxes, eux aussi, entrent sous la civière de la mission nationale, par sens de responsabilité et de solidarité ».
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
© 2025 – Tous droits réservés
Publicité & Partenariats – Infos-Israel.News





