Manifestations à Téhéran – incendies et affrontements lors de la répression du régime iranien

À mesure que les manifestations anti-gouvernementales s’étendent en Iran depuis la fin décembre, le pouvoir durcit publiquement son dispositif sécuritaire, tout en tentant d’encadrer le récit et d’intimider les protestataires. Samedi 10 janvier 2026, l’armée iranienne a déclaré qu’elle protégerait les infrastructures stratégiques et les biens publics, en appelant la population à déjouer « les complots de l’ennemi ». Dans le même temps, les Gardiens de la Révolution (IRGC), force distincte de l’armée régulière, ont averti que la protection de la sécurité nationale et des « acquis » de la révolution de 1979 constituait une « ligne rouge ». (Al Jazeera)

Ce double message — fermeté institutionnelle et menace implicite — intervient alors que la rue ne se limite plus à une contestation du coût de la vie. Les rassemblements, d’abord nourris par la colère contre l’inflation et la dégradation du pouvoir d’achat, se transforment en un mouvement qui vise désormais la nature même du régime. Des images et vidéos relayées par des médias persanophones basés hors d’Iran montrent de nouveaux cortèges et des affrontements dans plusieurs villes, tandis que les autorités imputent les violences à des « émeutiers » et mettent en avant des arrestations. Selon Al Jazeera, la télévision d’État a rapporté l’interpellation d’au moins 100 « émeutiers armés » et des médias d’État ont accusé des « terroristes hostiles », Israël et d’autres acteurs d’attiser le désordre. (Al Jazeera)

Dans ce contexte, Téhéran a également brandi l’arme judiciaire. Le procureur général Mohammad Movahedi Azad a averti que toute participation aux manifestations pourrait être assimilée à une accusation d’« ennemi de Dieu », chef d’inculpation passible de la peine de mort selon la terminologie et la pratique répressive du régime. Ce signal vise à dissuader, mais il peut aussi produire l’effet inverse : pousser une partie de la population à considérer qu’il n’existe plus d’issue négociée, et que la confrontation est devenue existentielle. (Al Jazeera)

Sur le plan opérationnel, un élément pèse sur la compréhension de la situation : la coupure d’internet. Les autorités iraniennes ont restreint ou interrompu l’accès au réseau, officiellement au nom de la sécurité, mais de nombreuses organisations de défense des droits y voient une stratégie classique de contrôle : empêcher l’organisation des protestations, limiter la circulation des preuves d’exactions et réduire la capacité des médias internationaux à vérifier les informations. Amnesty International, cité par Al Jazeera, a estimé qu’un « shutdown » généralisé vise à masquer l’ampleur des violations graves commises pour écraser le mouvement. (Al Jazeera)

La bataille des messages est aussi internationale. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a publié sur X un soutien explicite aux manifestants (« The United States supports the brave people of Iran »), dans une séquence où le président Donald Trump a de nouveau averti les dirigeants iraniens, indiquant qu’ils étaient « en grand danger » et menaçant d’une réponse si le régime se mettait à « tirer ». À Téhéran, ces déclarations sont présentées comme la preuve d’une ingérence étrangère, et servent à légitimer un traitement plus brutal des rassemblements. (Al Jazeera)

Au cœur de cette phase, la question la plus sensible reste le bilan humain, difficile à confirmer en temps réel du fait des coupures de communication et de l’accès très limité à des sources indépendantes sur place. La Norvège-based NGO Iran Human Rights a indiqué qu’au moins 51 protestataires — dont neuf enfants — ont été tués par les forces de sécurité, tandis que des centaines d’autres auraient été blessés. Ce chiffre, déjà lourd, pourrait évoluer et ne reflète pas nécessairement l’ensemble du pays, tant les conditions de documentation sont dégradées. (Al Jazeera)

Parallèlement, la dynamique politique de la contestation se cherche des figures et des mots d’ordre. Reza Pahlavi, fils de l’ancien Shah renversé en 1979 et installé à l’étranger, a appelé à des manifestations plus ciblées, avec l’objectif de « saisir et tenir » des centres-villes, et a incité à poursuivre la mobilisation sur plusieurs jours. Son intervention est suivie, discutée et parfois contestée, mais elle illustre un fait majeur : le mouvement ne se réduit plus à des rassemblements spontanés. Il tente, par vagues, de se structurer, de coordonner et de durer. (Al Jazeera)

Pour Israël et l’ensemble du Moyen-Orient, cette crise ouvre un champ d’incertitudes à haut risque. Si le régime iranien rétablit le contrôle par la force, il pourrait chercher à projeter une posture de puissance à l’extérieur pour compenser la fragilité intérieure — y compris via des actions indirectes. À l’inverse, si la contestation se maintient et s’étend, la priorité de Téhéran pourrait devenir la survie politique et sécuritaire sur son propre territoire, avec des effets en cascade sur les réseaux régionaux, les équilibres militaires et les dossiers de négociations internationales. Une chose est déjà claire : la rue iranienne, malgré la répression et le black-out numérique, refuse de disparaître.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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