Une vive polĂ©mique diplomatique et politique oppose IsraĂ«l Ă lâadministration amĂ©ricaine sortante aprĂšs de graves dĂ©clarations du Premier ministre Benjamin Netanyahou. Lors dâune confĂ©rence de presse tenue mardi soir, Netanyahou a affirmĂ© que des soldats israĂ©liens avaient perdu la vie pendant la guerre en raison dâun manque de munitions, directement liĂ©, selon lui, Ă un embargo partiel sur les armes imposĂ© par lâadministration de lâancien prĂ©sident amĂ©ricain Joe Biden.
« Ă un certain stade de la guerre, nous nâavions pas suffisamment de munitions. Des combattants sont tombĂ©s, des hĂ©ros sont tombĂ©s. Une partie de cette pĂ©nurie est le rĂ©sultat dâun embargo », a dĂ©clarĂ© Netanyahou. Il a ajoutĂ© avoir tirĂ© les leçons de cette situation : « Jâai dĂ©cidĂ© que nous ne reviendrons jamais Ă un tel scĂ©nario. IsraĂ«l doit disposer dâune industrie dâarmement aussi indĂ©pendante que possible. Cette rĂ©alitĂ© a radicalement changĂ© avec lâentrĂ©e en fonction de lâadministration du prĂ©sident Donald Trump ».
Réaction américaine virulente : « Une contre-vérité totale »
Les propos du Premier ministre israĂ©lien ont provoquĂ© une rĂ©action immĂ©diate et trĂšs dure du camp dĂ©mocrate amĂ©ricain. Amos Hochstein, Ă©missaire de lâadministration Biden, a dĂ©clarĂ© Ă la tĂ©lĂ©vision israĂ©lienne : « Netanyahou ne dit pas la vĂ©ritĂ© et fait preuve dâune ingratitude choquante envers le prĂ©sident Biden, qui a sauvĂ© IsraĂ«l dans le moment le plus vulnĂ©rable de son histoire ».
La charge a Ă©tĂ© encore plus frontale de la part de Brett McGurk, ancien conseiller principal de Biden pour le Moyen-Orient. « Cette dĂ©claration est totalement mensongĂšre », a-t-il affirmĂ©. McGurk a soutenu que Biden avait quittĂ© ses fonctions alors quâun cessez-le-feu Ă©tait en place Ă Gaza, que des otages rentraient chez eux, que le Hezbollah avait Ă©tĂ© affaibli au Liban, et que lâIran se trouvait dans sa position stratĂ©gique la plus faible ŚŚŚ 1979, notamment grĂące au dĂ©ploiement militaire amĂ©ricain et Ă une rĂ©ponse coordonnĂ©e ayant neutralisĂ© des systĂšmes de dĂ©fense iraniens.
« Lâengagement de Joe Biden envers la sĂ©curitĂ© dâIsraĂ«l, y compris lâaide militaire amĂ©ricaine, a Ă©tĂ© total et constant tout au long de la guerre », a insistĂ© McGurk.
La riposte israĂ©lienne : « ArrĂȘtez de nous noyer sous la propagande »
Ces accusations ont été vigoureusement rejetées en Israël. Le commentateur politique de premier plan Amit Segal a publié une réponse détaillée, affirmant que les faits contredisent la version américaine.
« Et maintenant, les faits », Ă©crit Segal. « Biden a bien imposĂ© un embargo partiel sur les armes, notamment en bloquant la livraison de bulldozers D-9 que IsraĂ«l avait dĂ©jĂ payĂ©s. Cette dĂ©cision a mis en danger les soldats et a conduit Ă des pertes humaines. » Selon lui, lâarmĂ©e israĂ©lienne est mĂȘme entrĂ©e Ă Rafah avec des chars sans dotation complĂšte en obus, ce qui a accru les risques pour les forces au sol.
Segal a Ă©galement rappelĂ© que Biden sâĂ©tait opposĂ© Ă lâĂ©limination de Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah, et que son secrĂ©taire Ă la DĂ©fense aurait violemment rĂ©agi lors dâun appel tĂ©lĂ©phonique avec le ministre israĂ©lien de la DĂ©fense lorsque ce dernier annonça la neutralisation du leader du Hezbollah. « LâIran nâĂ©tait pas affaibli lorsque Biden a quittĂ© la Maison-Blanche, bien au contraire : il se sentait suffisamment en confiance pour tirer deux salves de missiles vers IsraĂ«l », a-t-il ajoutĂ©.
Sa conclusion, volontairement ironique, a marquĂ© les esprits : « Nous sommes tous assez ĂągĂ©s pour nous souvenir de ce qui sâest rĂ©ellement passĂ©. Inutile de nous badigeonner de mensonges et de propagande ».
Les faits militaires : éclairage du correspondant de Galé Tsahal
Le journaliste militaire Doron Kadosh, correspondant de la radio de lâarmĂ©e israĂ©lienne, a apportĂ© un Ă©clairage factuel plus nuancĂ©. Il a confirmĂ© que lors de lâentrĂ©e de Tsahal Ă Rafah en mai 2024, contre lâavis explicite de Washington, lâadministration Biden a dĂ©cidĂ© de bloquer Ă la fois des bombes lourdes MK-84 (dâune tonne) et des bulldozers blindĂ©s D-9.
Ces Ă©quipements sont essentiels pour la destruction de bĂątiments piĂ©gĂ©s, la neutralisation dâexplosifs et lâouverture dâaxes sĂ©curisĂ©s. « LorsquâIsraĂ«l ne disposait pas dâassez de moyens de gĂ©nie et de bombes lourdes, lâarmĂ©e a payĂ© un prix lourd lors du combat terrestre », explique Kadosh.
Il prĂ©cise toutefois quâil serait erronĂ© et irresponsable dâaffirmer que chaque soldat tombĂ© lâa Ă©tĂ© uniquement Ă cause de lâembargo. Mais il souligne quâavec davantage de moyens lourds, des mĂ©canismes de sĂ©curitĂ© supplĂ©mentaires auraient pu ĂȘtre mis en Ćuvre face aux piĂšges du Hamas.
Les chiffres sont parlants : entre mars et octobre 2025, 61 soldats israĂ©liens sont tombĂ©s lors des combats terrestres Ă Gaza, dont 38 â plus de 60 % â Ă cause dâengins explosifs et de bĂątiments piĂ©gĂ©s.
Une fracture durable entre Jérusalem et Washington
Au-delĂ de la polĂ©mique verbale, cet Ă©change rĂ©vĂšle une fracture stratĂ©gique profonde entre IsraĂ«l et lâadministration dĂ©mocrate sortante, alors que lâarrivĂ©e de Donald Trump Ă la Maison-Blanche marque un changement radical de ton et de politique. Pour Netanyahou et ses soutiens, la leçon est claire : IsraĂ«l ne peut plus dĂ©pendre entiĂšrement de fournisseurs Ă©trangers, mĂȘme alliĂ©s historiques, lorsquâil sâagit de la survie de ses soldats.





