« Nous avons trouvĂ© des dizaines de plans d’assaut visant les localitĂ©s » : la JudĂ©e-Samarie vers la catastrophe ?

Six cents kilomètres sĂ©parent le scĂ©nario cauchemardesque du 7 octobre de la rĂ©alitĂ© de la JudĂ©e-Samarie. C’est une ligne de dĂ©marcation sinueuse, qui serpente du Guilboa jusqu’Ă  Arad, oscillant entre clĂ´tures dĂ©chirĂ©es et zones totalement ouvertes. Alors que Tsahal marque mille jours depuis le massacre qui a changĂ© le cours de l’Histoire, au 14ᵉ Ă©tage du bâtiment de l’Ă©tat-major on saisit la vĂ©ritĂ© amère : l’arène la plus sensible n’est ni Gaza ni le Liban — elle se trouve ici, au cĹ“ur du pays, et la menace y est plus tangible que jamais. Ces derniers jours, les ordres sont parvenus sur le terrain : un renforcement spĂ©cial le long de la ligne de couture et sur les axes principaux.

Les commandants des brigades rĂ©gionales de la division de JudĂ©e-Samarie, sous les ordres du gĂ©nĂ©ral de brigade Kobi Heller, s’entraĂ®nent en prioritĂ© Ă  un scĂ©nario prĂ©cis : un raid de terroristes ou l’assaut d’une foule palestinienne en direction des localitĂ©s israĂ©liennes. L’un des officiers du commandement central a qualifiĂ© cette hypothèse de « mode d’action possible et plausible ». La charge sĂ©curitaire pesant sur Tsahal s’est alourdie après qu’une dĂ©cision gouvernementale a créé 103 nouvelles localitĂ©s, sans compter des dizaines de fermes isolĂ©es et les avant-postes illĂ©gaux qui compliquent considĂ©rablement la tâche des forces.

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Sous la surface, le calme est une illusion dangereuse. Au commandement central, on ne ferme pas l’Ĺ“il : pour eux, la division est assise sur un baril d’explosifs qui n’attend qu’une Ă©tincelle. Pour empĂŞcher la prochaine dĂ©flagration, Tsahal mène en JudĂ©e-Samarie une bataille silencieuse, quotidienne et intensive, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, dans les zones les plus violentes. Les chiffres parlent : plus de 12 000 raids offensifs ont Ă©tĂ© menĂ©s depuis le dĂ©but de 2026, maintenant le terrain constamment sous tension.

« Des centaines de cibles que l’armĂ©e de l’air connaĂ®t parfaitement »

Les statistiques racontent l’ampleur des efforts des organisations terroristes pour Ă©tendre leurs tentacules vers la rĂ©gion : 1 950 personnes recherchĂ©es ont Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©es dans les salles d’interrogatoire du Shabak — des planificateurs et exĂ©cutants les plus haut placĂ©s jusqu’aux jeunes en quĂŞte de leur prochain cocktail Molotov. Mais le chiffre le plus inquiĂ©tant se cache dans les dĂ©pĂ´ts de munitions que l’armĂ©e vide : des centaines d’armes rĂ©glementaires, du M-16 aux fusils de chasse, et avec elles, plus de 400 drones saisis avant de devenir des instruments meurtriers, rĂ©vĂ©lant un marchĂ© noir bien huilĂ©. Dans cette bataille pour assĂ©cher le « marĂ©cage bouillonnant », les forces ne se contentent pas d’arrĂŞter des suspects : elles dĂ©mantèlent l’infrastructure elle-mĂŞme. Quarante tours Ă  mĂ©taux servant Ă  fabriquer de l’armement ont Ă©tĂ© dĂ©truits cette annĂ©e, et 4,5 millions de shekels — le carburant numĂ©rique qui alimente les attentats — ont Ă©tĂ© confisquĂ©s.

C’est dans ce cadre qu’un officier supĂ©rieur a levĂ© le voile sur le dispositif. Le ministère de la DĂ©fense Ĺ“uvre Ă  renforcer les composantes de sĂ©curitĂ© des localitĂ©s, y compris les kitot konenout, par des moyens technologiques et par la construction et l’entretien de la clĂ´ture ou du mur. Parallèlement, Tsahal a bâti et entraĂ®ne des modèles d’alerte pour les Ă©vĂ©nements soudains, tout en augmentant la disponibilitĂ© des forces terrestres et aĂ©riennes. « Il y a des centaines de cibles que l’armĂ©e de l’air connaĂ®t parfaitement, et dans un dĂ©lai très court elle sait les frapper afin d’empĂŞcher un assaut massif en direction des localitĂ©s », a dĂ©clarĂ© l’officier. « Il y a des localitĂ©s proches d’une population palestinienne, comme Psagot face Ă  Ramallah, et il y a aussi des localitĂ©s isolĂ©es. Nous savons ce que pense l’ennemi car nous avons trouvĂ© des dizaines de plans d’assaut — du Hamas — visant les localitĂ©s Ă  l’intĂ©rieur de la JudĂ©e-Samarie. Il est important de souligner qu’Ă  ce jour, nous ne connaissons pas mĂŞme une seule infrastructure qui s’occupe de ce sujet, et certainement pas une infrastructure institutionnalisĂ©e comme le Hamas. »

La ligne de couture, talon d’Achille

Le Shabak et le renseignement militaire ont placĂ© le scĂ©nario du raid sur les localitĂ©s au centre de leur travail de collecte. Ă€ cela s’ajoute l’alerte sur une menace supplĂ©mentaire, celle du « retournement des canons » : les mĂ©canismes de sĂ©curitĂ© palestiniens susceptibles de retourner fusils et pistolets contre Tsahal et les citoyens israĂ©liens. « L’un des dĂ©fis centraux, c’est la question de la ligne de couture », a expliquĂ© l’officier, en Ă©voquant l’attentat de Tsour Yitzhak. Il y a environ un mois, Omer Yassine, citoyen israĂ©lien rĂ©sident de Tayibe, a perpĂ©trĂ© un attentat par arme Ă  feu meurtrier sur plusieurs scènes : Kokhav Yair, Tsour Yigal, Tsour Natan et Salit. Un membre de la kitat konenout de Tsour Natan, HaĂŻm Kalomiti, y a Ă©tĂ© tuĂ©, et plusieurs autres civils blessĂ©s. Le terroriste a Ă©tĂ© neutralisĂ© après une poursuite.

Selon des tĂ©moignages de rĂ©servistes du terrain, la majeure partie du secteur du Goush Etzion demeure sans clĂ´ture en raison de questions liĂ©es Ă  des dĂ©cisions de la Cour suprĂŞme, et de l’espace de Nativ HaLamed-Heh jusqu’Ă  JĂ©rusalem, il n’y a aucune clĂ´ture. Une partie notable de la barrière dans les brigades de Binyamin et de Yehouda est endommagĂ©e, sans budget pour la rĂ©parer. Faute de quoi, le secteur a Ă©tĂ© renforcĂ© par des efforts de collecte des observatrices du bataillon 636 et par des combattants patrouillant la ligne. Le renfort reçu par la division atteint dĂ©jĂ  cinq bataillons, portant l’ordre de bataille total Ă  24 bataillons.

Walla a appris que le chef d’Ă©tat-major a dĂ©clarĂ© en forum fermĂ© que, les forces consolidant des ceintures de sĂ©curitĂ© Ă  Gaza, au Liban et en Syrie, il pouvait tendre la corde — mais qu’au sujet de la JudĂ©e-Samarie il a affirmĂ© : « Je ne suis pas prĂŞt Ă  gĂ©rer des risques dans cette zone. » Des quartiers gĂ©nĂ©raux terroristes palestiniens en Iran, en Turquie, au Liban, au Qatar et ailleurs Ĺ“uvrent directement Ă  promouvoir des attentats. « Nous appelons ça la direction depuis l’Ă©tranger », a prĂ©cisĂ© l’officier. « ÉnormĂ©ment d’argent numĂ©rique entre en JudĂ©e-Samarie. Il s’agit de tentatives considĂ©rables de produire des attentats très significatifs, comme l’attentat du 1er octobre Ă  Jaffa et l’attentat des autobus Ă  Bat Yam, planifiĂ© par un terroriste de Naplouse et qui n’a finalement pas eu lieu. »

Au sein de l’appareil sĂ©curitaire, on comprend que les prĂ©cĂ©dents créés depuis le 7 octobre ne permettent plus de s’appuyer sur de simples « Ă©valuations de situation ». Face aux plans changeants, une dĂ©cision nationale est requise pour redĂ©finir les limites du secteur, aux cĂ´tĂ©s d’un investissement budgĂ©taire dans les portions bĂ©antes de la ligne de couture — avant que l’Ă©tincelle en JudĂ©e-Samarie ne se transforme en un feu qu’il sera très difficile d’Ă©teindre.

Pour approfondir, retrouvez sur notre site notre article consacré à la crainte que certains éléments servent le Hamas pour des actions terroristes, ainsi que notre dossier sur le rôle des kitot konenout dans la défense des localités.