Persister dans l’idée que le régime du Hamas est préférable à toute autre tentative de gouvernement palestinien, même après le 7 octobre, n’est plus seulement une erreur stratégique. C’est un abandon de l’avenir au profit d’une vision qui croit que la réalité ne peut être changée que par la force, sans comprendre que la vie est plus complexe.

Cela aurait pu être le moment le plus important de la guerre à Gaza depuis son déclenchement il y a près d’un an et demi. En fait, cela aurait pu être l’instant où l’on aurait enfin pu affirmer que nous avons progressé vers une « victoire totale ». Mais il semble que cette opportunité soit aussi en train d’être gâchée par le manque de vision du gouvernement.

Ces derniers jours, des manifestations courageuses ont éclaté dans tout Gaza, menées par des habitants frustrés protestant contre le régime du Hamas. Bien que ces manifestations n’aient pas été massives, elles représentent le mieux que l’on pouvait espérer : les habitants de Gaza se rebellent contre un gouvernement qui les a sacrifiés. Il aurait été possible de tirer parti de cette première vague pour soutenir l’essor de ce mouvement jusqu’à une véritable révolte contre le Hamas. Cela aurait pu être l’action la plus efficace pour mettre fin au régime du Hamas, bien plus que n’importe quelle campagne militaire, car elle aurait conduit à son renversement de manière authentique, par les habitants eux-mêmes, amorçant ainsi un changement profond à Gaza.

Israël sait comment agir dans de telles situations. Benjamin Netanyahou a prononcé de nombreux discours diffusés sur YouTube pendant la guerre, dans lesquels il encourageait les Iraniens à se révolter contre le régime des ayatollahs et exhortait les Libanais à se libérer de l’emprise du Hezbollah. Dans ses discours, il promettait qu’Israël recherchait la paix et apporterait son aide au peuple iranien et libanais si seulement leurs dirigeants ou groupes terroristes étaient renversés. Il est évident qu’un soutien peut également être apporté par des moyens clandestins. Pourtant, cette fois-ci, Israël s’est contenté de messages diffusés par le porte-parole de Tsahal. Pire encore, selon des informations provenant du cabinet de sécurité, certains responsables se sont demandé si ces manifestations étaient authentiques ou si elles étaient une mise en scène du Hamas pour simuler une menace contre son pouvoir.

Les dons sont la bienvenue en cette situation particulièrement difficile  :

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Cette interrogation est absurde : quel intérêt aurait le Hamas à prétendre que son pouvoir est en danger ? Cette suspicion révèle surtout une chose : le gouvernement israélien actuel ne souhaite pas vraiment présenter les habitants de Gaza comme un potentiel partenaire de coexistence, tout comme la libération des otages ne semble pas être sa priorité absolue. Il est plus simple et plus commode de justifier – à juste titre, bien sûr – la nécessité de combattre le Hamas, plutôt que de tenter de séparer la population civile du régime terroriste. D’autant plus que le gouvernement est sous l’influence de figures comme Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir, ainsi que d’autres membres du Likoud, qui préfèrent tromper l’opinion publique israélienne en promettant de mettre en œuvre le plan Trump sur le transfert de population.

Bien entendu, il ne faut pas se faire d’illusions. Les manifestations étaient limitées et concernaient une minorité de la population. Un soutien israélien aurait peut-être même mis ces manifestants en plus grand danger, puisque le Hamas réprime déjà brutalement toute dissidence. De plus, ces manifestations n’étaient pas nécessairement motivées par un désir de coexistence avec Israël, mais plutôt par une frustration croissante face à la situation dans laquelle la direction du Hamas les a plongés après le 7 octobre. Néanmoins, dès qu’un début de prise de conscience contre le Hamas émerge à Gaza, il est du devoir du leadership israélien de soutenir et d’encourager, par divers moyens, toute expression authentique de rejet du régime.

Un choix stratégique erroné

L’un des facteurs ayant favorisé la montée en puissance du Hamas ces dernières années est la croyance – qui a justifié le transfert de fonds qatariens aux yeux de Netanyahou et de ses partisans – que le maintien du Hamas au pouvoir à Gaza était bénéfique pour Israël. En effet, tant que le Hamas reste au pouvoir, il est évident qu’il est impossible de parvenir à une solution à deux États, comme le souhaite l’Autorité palestinienne en Cisjordanie. Ainsi, pour un gouvernement qui ne croit pas en un compromis, il est plus facile d’avoir en face un ennemi entièrement hostile.

Mais continuer à penser que le Hamas est préférable à toute autre alternative palestinienne, même après le 7 octobre, ce n’est plus seulement une erreur stratégique. C’est sacrifier l’avenir à une vision qui considère que la réalité ne peut être changée que par la force, sans prendre en compte la complexité du monde dans lequel nous vivons.

Par Avi Shilon (Ynet)