L’intolĂ©rance des diffĂ©rentes opinions et croyances politiques devient de plus en plus grave et dangereuse et fait craindre que le tissu social, en chemin vers une lente dĂ©sintĂ©gration, parvienne, peu ou prou, vers une probable escalade de la violence. Une opinion politique diffĂ©rente de la mienne ne fait pas de l’autre mon ennemi. Soyons tolĂ©rants et justes! Il n’y a pas des anges d’un cĂ´tĂ© et des dĂ©mons de l’autre, nous sommes tous les enfants d’IsraĂ«l pour le meilleur et pour le pire
La tolĂ©rance politique signifie accepter et respecter les droits fondamentaux et les libertĂ©s civiles des individus et des groupes dont les opinions diffèrent des nĂ´tres. Tous les citoyens, y compris les dirigeants politiques, ont la responsabilitĂ© de faire preuve de tolĂ©rance politique dans leurs propos et leurs actions. Il nous faut refuser et condamner très clairement toute dĂ©claration ou affirmation que ‘seule la force amène la victoire’, il ne peut rien avoir de tel dans nos contrĂ©es. La tolĂ©rance politique est un principe essentiel et cardinal de notre dĂ©mocratie israĂ©lienne. En tant qu’idĂ©al, elle le revendique dans sa lĂ©gislation, tous les citoyens du pays doivent se considĂ©rer, les uns et les autres, avec respect et bĂ©nĂ©ficier de l’Ă©galitĂ© et de la fraternitĂ© de traitement entre tous. Le fondement de la dĂ©mocratie libĂ©rale est l’acceptation et l’apprĂ©ciation de l’autre que moi.
La vie démocratique autorise les désaccords de tout ordre comme les différences religieuses, les divergences politiques ou les orientations singulières des individus au sein de de la société civile.
La démocratie clame haut et fort la valeur du pluralisme et la vertu de la conversation comme moyen de résoudre les conflits.
L’intolĂ©rance politique nĂ©e de ce dĂ©sir de restreindre la pensĂ©e et le mouvement des personnes ou des groupes que l’on hait car pensant autrement, agissant diffĂ©remment.
Cela constitue une réelle menace pour le devenir de la démocratie car cela discrimine et annihile la libre parole, empêche certaines franges de la population à pouvoir être entendues et représentées.
L’intolĂ©rance gĂ©nère une culture conformiste et une sociĂ©tĂ© fermĂ©e a ses quatre coudĂ©es, cela rĂ©duit l’entendement et la possible analyse des citoyens israĂ©liens vis Ă vis du tissu socio-politique complexe et façonne leur comportement futur.
On le répète à maintes reprises: la polarisation démantèle le corps de notre société démocratique, elle menace notre existence en continue en tant que société saine et unie.
Le consensus relatif, qui existait parmi les anciens partis au pouvoir autour de certains principes de base et la possibilitĂ© d’un changement de gouvernement sans drame, se dĂ©sintègre complètement.
Ces mĂ©tastases de la rancĹ“ur et de la haine ont commencĂ© Ă se propager depuis l’assassinat de feu le Premier ministre Yitzhak Rabin et la tumeur grossit inexorablement
MĂŞme les compromis, si nĂ©cessaires pour mettre en Ĺ“uvre des dĂ©cisions aussi minimalistes que possible, sont difficiles et ne trouve guère de moyen pour rĂ©soudre ces Ă©quations Ă tant d’inconnues.
Le dialogue dĂ©mocratique cède la place Ă la violence verbale, on n’écoute point son prochain, on Ă©lève le ton, on crie fort, on persiste Ă intensifier l’impudence et la bĂŞtise humaine.
Peu importe s’ils appartiennent Ă la gauche ou Ă la droite de la carte politique, ces Ă©nergumènes prĂ©sentent de troublantes similitudes.
Je ressens chez eux, et peut-ĂŞtre que je me trompe, une certaine dĂ©tresse due Ă un sentiment d’incertitude.
Les partisans des doctrines radicales souffrent gĂ©nĂ©ralement d’une perte de sens, souvent Ă la suite d’Ă©vĂ©nements perçus comme injustes Ă leurs yeux.
Lorsque l’environnement semble incomprĂ©hensible, cela entraĂ®ne, chez les personnes fragiles, un besoin naturel de redĂ©finir les orientations de l’existence, de se rattacher Ă ses Ă©vidences. Ils compensent leur insĂ©curitĂ© par une conviction idĂ©ologique audacieuse et extrĂŞme.
La dĂ©tresse personnelle, ressentie face Ă l’inconnu, exacerbe le mĂŞme besoin existentiel de dĂ©couvrir et de dĂ©cider par soi-mĂŞme. Les croyances extrĂŞmes procurent donc, face Ă un environnement perçu comme complexe et menaçant, une apparence accessible de sens.
Que ce soit Ă droite ou Ă gauche, les deux extrĂŞmes pensent que les solutions aux crises sont simples.
Cette croyance les rend très vulnérables aux théories du complot, mais de cette manière, ils peuvent, tout du moins, attribuer tous les maux de la terre à une cause unique et identifiable.
Ce n’est rien d’autre qu’un excès de confiance religieuse, politique, Ă la limite de l’arrogance.
Ceint de certitude, persuadĂ©s de leur juste voie et de leur droit inconditionnel, les adeptes du radicalisme politique bombent le torse emplis d’un sentiment de supĂ©rioritĂ©, certaine.
Ils ont tendance Ă juger leurs croyances comme des vĂ©ritĂ©s inaliĂ©nables, elles concernent tous les citoyens et mĂ©ritent donc d’ĂŞtre reconnues par la majoritĂ©.
Pour eux, la chose est claire et nette, elle va de soi, tout comme le langage dans lequel ils sont habitués à formuler leur récit.
Ainsi s’habituent-ils aux dĂ©viations systĂ©matiques et intentionnelles de la pensĂ©e logique. Ils n’entendent que les arguments censĂ©s s’inscrire dans le rĂ©seau interprĂ©tatif fourni par l’organisation militante et nient tous les faits qui pourraient les contredire.
L’extrĂ©misme est intellectuellement arrogant, mĂŞme si ses affirmations sont pauvres et ses connaissances limitĂ©es.
Enfin, cette simplicitĂ© cognitive attachĂ©e Ă l’excès de confiance en la doctrine et le groupe, ensemble, conduit Ă l’intolĂ©rance dans laquelle les extrĂ©mistes de tous bords politiques sont reconnaissables.
De toutes parts, ils aident Ă polariser la sociĂ©tĂ©, ils apprĂ©hendent la politique comme un jeu oĂą il ne peut y avoir que des gagnants (eux) et des perdants (les autres). Ils pensent tout compromis impossible. Lorsqu’ils arrivent au pouvoir, ils ne peuvent pas honorer les restrictions qui leur sont imposĂ©es par les institutions libĂ©rales, telles que l’indĂ©pendance du pouvoir judiciaire ou le contrĂ´le constitutionnel.
En consĂ©quence de l’augmentation du nombre d’activistes et de sympathisants qui s’identifient Ă ces idĂ©ologies, les partis modĂ©rĂ©s, de droite et de gauche, souffrent rĂ©gulièrement d’Ă©rosion aux Ă©lections.
Le paradoxe reste que le profil psychologique des extrĂ©mistes de droite comme de gauche, des deux cĂ´tĂ©s, demeure similaire, alors qu’ils prĂ©tendent dĂ©fendre gĂ©nĂ©ralement des idĂ©es contradictoires. Il arrive mĂŞme que dans certaines circonstances historiques, les idĂ©ologies extrĂŞmes de droite et de gauche rĂ©ussissent, parfois, Ă conjuguer leurs enjeux et Ă mĂŞler leurs idĂ©aux militants. Ce n’est qu’alors qu’ils devinrent extrĂŞmement dangereux, ce fut ainsi, on s’en souvient, que deux idĂ©ologies extrĂŞmes du XXe siècle: le national-socialisme et le communisme meurtrier se sont ralliĂ©s, le temps de mettre Ă feu et Ă sang l’Europe…
« Note sur la suppression générale des partis politiques » (Écrits de Londres)
Simone Weil (1909-1943) Philosophe française
« MĂŞme dans les Ă©coles on ne sait plus stimuler autrement la pensĂ©e des enfants qu’en les invitant Ă prendre parti pour ou contre. On leur cite une phrase de grand auteur et on leur dit : « Etes-vous d’accord ou non ? DĂ©veloppez vos arguments. » Ă€ l’examen les malheureux, devant avoir fini leur dissertation au bout de trois heures, ne peuvent passer plus de cinq minutes Ă se demander s’ils sont d’accord. Et il serait si facile de leur dire : « MĂ©ditez ce texte et exprimez les rĂ©flexions qui vous viennent Ă l’esprit ».
Presque partout – et mĂŞme souvent pour des problèmes purement techniques, l’opĂ©ration de prendre parti, de prendre position pour ou contre, s’est substituĂ©e Ă l’obligation de la pensĂ©e. C’est lĂ une lèpre qui a pris origine dans les milieux politiques, et s’est Ă©tendue, Ă travers tout le pays, presque Ă la totalitĂ© de la pensĂ©e. Il est douteux qu’on puisse remĂ©dier Ă cette lèpre, qui nous tue, sans commencer par la suppression des partis politiques. »





