Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a dénoncé ce samedi la décision des États-Unis de refuser des visas à plusieurs responsables palestiniens, dont le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, empêché de participer à l’Assemblée générale des Nations unies. « Le siège de l’ONU est un lieu de neutralité, un sanctuaire de paix. L’Assemblée générale ne peut souffrir aucune restriction d’accès », a-t-il déclaré, cité par l’AFP.
La réaction française intervient alors que Washington justifie sa décision par des considérations sécuritaires et diplomatiques, sur fond de tensions croissantes entre l’administration américaine et la direction palestinienne. Depuis le début de la guerre à Gaza, Mahmoud Abbas tente de se positionner comme interlocuteur international, mais ses prises de parole restent marginalisées, y compris dans le monde arabe où le Hamas a capté l’essentiel de l’attention médiatique.
Cette interdiction de voyage soulève une question sensible : le siège de l’ONU, situé à New York, est-il véritablement accessible à tous les États membres ? La Convention de siège signée en 1947 prévoit que les États-Unis doivent garantir l’accès des délégations aux réunions officielles, sauf en cas de menaces graves pour leur sécurité nationale. Le refus opposé à Mahmoud Abbas pourrait donc ouvrir un débat juridique sur le respect par Washington de ses obligations internationales【Wikipédia : Siège des Nations unies】.
En France, la diplomatie insiste sur la nécessité de préserver le caractère multilatéral et inclusif de l’ONU. « Restreindre l’accès d’une délégation, quelle qu’elle soit, crée un précédent dangereux », a souligné une source diplomatique française, qui craint que la politisation de l’octroi des visas fragilise encore l’autorité des Nations unies.
Pour Israël, qui voit en Mahmoud Abbas un acteur de plus en plus marginal et discrédité, ce refus de visa ne change pas l’équation stratégique. L’État hébreu continue de considérer l’Autorité palestinienne comme affaiblie et incapable de peser face au Hamas, tandis que l’administration Biden jongle entre pressions internes et nécessité d’apparaître ferme vis-à-vis de la cause palestinienne.
L’épisode illustre enfin les fractures au sein du système multilatéral : alors que certains États européens plaident pour renforcer le rôle de l’ONU dans la résolution du conflit israélo-palestinien, les États-Unis, pays hôte, rappellent qu’ils gardent le dernier mot sur l’entrée de toute délégation étrangère sur leur sol. Une tension qui pourrait ressurgir à chaque session sensible de l’Assemblée générale.
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