Le long de la frontière orientale d’Israël, la plus longue du pays, de vastes portions restent dépourvues de véritable obstacle physique. Des habitants vivant à proximité alertent sur un danger qui ne serait plus seulement criminel mais aussi stratégique. Selon eux, des armes sophistiquées transiteraient par cette zone, alimentant à la fois la criminalité et des réseaux terroristes. La question revient avec insistance : une barrière sécuritaire empêcherait-elle le prochain drame majeur ? Les avis divergent.
La frontière israélo-jordanienne s’étend sur environ 475 kilomètres, depuis Eilat et l’Arava au sud, en passant par la mer Morte, la vallée du Jourdain et jusqu’à Hamat Gader au nord. Bien qu’il s’agisse d’une frontière avec un État ayant signé un traité de paix avec Israël, les réalités du terrain inquiètent. Dans de nombreux secteurs, aucune clôture continue ne sépare réellement les deux pays. Là où elle existe, il s’agit parfois d’un simple grillage rudimentaire qui ne constitue pas un obstacle sérieux face à une infiltration déterminée.
Dans les zones sans barrière, de simples poteaux métalliques marquent la ligne frontalière. Des brèches ouvertes par des contrebandiers n’auraient pas été réparées. Selon des responsables locaux, lorsque les forces ont renforcé leur présence terrestre, les réseaux ont adapté leurs méthodes en recourant massivement à des drones. Le phénomène serait quotidien.
Des habitants de l’Arava et de la vallée du Jourdain expriment une crainte profonde d’une escalade sécuritaire. L’éloignement géographique des grands centres et l’absence d’infrastructure défensive robuste rendraient ces localités particulièrement vulnérables. Un responsable sécuritaire souligne que, pendant des années, l’accent stratégique s’est porté sur la menace des missiles. En revanche, la frontière orientale n’aurait pas bénéficié du même investissement structurel.
Les scénarios évoqués sont multiples : effondrement hypothétique du régime jordanien, infiltration massive depuis l’est, activation de milices affiliées à l’axe pro-iranien en Irak ou tentatives d’actions coordonnées depuis plusieurs directions. Certains responsables locaux affirment que la contrebande ne concerne plus seulement les stupéfiants. « L’argent des drogues renforce l’axe, puis viennent les armes », explique l’un d’eux, évoquant un flux d’armements qui finirait par alimenter à la fois la criminalité et le terrorisme.
Un coordinateur de sécurité d’une localité de la vallée du Jourdain affirme que des armes dites « brise-équilibre » auraient déjà circulé vers la Judée-Samarie. Il mentionne des dispositifs explosifs sophistiqués et d’autres équipements avancés. Selon lui, l’État doit agir rapidement. Il évoque un épisode récent où un épais brouillard aurait permis le passage de dizaines de drones sans détection.
L’armée israélienne, Tsahal, est responsable de la sécurisation de la frontière. La police a récemment créé une nouvelle zone opérationnelle pour lutter contre la contrebande dans la région de la mer Morte et de la vallée. L’objectif déclaré est de renforcer la réponse au terrorisme et de protéger les implantations isolées.
Ces derniers mois, l’armée a concentré des efforts sur la construction de positions avancées à proximité des localités et sur le déploiement de moyens terrestres supplémentaires. Des dispositifs technologiques et des obstacles anti-véhicules ont été ajoutés. Les unités d’observation ont été renforcées afin d’améliorer l’alerte précoce en cas d’infiltration.
Malgré cela, des responsables locaux estiment que la superficie à surveiller reste immense. Là où, au nord, une observatrice peut couvrir quelques kilomètres, le long de la frontière jordanienne, certaines doivent surveiller des dizaines de kilomètres. La charge opérationnelle est considérable.
Un incident récent illustre la tension. Dans la région de l’Arava, des observatrices ont repéré une dizaine d’individus s’approchant de la frontière dans une zone dépourvue de clôture. Une procédure d’alerte a été déclenchée, des forces importantes ont été mobilisées, et des routes ont été temporairement fermées. Il s’est finalement avéré qu’il s’agissait de soldats jordaniens poursuivant des contrebandiers. L’événement a néanmoins mis en lumière la rapidité avec laquelle une situation ambiguë peut dégénérer.
La question du temps de réponse revient fréquemment dans les échanges avec les habitants. Dans certaines localités situées à seulement deux ou trois minutes de route de la frontière, les forces pourraient mettre vingt à trente minutes à intervenir en cas d’attaque. Certains redoutent un scénario où des infiltrés couperaient la route 90, empêchant l’arrivée de renforts.
À ces préoccupations s’ajoute un problème structurel : l’absence de couverture cellulaire dans plusieurs secteurs agricoles et frontaliers. Des téléphones satellitaires ont été distribués à certains responsables de sécurité, mais tous ne seraient pas formés à leur utilisation. En situation d’urgence, l’absence de communication fiable pourrait s’avérer critique.
Le ministère de la Défense prévoit d’investir plus de cinq milliards de shekels dans la construction d’un nouvel obstacle sécuritaire le long de la frontière. Certains responsables locaux doutent toutefois de l’efficacité d’une simple barrière physique élevée sans intégration technologique avancée. Ils plaident pour une combinaison de clôtures, de capteurs électroniques et de surveillance aérienne renforcée.
Un responsable sécuritaire estime que la barrière frontalière avec l’Égypte a prouvé son efficacité contre l’immigration clandestine et que l’ajout d’une couche technologique pourrait également répondre à la menace des drones. Néanmoins, il reconnaît que la nature des attaques futures pourrait différer de celles du 7 octobre, et que les adversaires adaptent constamment leurs méthodes.
À Eilat, la plus grande ville du sud proche de la frontière, des unités spécialisées ont été renforcées depuis les événements d’octobre. Les autorités insistent sur le fait que la situation a évolué, avec la création d’une nouvelle division régionale et un déploiement accru de forces.
Au-delà de l’aspect militaire, certains responsables avancent une solution stratégique : renforcer la présence civile le long de la frontière. Des milliards de shekels seraient également alloués au développement des implantations, avec des projets d’expansion et la création de nouveaux noyaux résidentiels. Selon cette approche, la présence démographique constituerait une couche supplémentaire de dissuasion.
Pour les habitants, toutefois, l’inquiétude demeure. Beaucoup possèdent une arme personnelle et un équipement de protection de base. Ils estiment que, dans les premières minutes d’une crise, ils seraient la première ligne de défense.
La frontière orientale reste ainsi un espace paradoxal : officiellement pacifiée par un traité de paix, mais stratégiquement exposée selon ses riverains. Entre investissements annoncés, déploiements militaires et projets de barrière, la question centrale persiste : le prochain défi sécuritaire majeur pourrait-il émerger de cet axe longtemps considéré comme secondaire ?
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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