Ils Ă©taient habillĂ©s en blanc, comme le veut la tradition de Shavouot. Puis les sirènes ont retenti, et en quelques secondes, les enfants de l’Ă©cole HaMeguinim de Kiryat Shmona se sont retrouvĂ©s Ă plat ventre sous leurs tables, certains criant de peur, les parents et accompagnateurs regardant la scène sans pouvoir rien faire. La vidĂ©o qui a circulĂ© ce mercredi matin dit en quelques secondes ce que des heures de dĂ©bat politique peinent Ă transmettre.
Les alertes ont Ă©tĂ© dĂ©clenchĂ©es Ă Kiryat Shmona et dans les environs suite Ă une intrusion de drone. Les Ă©lèves qui participaient Ă la cĂ©rĂ©monie de fĂŞte n’avaient pas le temps de rejoindre un abri sĂ©curisĂ© — ils ont donc appliquĂ© le seul rĂ©flexe disponible : se cacher sous les tables dans la salle non protĂ©gĂ©e.
« Le missile tue tout le monde »
Yrden Bar, mère de deux enfants qui Ă©tudient dans cette Ă©cole et elle-mĂŞme accompagnatrice dans une crèche de la ville, a rĂ©agi en larmes devant les camĂ©ras. « La situation ici est dĂ©lirante. Je n’ai pas les mots. C’est irrĂ©el. » Elle a expliquĂ© que le dĂ©lai d’alerte Ă Kiryat Shmona ne permet pas physiquement d’atteindre un abri. « Le temps d’alerte ici ne leur permet mĂŞme pas d’arriver aux espaces protĂ©gĂ©s, ils doivent se cacher sous les tables dans la salle non protĂ©gĂ©e. » Et d’ajouter : « Avant-hier aussi ils avaient une alerte Ă l’Ă©cole. Ils courent et ils savent fonctionner, mais en tant que parents on ne peut pas digĂ©rer ça. » La mère a mis les points sur les i : « Un missile et tout le monde est fini lĂ -bas. » Elle a confiĂ© son dĂ©chirement permanent entre vouloir protĂ©ger les enfants de la crèche dont elle s’occupe et l’inquiĂ©tude pour ses propres enfants qui, eux, sont dans la salle.
En mars dernier, le Commandement du front intĂ©rieur avait annoncĂ© une extension des temps de rĂ©action dans le nord du pays. Dans 58 localitĂ©s dont Kiryat Shmona, le dĂ©lai d’entrĂ©e en abri avait Ă©tĂ© allongĂ© de « immĂ©diat » Ă 15 secondes ; dans 8 localitĂ©s, de immĂ©diat Ă 30 secondes. MalgrĂ© cela, 15 secondes restent insuffisantes pour que des enfants traversent des couloirs et descendent des escaliers jusqu’aux abris. Le Commandement avait tout de mĂŞme autorisĂ© la poursuite des cours « dans un bâtiment ou dans un espace protĂ©gĂ© normalisé ».
« Comme l’enveloppe de Gaza avant le massacre »
Nouriel, habitant de Kiryat Shmona actuellement en service de rĂ©serve dans le sud du Liban, a tĂ©moignĂ© par tĂ©lĂ©phone Ă Ynet depuis le terrain : « C’est dĂ©jĂ une routine malheureusement, mais ça surprend encore Ă chaque fois. Ça Ă©nerve et ça fait peur. Comment normalise-t-on ça ? » Il a Ă©voquĂ© ses deux enfants qui ont des besoins spĂ©ciaux, scolarisĂ©s dans des classes de communication adaptĂ©es. « Je ne sais pas comment ils rĂ©agissent lĂ -bas maintenant, comment ils entrent dans l’anxiĂ©tĂ©. Quand ils sont Ă la maison avec moi, ils crient et paniquent — qui sait ce qu’ils ressentent et comment ils fonctionnent maintenant. » Le soldat-père a terminĂ© sur une image saisissante : « On a l’impression qu’on va vers ce qui s’est passĂ© dans l’enveloppe de Gaza avant le massacre, et on nous habitue Ă cette routine. Mon cĹ“ur est en miettes. »
Cette scène matinale dans une Ă©cole du nord d’IsraĂ«l — enfants en tenue de fĂŞte, plaquĂ©s sous les tables au son des sirènes — rĂ©sume Ă elle seule l’absurde Ă©quation dans laquelle vivent les habitants du front nord depuis plus d’un an. Entre la volontĂ© de maintenir une vie normale, une scolaritĂ©, des cĂ©lĂ©brations, et la rĂ©alitĂ© d’un territoire oĂą le dĂ©lai entre l’alerte et l’impact se mesure en secondes, les familles de Kiryat Shmona portent chaque jour un poids que les dĂ©cisions prises dans des salles feutrĂ©es Ă JĂ©rusalem ne semblent pas toujours mesurer Ă sa juste dimension.
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