« Le renseignement n’a jamais fait partie du club des hĂ©ros, mais de l’industrie des cosmĂ©tiques, de l’industrie des masques, succursale elle-mĂŞme de l’industrie du mensonge. » ( Victor Volkov )
On a vu rĂ©cemment, Ă Tel Aviv, des manifestations d’acteurs, dĂ©guisĂ©s en Supermans, Batmans, Spider-Mans et Flashs, accompagnĂ©s de jolies filles dĂ©vĂŞtues, rĂ©clamant plus de considĂ©ration et de « droits » pour les agents du Mossad. C’Ă©tait la seule solution que les employĂ©s de « l’Institut » avaient trouvĂ© pour attirer l’attention du public et des pouvoirs publics …
Des travaux considĂ©rables et de grande valeur sont consacrĂ©s Ă la sĂ©curitĂ© informatique. C’est Ă prix d’or que l’on rĂ©tribue les « chasseurs de virus ». En effet comment mĂ©priser l’influence catastrophique d’un « logiciel malveillant conçu pour se propager Ă d’autres ordinateurs en s’insĂ©rant » ?
Pourtant, en se focalisant, en grande partie, sur l’aspect uniquement technologique de « l’infiltration », on en oublierait presque l’aspect humain pourtant si dĂ©terminant dans la destruction des structures d’Ă©tat ou d’entreprise.
Or les agents du Mossad ont pour mission première, nous pourrions dire, avant mĂŞme toute action, de s’infiltrer … Mais qui se soucie du travail, de la rĂ©munĂ©ration et de la reconversion de ces femmes et de ces hommes qui vivent dans des conditions psychologiques très difficiles, obligĂ©s de se taire, maĂ®trisant en permanence le stress, les doutes et devant paraĂ®tre insoupçonnable dans leur « double vie » ?
S’insĂ©rer pour manipuler et dĂ©truire telle est l’épineuse finalitĂ© de leur travail. Son succès exige du temps, une organisation vraiment minutieuse, des informateurs et un grand art de la psychologie. Il faut, au prĂ©alable, avoir une connaissance parfaite de la mentalitĂ©, des habitudes, des normes, des valeurs, de la langue du groupe de ceux qui dirigent les partis, les entreprises ou les gouvernements Ă investir. Il faut accumuler les petits dĂ©tails sur les travers des individus visĂ©s, leurs points forts et leurs points faibles, leurs comportements intimes tout ce qui fait leur spĂ©cificitĂ©, leur unicitĂ©, leur « Ă©go ». Mais, en parallèle, il faut aussi dĂ©cortiquer les interactions dans le groupe, ses discordes, ses polĂ©miques, ses mythes rĂ©fĂ©rents, ses espĂ©rances et ses inquiĂ©tudes, ses certitudes et ses doutes. Il faut dĂ©velopper des compĂ©tences conceptuelles, psychologiques mais aussi psychiques pour ne pas dire empathiques. Cela Ă©videmment avec une totale maĂ®trise de soi, de ses Ă©motions, bref avec un « cynisme » parfaitement assumĂ©.
Ce cadre d’action nĂ©cessite une admission dans « le groupe » d’une manière « naturelle », propre Ă ne jamais gĂ©nĂ©rer le moindre soupçon. Cela implique donc, au prĂ©alable, une connaissance des normes d’acceptation ainsi que des critères formels et informels d’Ă©valuation. Pour s’introduire dans un groupe très professionnel, il faut donc s’astreindre Ă capitaliser de hautes connaissances techniques, non seulement pour se fondre dans l’Ă©lite, mais surtout pour, au plus vite, devenir le rĂ©fĂ©rent le plus efficace : l’expert.
Enfin, l’infiltrĂ© doit impĂ©rativement ne pas avoir Ă©tĂ© « repĂ©rĂ© » auparavant. Il a donc suivi, antĂ©rieurement, dans tous les cas, une filière normale de sĂ©lection et de recrutement sous sa vĂ©ritable identitĂ©. Son Katsa, « officier traitant », civil ou militaire a minutieusement Ă©tudiĂ© les Ă©lĂ©ments que lui mĂŞme a donnĂ© sur son passĂ©, ses relations, ses activitĂ©s. Il a Ă©tĂ© testĂ©, interrogĂ© Ă plusieurs reprises, ses rĂ©ponses devant ĂŞtre claires, concises et recouper toutes les informations contenues dans son dossier. On exige de lui, quelque que soit le type de mission et d’environnement, une grande culture gĂ©nĂ©rale, thĂ©orique et des compĂ©tences reconnues permettant dans ses actions futures d’anticiper, d’Ă©tablir des scĂ©narios et des hypothèses. En aucun cas son action ne lui est prĂ©sentĂ©e comme relevant simplement de « l’espionnage ». Il ne se ressent pas comme un agent mais, selon la jolie formule inventĂ©e par Markus Wolf, un Ă©claireur, une sentinelle. Par la suite, après avoir satisfait Ă diverses Ă©preuves ( pièges multiples, filatures individuelles, contrĂ´le de son courrier, de ses communications, etc … ), il est mis dans le circuit Ă envahir « intĂ©grĂ© et intègre » ce qui rend si difficile son identification.
Une fois la greffe prise ( et nul ne peut lĂ©siner sur le temps Ă prendre ), le sujet « comme un poisson dans l’eau » entame le processus d’observation et de participation indispensable pour la connaissance intime du groupe. Il lui faut insister sur l’importance des relations individuelles directes, des conversations informelles. Il en ressort, pour lui, toujours une masse d’informations plus intĂ©ressantes, dans un premier temps, que les documents dits « top secret », pourtant rĂ©putĂ©s reprĂ©senter les cibles principales. C’est seulement ensuite que le vrai travail de sabotage, de subversion, de noyautage, de manipulation de dissolution et de dĂ©sinformation commence.
L’infiltrĂ© peut alors dĂ©finitivement rĂ©aliser l’intuition de Paul ValĂ©ry : « Comme un chronomètre placĂ© dans un champ magnĂ©tique change d’allure sans que l’observateur qui ne voit que lui s’en puisse aviser, ainsi des troubles et des modifications peuvent ĂŞtre infligĂ©s Ă la conscience la plus consciente par des interventions impossibles Ă dĂ©celer » …
Telle est la vie, telles sont les compĂ©tences extraordinaires demandĂ©es aux patriotes du Mossad. Faut-il que parfois, la sociĂ©tĂ© israĂ©lienne soit devenue, Ă ce point, « normale » pour oublier, non seulement, les sacrifices de ses soldats de l’ombre, mais pour ne pas se prĂ©occuper de leur devenir.
EspĂ©rons qu’Ă la prochaine Tsorech Yediot Hasuvot voire au Komeniute, on puisse faire un peu plus que du « bablat ».
La meilleure arme de persuasion et de sĂ©curitĂ© que tu possèdes dans ton arsenal IsraĂ«l n’est pas la « bombe » mais l’intĂ©gritĂ©. Et l’intĂ©gritĂ© c’est le Mossad.
Jean-Marc DESANTI





En fait la formation d’un agent du mossad c’est…un peu une formation Ă la « perfection humaine »
franchement je trouve très grand de nous avoir fait partager les petits secrets du métier.
quel peut ĂŞtre le salaire d’une telle profession ??? ou mĂŞme d’une mission ?