Polémique autour du pèlerinage d’Ouman : la procureure générale exige l’arrestation des déserteurs

La question du départ de milliers de jeunes ultra-orthodoxes pour le traditionnel pèlerinage de Roch Hachana à Ouman, en Ukraine, enflamme de nouveau le débat israélien sur l’égalité devant le service militaire. La procureure générale de l’État, Gali Baharav-Miara, a réaffirmé ce vendredi que les autorités doivent faire appliquer la loi : tout citoyen soumis à la conscription obligatoire et en situation de désertion doit être arrêté s’il tente de quitter le pays.

Cette déclaration intervient en réponse à une pétition déposée devant la Cour suprême concernant les « arikim » – des hommes soumis à l’obligation de service militaire mais qui refusent de se présenter. Baharav-Miara a été catégorique : « Le gouvernement ou ses ministres n’ont aucune autorité pour élaborer un dispositif qui interférerait avec l’application de la loi. »

Le sujet est explosif. Mardi, l’organisation « Partenaires pour le service », qui regroupe des épouses de réservistes, a adressé une lettre virulente au Premier ministre Benyamin Netanyahou, au ministre de la Défense Yoav Gallant et au chef d’état-major Herzi Halevi. « Le plan autorisant les déserteurs haredim à partir pour Ouman constitue un mépris total des soldats et de leurs familles », dénoncent-elles. Dans leur message, elles rappellent que des milliers de militaires de réserve passent encore les fêtes loin de chez eux, parfois mobilisés pour la cinquième ou sixième fois depuis le 7 octobre 2023, tandis que des jeunes en défaut de service bénéficieraient d’un traitement de faveur.

La tension est également politique. Le ministre du Shas, Aryeh Deri, avait plaidé ces dernières semaines pour éviter les arrestations à l’aéroport Ben Gourion afin de « préserver l’ordre public » et de ne pas humilier les pèlerins. Dans le même esprit, le député Yitzhak Goldknopf a écrit à Netanyahou pour élargir le dispositif et permettre également les voyages religieux d’autres courants hassidiques, comme les fidèles de Habad se rendant chaque année au siège du mouvement à New York.

Mais pour la procureure générale, céder à de telles pressions équivaudrait à miner le principe d’égalité devant la loi et à porter atteinte à l’État de droit. Sa sortie publique met directement au défi le gouvernement et place la Cour suprême face à un dossier sensible, qui mêle religion, société et sécurité nationale.

En toile de fond, le débat sur le partage de la charge militaire continue de fracturer Israël. Depuis le déclenchement de la guerre, Tsahal réclame davantage de recrues, tandis que l’opinion publique exprime de plus en plus son exaspération devant l’exemption quasi systématique des jeunes ultra-orthodoxes. Dans un pays où chaque famille a un fils ou une fille mobilisé, la question n’est plus seulement juridique : elle est devenue existentielle pour la cohésion nationale.

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