La restitution à Israël du corps de Ran Guaily, policier de la Yamam tombé le 7 octobre et retenu par le Hamas pendant plus de deux ans, a marqué un moment d’une intensité émotionnelle rare. Pour la première fois מאז 2014, il n’y a plus de citoyens israéliens retenus en otage à Gaza. Un événement lourd de sens, à la fois clôture douloureuse et symbole national. Mais au lieu d’un consensus, une vive controverse a éclaté sur les réseaux sociaux, déclenchée par une prise de position publique d’Einav Zangauker, mère de Matan Zangauker, ancien otage libéré.
Dans un message publié peu après l’annonce officielle, Einav Zangauker a salué le retour de Ran Guaily en Israël et remercié explicitement le président américain Donald Trump, qu’elle a crédité d’avoir « tenu sa promesse de ramener tous les otages, jusqu’au dernier ». Elle a également exprimé sa reconnaissance envers les forces de sécurité et toutes les personnes impliquées dans l’opération de restitution et d’inhumation du soldat. Jusque-là, le message s’inscrivait dans un registre largement partagé par l’opinion publique : celui de l’hommage, du deuil et de la gratitude.
Mais la suite du texte a rapidement mis le feu aux poudres. Zangauker a écrit que « le cercle est désormais refermé » et que le moment était venu du « תיקון » – la réparation. Elle a ajouté une phrase lourde de portée politique : « הגיע הזמן שכל מי שידו הייתה על ההגה בשבעה באוקטובר ייצא מחיינו » (« Il est temps que tous ceux qui avaient la main sur le volant le 7 octobre sortent de nos vies »). Sans jamais mentionner le Premier ministre Benjamin Netanyahu, elle a néanmoins été perçue comme l’appelant explicitement à quitter la scène politique.
C’est précisément cette omission – le fait de remercier Donald Trump sans mentionner Benjamin Netanyahu – qui a déclenché une vague de réactions virulentes. Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes ont accusé Einav Zangauker d’instrumentaliser un moment de deuil national à des fins politiques. Certains commentaires, particulièrement agressifs, l’ont attaquée personnellement, allant jusqu’à lui lancer des messages tels que « עופי מהחיים שלנו » (« Dégage de nos vies »). La violence de certaines réactions a choqué, révélant à quel point la société israélienne reste fracturée plus de deux ans après les événements du 7 octobre.
Cette polémique s’inscrit dans un contexte extrêmement sensible. Le retour de Ran Guaily ne représente pas seulement la fin d’un dossier d’otage ; il symbolise aussi la clôture d’un chapitre traumatique pour des milliers de familles israéliennes. Pour beaucoup, ce moment appelait à l’unité, au silence respectueux et à la mise entre parenthèses des querelles politiques. Le fait qu’un message public, émanant d’une figure devenue emblématique de la lutte pour les otages, rompe ce fragile équilibre a été vécu par certains comme une provocation.
D’autres voix, cependant, ont défendu Einav Zangauker. Elles rappellent qu’elle parle en tant que mère ayant vécu l’enfer de la captivité de son fils, et qu’elle a le droit d’exprimer sa vision politique, même dans un moment chargé d’émotion nationale. Pour ses soutiens, le message ne visait pas à minimiser le retour de Ran Guaily, mais au contraire à tirer une conclusion morale et politique de la tragédie du 7 octobre : celle de la responsabilité des dirigeants. Selon cette lecture, remercier Donald Trump n’exclut pas une critique du leadership israélien, et le silence sur Netanyahu est un choix assumé, non une omission accidentelle.
La réaction révèle surtout un malaise plus profond. Depuis la guerre et la crise des otages, la question de la responsabilité politique demeure ouverte et explosive. Beaucoup d’Israéliens estiment que le débat sur les fautes du 7 octobre a été repoussé, étouffé par la guerre, puis par la gestion de l’après. Chaque prise de parole publique qui touche à ce sujet agit comme un détonateur, ravivant les tensions entre camps politiques, familles endeuillées, anciens otages et responsables institutionnels.
Il est également significatif que la reconnaissance adressée à Donald Trump ait pris une place centrale dans la controverse. Pour une partie de l’opinion, cela reflète un déplacement symbolique : l’idée que l’intervention américaine, ou la pression exercée par Washington, aurait été décisive dans la résolution du dossier des otages. Pour d’autres, cette gratitude exclusive est perçue comme une injustice envers les institutions israéliennes et leurs dirigeants, accusés d’être publiquement marginalisés au profit d’un acteur étranger.
Au-delà des polémiques immédiates, cet épisode illustre la difficulté d’Israël à trouver un langage commun après le traumatisme du 7 octobre. Même les moments censés rassembler – le retour d’un soldat tombé, la fermeture douloureuse mais nécessaire d’un dossier d’otage – deviennent des terrains de confrontation politique et émotionnelle. La figure d’Einav Zangauker, à la fois mère endeuillée symboliquement et actrice publique engagée, cristallise ces contradictions.
La controverse autour de son message montre enfin que la société israélienne n’a pas encore tranché une question essentielle : peut-on, et doit-on, séparer le deuil national de la responsabilité politique ? Pour certains, toute critique doit attendre ; pour d’autres, précisément parce que le deuil est réel, la demande de comptes est inévitable. Entre ces deux positions, la fracture demeure, et chaque parole publique continue de peser lourdement sur une société encore en convalescence.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
© 2025 – Tous droits réservés
Publicité & Partenariats – Infos-Israel.News





