Pourquoi les négociations entre l’Iran et les États-Unis ont été déplacées de la Turquie vers Oman

Le déplacement soudain des négociations entre l’Iran et les États-Unis, initialement prévues en Turquie puis transférées à Oman, suscite de nombreuses interrogations dans les cercles diplomatiques. Officiellement présenté comme un ajustement logistique, ce changement de lieu s’inscrit en réalité dans une stratégie iranienne plus large, mêlant diplomatie, économie et calculs régionaux.

Selon un rapport publié par Iran News, Téhéran cherche à renforcer de manière significative ses relations économiques avec le sultanat d’Oman. Le premier vice-président iranien Mohammad Reza Aref a récemment rencontré l’ambassadeur omanais à Téhéran, appelant explicitement à doubler les objectifs commerciaux entre les deux pays et à porter le volume des échanges économiques à 5 milliards de dollars. Cette déclaration, passée relativement inaperçue, éclaire le contexte du choix d’Oman comme nouvel hôte des discussions sensibles avec Washington.

Oman occupe depuis longtemps une position particulière dans la diplomatie régionale. Contrairement à d’autres États du Golfe, le sultanat entretient des relations stables et pragmatiques avec l’Iran, tout en conservant des canaux ouverts avec les États-Unis. Cette posture équilibrée a déjà permis à Mascate de jouer un rôle clé dans des négociations confidentielles, notamment en amont de l’accord nucléaire de 2015. Pour Téhéran, Oman représente un environnement diplomatique moins exposé aux pressions régionales et médiatiques.

Le contraste avec la Turquie est frappant. Bien qu’Ankara entretienne des relations fonctionnelles avec l’Iran, sa position géopolitique est plus complexe et plus visible. La présence annoncée de pays arabes à la réunion d’Istanbul, dont l’Arabie saoudite, l’Égypte et les Émirats arabes unis, risquait de transformer les discussions en un cadre multilatéral élargi, perçu par Téhéran comme contraignant. En optant pour Oman et un format plus discret, l’Iran cherche à reprendre l’initiative et à réduire le nombre d’acteurs susceptibles d’influencer l’agenda des pourparlers.

L’aspect économique joue un rôle central dans cette stratégie. En renforçant ses liens commerciaux avec Oman, l’Iran espère contourner partiellement les effets de l’isolement économique et des sanctions internationales. Le sultanat constitue une porte d’entrée stratégique vers les marchés du Golfe et de l’océan Indien. Le développement des échanges bilatéraux, notamment dans les domaines de l’énergie, de la logistique et des infrastructures, offre à Téhéran une bouffée d’oxygène économique dans un contexte de fortes contraintes financières.

Pour Washington, le choix d’Oman n’est pas dénué d’avantages. Les États-Unis reconnaissent le rôle stabilisateur joué par Mascate dans la région et sa capacité à garantir un cadre sécurisé et confidentiel pour des discussions sensibles. Selon plusieurs analyses relayées par Reuters, l’administration américaine privilégie des canaux de dialogue réduits lorsqu’il s’agit de dossiers explosifs, afin d’éviter les fuites et les pressions politiques externes.

Cependant, ce déplacement n’est pas sans conséquences. Les pays arabes exclus du nouveau format pourraient percevoir cette décision comme une mise à l’écart de leurs préoccupations sécuritaires, notamment concernant le programme nucléaire iranien et l’influence régionale de Téhéran. Cette marginalisation risque d’alimenter la méfiance et de compliquer toute tentative ultérieure de régionalisation d’un éventuel accord.

En toile de fond, ce changement de lieu illustre une réalité persistante : les négociations entre l’Iran et les États-Unis ne se limitent pas au nucléaire. Elles s’inscrivent dans un jeu d’équilibres plus large, où chaque détail — lieu, format, participants — devient un levier stratégique. Pour l’Iran, Oman offre à la fois une scène diplomatique plus favorable et un partenaire économique clé, capable de servir de relais dans une région fragmentée.

À ce stade, rien n’indique que ce déplacement rapproche réellement les positions des deux parties. Il témoigne en revanche d’une volonté iranienne claire de lier diplomatie et économie, en utilisant le cadre des négociations pour consolider des alliances régionales discrètes mais stratégiques. Dans un Moyen-Orient en recomposition, le choix d’Oman apparaît moins comme un hasard que comme un signal calculé envoyé à Washington et à ses partenaires régionaux.

Sources : Iran News ; Reuters ; déclarations officielles iraniennes relayées par médias régionaux.


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