PROBITE ET EQUITE DU MONDE – Par Rony Akrich

Aujourd’hui, le terme « justice sociale » apparaît dans le discours public, le ‘Tanakh traite de ce sujet à plusieurs égards.
Mon propos tentera d’examiner ces différents aspects et se limitera à quelques textes. Une analyse plus approfondie nécessite une révision exhaustive de l’ensemble des 24 livres qui composent cet ouvrage essentiel et fondamental: la Bible.
Justice sociale, sollicitude envers les faibles, compassion pour les nécessiteux, égalité des chances… Non, ce ne sont pas seulement des slogans!

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L’origine de ces vertus remonte à loin, beaucoup plus tôt, un appel, un commandement et un devenir sont prônés par le verbe biblique, utilisés afin de nous guider vers la Lumière des valeurs hébraïques établies, depuis plus de 3300 années.
Le Tanakh en général, son histoire, ses leçons, sa philosophie, «cette volonté Divine » en particulier, est empli des nécessités du fait et du geste entre les hommes d’une part. Son narratif sur la dimension de la justice sociale à travers une solidarité humaine, le devoir de négocier en tout comparable aux revendications populaires, le sont d’autre part. Nous exigeons cela depuis si longtemps pour nous-mêmes, pour nous tous, sans savoir que cela est tout ou partie de la Loi morale d’Israël, son fondement essentiel quant au devenir de la Création.

« Aimez votre prochain comme vous-même est une grande règle dans la Torah », déclara Rabbi Akiva, et c’est bien là l’essence de tout l’Hébraïsme.
Comme nous l’avons déjà souligné, nos textes sont chargés d’ordonnances «sociales» et leur lecture requiert une forme de repentir personnel et national, dont nous avons certainement besoin, tout au long de l’année.
La justice sociale est l’un des problèmes fondamentaux du Tanakh. Dieu a créé le Monde et l’Humanité, leur vie et leur bonheur sont Ses plus chers désirs, Sa plus profonde aspiration. La Bible pose inlassablement au centre de la scène les opprimés et se tournent vers Dieu par la prière (Ps 9–10; 22, par exemple). Des prophètes, tels Esaïe et Amos, élèvent la voix au nom des pauvres et des marginalisés, appartenant aux groupes sociaux les plus «faibles». Dieu, Lui-même, prescrit un ordre social fraternel et consensuel dans la totalité du livre biblique.

L’oppression despotique du peuple d’Israël en Égypte est l’archétype de l’injustice sociale à motivation politique. Dieu le perçoit avec une extrême sensibilité (Ex 2: 23-25; 3: 7) et Il conduit Israël dans la première moitié du livre de Exode «vers Lui-même» (Ex 19: 4), au mont Sinaï. Là, Il établit les fondements d’Israël en tant que peuple libre vivant selon un ordre de justice sociale: les Dix Commandements, formant une sorte de constitution pour Israël. Ils sont introduits par les mots:
«Je suis le Seigneur, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de l’esclavage» (Ex 20, 2).
La liberté, par la rencontre avec Dieu, est la condition préalable à une société respectueuse de la vie et de la dignité de ses semblables, dont les fondements sont gravés dans les tables de la loi (Ex 20: 2-17. Deut 5: 6-21). L’institution du Shabbat, par exemple, est un instrument permettant de niveler les différences sociales en autorisant les serviteurs et les étrangers à se reposer avec les employeurs et les citoyens (Ex 20: 8-11; Deut 5: 12-15).

Selon la vision exposée dans le Tanakh, l’exercice du pouvoir totalitaire conduit toujours à une injustice sociale. C’est en élargissant ses horizons, pour inclure plus que les intérêts particuliers d’individus ou de groupes spécifiques, qu’une société peut établir des fondations socialement justes. Cela a été démontré, dans l’Histoire jusqu’à nos jours, non seulement par les systèmes néolibéraux, mais aussi par les systèmes totalitaires nationalistes et communistes, qui se sont effondrés au cours des dernières décennies.

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Les textes bibliques ont une vision très critique des rois d’Israël, représentant le pouvoir national. Cela se voit clairement dans l’épisode historique où le peuple d’Israël avait souhaité mettre un souverain à sa tête (1 Sam 8) et dans le récit de la chute des deux royaumes (2 Rois 24-25).
Le vrai Roi d’Israël et du Monde entier n’est que Dieu lui-même (Ps 95-99).
Le maintien de la justice sociale dans notre société dépend en grande partie de l’équité et de la force de son système juridique.
La corruption est l’une des principales causes de la pauvreté et de l’injustice sociale dans de nombreux pays jusqu’à présent, car elle viole le cadre juridique et moral de la nation.

La Torah prescrit une justice inconditionnelle devant le tribunal:
«Tu ne rendras pas un jugement injuste» (Lév 19:15); « Vous aurez une seule loi pour l’étranger et pour le citoyen: je suis l’Eternel votre Dieu. » (Lév 24:22).
Sans relâche, les Prophètes se déchaînent contre les lois et les juges injustes: « Malheur à vous qui rendez des ordonnances iniques, et à vous scribes, qui transcrivez des sentences perverses, refusant justice aux indigents, frustrant de leur droit les pauvres de mon peuple, considérant les veuves comme leur proie et dépouillant les orphelins! » (Esaïe 10: 1).
« Ils changent le droit en plante vénéneuse et foulent aux pieds la justice…. Haïssez le mal, aimez le bien et faites prévaloir le droit aux portes. » (Amos 5: 7,15).

Dieu, Lui-même, est l’archétype du Juge légitime car équitable (Ps 9,5) et de nombreux Psaumes le louent comme tel:
«Il aime la justice et le bon droit; la terre est remplie de la bonté de l’Eternel.» (Ps 33, 5).
«Eternel, ta grâce atteint jusqu’aux cieux, ta fidélité jusqu’aux nues. » (Ps 36: 6).
« Il fera éclater ta vertu comme la lumière, et ton bon droit comme le grand jour. » (Ps 37: 6).

Luxe excessif d’un côté, pauvreté extrême de l’autre, les problèmes résultent du fossé social qui partage ceux qui se trouvent de part et d’autre de cet éventail, une véritable symbolique, quant à l’expérience dramatique de l’Humanité depuis des millénaires. Dans le Tanakh, Dieu soutient avec véhémence ces groupes particulièrement vulnérables aux souffrances de l’injustice sociale.
« Tu ne contristeras point l’étranger ni ne le molesteras; car vous-mêmes avez été étrangers en Egypte. N’humiliez jamais la veuve ni l’orphelin. Si tu l’humiliais, sache que, quand sa plainte s’élèvera vers moi, assurément j’entendrai cette plainte. » (Ex 22: 21-23).

L’agression des étrangers, des femmes et des enfants demeure, aujourd’hui encore, l’un des aspects les plus tragiques de l’iniquité sociétale; il suffit de rappeler, par exemple, les innombrables enfants exploités par la servitude à la surface du globe.
Un engagement fondamental en faveur des pauvres est explicitement prescrit: le remboursement de leurs dettes ne doit pas empêcher une personne de gagner sa vie honorablement (Deut. 24: 6, 12,17);
La dignité du débiteur doit être respectée (Deut, 24:10);
Les travailleurs pauvres doivent être payés immédiatement (Deut. 24:14);

La récolte restante, de grains, d’olives et de raisins, après la moisson servira pour les indigents (Deut 24: 19-22).
La vision biblique de la société est enracinée dans le désir d’une communauté d’amour parfaite. Isaïe exprime cela dans les images de la paix entre les animaux (Esaie 11: 1-11), du «nouveau ciel et de la nouvelle terre» (Esaie 65: 17-25). Nous vivons avec ce désir profond d’une alliance universelle plus éminente, union de toute une Humanité avec son Créateur, nous luttons dans nos vies de prières et d’actions pour une plus grande justice sociale.

Contrairement à d’autres religions qui parlent de « compassion » et de « fraternité », mais, en pratique, n’exigent guère de la personne un fait, un geste concret sur l’évènement social, l’Hébraïsme souverain (et non Judaïsme, symbole d’un pouvoir national perdu et donc dans l’impossibilité évidente de réaliser le projet social Divin comme peuple indépendant.), quant à lui, est très pratique et ses directives sont très opérationnelles. Quiconque revendique sa Foi, son attachement au Créateur, doit manifestement agir avec honnêteté et considération envers autrui.

Un dicton populaire affirme que « la force de la chaîne est déterminée par la force de son maillon le plus faible ». Nous comprenons cela dans le contexte présent et, bien sûr, nous pouvons en déduire une tout autre réalité pour nos existences d’aujourd’hui.
Notre force et notre résistance, en tant que communauté à travers l’histoire, le fut grâce à l’unité et la solidarité!
Il ne faut surtout pas remettre en question ces valeurs hébraïques, et se laisser abimer par les valeurs importées du «capitalisme» et du «libre marché », abandonnant à leur sort les pauvres, les faibles, les victimes du système.

Il est naturel, et même sain, de vouloir réussir, subvenir à ses besoins et même plus, d’être financièrement bien assis, mais jamais aux dépens, au détriment de son prochain, le texte est clair à ce sujet: pas à n’importe quel prix!
L’économie utopique, contrairement au Judaïsme, et par opposition au communisme (qui échoua lamentablement), ne parle pas d’égalité totale. Il est certes judicieux, et même légitime, de motiver l’individu à exceller, à œuvrer pour son bien-être, mais ne jamais oublier, toujours garder en mémoire que les enfants d’Israël sont responsables les uns des autres, la détresse de mon prochain est ma propre détresse.

Comment le Tanakh espère-t-il éduquer le peuple et surmonter la faiblesse humaine ?
À travers quel sujet peut-il l’interpeller?
Le leitmotiv de «Ne pas opprimer» est, en outre, motivé et ce, de manière récurrente, par:
«Tu ne contristeras point l’étranger ni ne le molesteras; car vous-mêmes avez été étrangers en Egypte.» (Shemot 22:21)

Le verset nous renvoie vers notre mémoire nationale: une vie de servitude et d’exil en Egypte, l’oppression et l’humiliation pour de dangereux immigrés. C’est un devoir de raviver l’esprit au souvenir des goûts amers d’une longue agonie en terre étrangère. Jusqu’à ce jour je souffre la souffrance d’Avraham lorsqu’il dut répudier Agar et leur fils, les condamnant à l’errance en terre étrangère, lui le père de l’hospitalité! C’est donc un devoir probant de susciter la compassion pour l’étranger comme pour quiconque serait plus faible que soi et de montrer un entendement profond pour ses besoins particuliers. Le Talmud précise: lorsqu’une personne parvient au Jugement suprême, après cent vingt ans, on lui pose un certain nombre de questions pointues: « Avez-vous espéré en un monde meilleur? » Le poids que le Judaïsme donne à la justice est si grand que la première question sous-tend que vous soyez l’être de la Foi, c’est-à-dire: celui de la Fidélité, de la Confiance et celui de la Vérité.

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