La Turquie a rejoint l’OTAN, aux cĂ´tĂ©s de sa Grèce antagoniste historique, en 1951, deux ans après la crĂ©ation de l’alliance. Admettre la Turquie avait du sens Ă cette Ă©poque pour deux raisons. L’une d’entre elles Ă©tait que sa position stratĂ©gique Ă la frontière de l’Union soviĂ©tique qui rendait essentielle tout effort visant Ă contenir la volontĂ© expansionniste de Moscou et visant Ă saper la stabilitĂ© du monde d’après-guerre et Ă rĂ©pandre le communisme. La Turquie de l’après-guerre Ă©tait Ă©galement une dĂ©mocratie laĂŻque florissante dont les partis au pouvoir souhaitaient faire partie de l’Europe plutĂ´t que de se concentrer sur les gloires perdues de l’empire ottoman.
Mais la Turquie contemporaine est un pays très diffĂ©rent. Au cours des deux dernières dĂ©cennies, la montĂ©e du parti AKP et de son chef, Recep Tayyip ErdoÄźan, ont transformĂ© une rĂ©publique dĂ©mocratique laĂŻque avouĂ©e en un État autoritaire islamiste. En tant que tel, il s’est dĂ©tournĂ© de la mission de l’OTAN consistant Ă dĂ©fendre la dĂ©mocratie europĂ©enne. En Russie, elle achète un système de dĂ©fense antimissile et refuse de coordonner la politique de sĂ©curitĂ© avec les États-Unis et l’OTAN.
ErdoÄźan reproche Ă©galement Ă l’OTAN de ne pas ĂŞtre suffisamment prĂ©occupĂ©e par le terrorisme. Mais, par lĂ , il fait rĂ©fĂ©rence Ă la rĂ©ticence comprĂ©hensible des membres de l’alliance Ă partager son enthousiasme pour la guerre de la Turquie contre les Kurdes. Les Turcs ont tentĂ© d’Ă©liminer l’identitĂ© kurde Ă l’intĂ©rieur de leurs frontières et ont considĂ©rĂ© le nationalisme kurde ailleurs comme une menace pour sa propre souverainetĂ©, malgrĂ© les souffrances de ce groupe de personnes. Il existe en fait des groupes kurdes considĂ©rĂ©s comme des terroristes, mais considĂ©rer de la sorte tout le nationalisme kurde est une grave erreur. Et pour un pays comme la Turquie, qui a toujours soutenu le groupe terroriste du Hamas, il est absurde de penser qu’il constitue un rempart contre le terrorisme.
Dans le mĂŞme temps, les États-Unis et l’OTAN comptent Ă©normĂ©ment sur IsraĂ«l pour lutter contre le terrorisme. Ce n’est un secret pour personne que les renseignements fournis par IsraĂ«l sont essentiels Ă la sĂ©curitĂ© des États-Unis et Ă celle de l’alliance. IsraĂ«l collabore Ă©troitement avec les AmĂ©ricains et les EuropĂ©ens de l’Ouest lorsqu’il s’agit de la bataille contre ISIS et de la menace iranienne. Les exercices conjoints que mènent l’AmĂ©rique et certains autres alliĂ©s de l’OTAN avec IsraĂ«l montrent Ă©galement que, mĂŞme si l’État juif ne fait pas partie d’une structure d’alliance formelle comme l’OTAN, il s’agit d’un Ă©lĂ©ment essentiel de la dĂ©fense de l’Occident. Et pourtant, ErdoÄźan a Ă©tĂ© fĂŞtĂ©, avec le reste des dirigeants de l’OTAN, au sommet anniversaire de Londres, alors que le Premier ministre israĂ©lien Benjamin Netanyahu a Ă©tĂ© explicitement exclu.
Parler de la suppression de l’OTAN – qu’elle vienne des partisans nĂ©o-isolationnistes de Donald Trump ou des partis de gauche qui considèrent la projection du pouvoir amĂ©ricain comme intrinsèquement mauvais est Ă©galement faux. Mais si l’OTAN veut continuer Ă jouer le rĂ´le de dĂ©fense de la dĂ©mocratie que ses fondateurs ont voulu, elle devra changer. Cela peut commencer par trouver un moyen de mettre la Turquie d’ErdoÄźan Ă l’Ă©cart, tout en faisant entrer officiellement ou officieusement IsraĂ«l dans l’alliance.




