À mesure que progressent les négociations pour un cessez-le-feu à Gaza, en coulisses, la bataille au sein des deux camps de l’organisation terroriste s’intensifie ; Sinwar, qui est au cœur des combats à Gaza et Haniyeh, qui regarde ce qui se passe depuis les coulisses.
Ancienne maison de Sinwar au cœur de Khan Yunis (photo : pas de crédit)
Le conflit entre les dirigeants du Hamas met en lumière la dynamique interne de l’organisation et reflète l’Ă©tat mental de Sinwar d’une part et l’opacitĂ© et le manque d’empathie de Haniyeh pour ce qui se passe Ă Gaza d’autre part.
Si l’on analyse les interprĂ©tations et la manière dont Sinwar est prĂ©sentĂ© en IsraĂ«l, elles l’ont amenĂ© au rang d’idole, de stratège calculĂ© qui contrĂ´le la situation et sait jouer ses cartes de manière admirable. Sinon, comment se fait-il que quatre mois se soient Ă©coulĂ©s et qu’IsraĂ«l n’ait pas pu mettre la main sur lui. En effet, après le premier kidnapping, son image s’est renforcĂ©e et il semblait invincible. Bien sĂ»r, c’est ce qu’il aimerait nous faire penser, mais si l’on analyse la situation de près, c’est loin d’être la vĂ©ritĂ©.
Selon un rapport publiĂ© par le Wall Street Journal, par les mĂŞmes sources, la dynamique de l’organisation s’est « inversĂ©e », et le chef du gouvernement du Hamas dans la bande de Gaza, Yahya Sinwar, est devenu « fatiguĂ© » après quatre mois de guerre et est prĂŞt Ă accepter la proposition d’un cessez-le-feu initial de six semaines. D’un autre cĂ´tĂ©, les dirigeants de l’organisation Ă l’Ă©tranger, menĂ©s par Haniyeh, exigent davantage de concessions et veulent nĂ©gocier un cessez-le-feu permanent qui mettrait fin Ă la guerre. Parmi leurs revendications, ils stipulent que « tout cessez-le-feu sera basĂ© sur la fin complète des combats », et ont rĂ©itĂ©rĂ© la demande du retrait des forces de Tsahal de la bande de Gaza.
Ce diffĂ©rend au sein de la direction du Hamas intervient dans le contexte d’un rapport reçu il y a environ deux semaines sur les tensions entre Sinwar et Haniyeh, qui ne se parlaient pas depuis plus d’un mois, ce qui rendait Ă l’Ă©poque difficile la conclusion d’un nouveau accord.
Après quatre mois de combats, le Hamas se trouve Ă la croisĂ©e des chemins alors que deux voix dominantes au sein de l’organisation terroriste se disputent le contrĂ´le, chacune voulant ĂŞtre celle qui tire les ficelles. Tandis que Sinwar, la personnalitĂ© la plus importante de Gaza, exprime sa volontĂ© d’accepter une proposition de trĂŞve de six semaines, les dirigeants politiques en place au Qatar font pression pour obtenir de plus grandes concessions de la part d’IsraĂ«l et amĂ©liorer les conditions. Ce conflit interne constitue un formidable obstacle au processus de nĂ©gociation et empĂŞche le Hamas de prĂ©senter un front uni dans les discussions avec les mĂ©diateurs internationaux.
Cette controverse est d’une grande importance pour analyser les dynamiques et anticiper la suite. Il est Ă©vident que Haniyeh qui regarde la guerre depuis les nĂ©ons d’une pièce climatisĂ©e n’accorde aucune importance aux difficultĂ©s dans lesquelles se trouve Sinwar, ni aux souffrances des habitants de Gaza. Pour lui, il veut prouver au monde qu’il dicte les mouvements et ainsi asseoir sa position dans la direction de l’organisation. Sinwar, qui se trouve au cĹ“ur de Gaza, Ă©value les risques et se rend compte qu’il doit cesser le feu le plus rapidement possible. En plus de cela, il y a ici des batailles d’ego très claires. Sinwar n’aime pas le fait que les nĂ©gociations se dĂ©roulent « au-dessus de sa tĂŞte ». Depuis qu’il se cache, sa difficultĂ© Ă exprimer sa position est plus grande et il se rend compte que Haniyeh profite de la situation.
En fin de compte, malgré l’image invincible créée par Sinwar en Israël, il est stressé, il a besoin d’un cessez-le-feu, et au-delà de la guerre de survie, il est aussi dans des luttes politiques qui le rendent fou. Israël doit analyser l’état mental de ses dirigeants et comprendre comment il entre dans la dynamique fragile de l’organisation et en tire parti à son avantage.





