Les images et la vidĂ©o du Premier ministre Naftali Bennett se levant de sa chaise pour poursuivre son prĂ©dĂ©cesseur au pouvoir, le chef de l’opposition Benjamin Netanyahu, au Parlement resteront Ă jamais gravĂ©es dans notre mĂ©moire comme l’un des moments les plus bas de sa vie publique. La mĂŞme chose peut ĂŞtre dite pour la manière grossière dont il a licenciĂ© sa confidente de longue date, la dĂ©putĂ©e du Parti du sionisme religieux Orit Strock, lui disant « dĂ©gage de ma vue. »
Lorsque Bennett a perdu son sang-froid, son comportement reflĂ©tait sa frustration croissante, du moins on peut le supposer, compte tenu des derniers Ă©vĂ©nements et des commentaires qu’il a faits.
Au cours de ses quatre premiers mois au pouvoir, Bennett a surmontĂ© la variante Delta du coronavirus et a tenu bon lors de rĂ©unions avec le prĂ©sident amĂ©ricain Joe Biden et le prĂ©sident russe Vladimir Poutine et sur le front diplomatique en gĂ©nĂ©ral. Le gouvernement compliquĂ© qu’il a dirigĂ© a fonctionnĂ©, ce qui n’Ă©tait certainement pas un fait, et il a approuvĂ© un budget de l’État. Lui et le ministre des Affaires Ă©trangères et Premier ministre dĂ©signĂ© Yair Lapid ne semblaient pas trouver assez de bonnes choses Ă dire l’un sur l’autre.
Cependant, la lune de miel Ă©tait bientĂ´t terminĂ©e. Le soi-disant « cabinet du coronavirus » a cessĂ© d’Ă©couter Bennett. Sa femme s’est envolĂ©e Ă l’Ă©tranger contre ses recommandations publiques. Des conflits internes au bureau du Premier ministre ont fuitĂ©, et le Premier ministre a Ă©tĂ© contraint d’avaler un nombre croissant d’articles Ă l’ordre du jour de la gauche, y compris la rĂ©cente lĂ©gislation pour connecter les maisons construites illĂ©galement au rĂ©seau Ă©lectrique national d’IsraĂ«l.
Dans le mĂŞme temps, il devient de plus en plus clair que Bennett et ses opinions sont considĂ©rĂ©s comme non pertinents par ses partenaires de la coalition. Lorsque Bennett a parlĂ© Ă huis clos d’un Ă©ventuel verrouillage pour freiner le coronavirus, le chef du parti Yisrael Beytenu et ministre des Finances Avigdor Lieberman a rĂ©pondu en dĂ©clarant publiquement qu’il n’y aurait rien de tel. Le commentaire de ce dernier a fini par dĂ©terminer la politique du gouvernement.
Le ministre de l’Éducation, Yifat Shasha-Biton, lui a Ă©galement menti et a apparemment contrecarrĂ© la campagne de vaccination que Bennett avait prĂ©vue pour les Ă©coles. Son partenaire principal, Lapid, semblait oublier le Premier ministre dans une vidĂ©o enregistrĂ©e six mois après le dĂ©but du gouvernement de coalition. Quiconque regardera la vidĂ©o aura du mal Ă ne pas avoir l’impression que le chef de Yesh Atid est celui qui dirige le pays et que Bennett n’est qu’un figurant dans une production gouvernementale.
Bien sĂ»r, il y a un adulte responsable dans la coalition : le ministre de la DĂ©fense Benny Gantz. Le chef du parti bleu et blanc poursuit sa propre politique indĂ©pendante en matière de diplomatie et de dĂ©fense, domaines qu’il a appris avec l’ex Premier ministre. Gantz parcourt le monde, rencontre des chefs d’État, mĂŞme s’il n’est que ministre de la DĂ©fense. Bennett n’a aucun contrĂ´le sur lui.
Les rĂ©alisations de la coalition commencent Ă©galement Ă s’essouffler. Biden n’a pas parlĂ© Ă Bennett depuis aoĂ»t. La visite historique aux Émirats arabes unis n’a pas provoquĂ© les remous attendus et il n’a pas pu se rendre dans d’autres pays en raison de la pandĂ©mie. Puis l’Omicron est arrivĂ© et a tout pris en main. L’homme qui a Ă©crit le livre sur la façon de vaincre une pandĂ©mie a admis lors de conversations Ă huis clos qu’en fait, il n’en avait aucune idĂ©e.
A cela s’ajoute sa position politique faible. Six mois après son entrĂ©e en fonction, le Premier ministre continue de se battre pour son existence politique, se battant avec des membres du camp d’oĂą il est venu et dans lequel il ne peut plus retourner. Vous pouvez ĂŞtre sĂ»r que ce n’est pas ainsi qu’il pensait que les choses allaient se passer.
A cette impasse politique et opĂ©rationnelle s’ajoute la faiblesse inhĂ©rente au rĂ´le du Premier ministre en IsraĂ«l. Le public ne le sait peut-ĂŞtre pas, mais le Premier ministre est en pratique l’un des ministres les moins influents du gouvernement.
La loi confère des pouvoirs exĂ©cutifs Ă tous les ministres d’IsraĂ«l. Au lieu de cela, le pouvoir du Premier ministre vient du fait qu’il est « le premier parmi ses pairs » et en vertu de son pouvoir politique. Seuls les agences de renseignement du Mossad et du Shin Bet, ainsi que quelques autres bureaux gouvernementaux plus petits, sont directement subordonnĂ©s au Premier ministre. Contrairement aux États-Unis, tous les autres ministères du gouvernement sont subordonnĂ©s aux ministres qui les dirigent. Bennett n’a pas le pouvoir de donner des ordres aux directeurs gĂ©nĂ©raux des ministères.
Les premiers ministres précédents ont surmonté cet obstacle en recourant à la force politique. Ils dirigeaient le parti central du gouvernement de coalition et, par conséquent, les ministres de leur parti, qui étaient majoritaires, craignaient de les contester.
Seuls deux ministres du gouvernement de coalition actuel relèvent dĂ©sormais de Bennett : Ayelet Shaked et Matan Kahana, tous deux de son parti Yamina. Les 34 ministres restants relèvent de Lapid, Lieberman, Gantz, du chef de New Hope Gideon Saar et du chef du Parti travailliste Meirav Michaeli. Alors mĂŞme s’ils font attention Ă ne pas manquer de respect Ă Bennett, quand les choses se corsent, ils n’ont aucune raison d’en tenir compte.
Vraisemblablement, ce gâchis est la raison pour laquelle il a perdu le contrĂ´le mercredi matin. Pour son bien et le nĂ´tre, espĂ©rons qu’il se remette sur pied. Après tout, il est le premier ministre. Il devrait commencer Ă agir comme tel.





