La scène s’est déroulée mercredi matin devant le centre de recrutement de Tel Hashomer. Quelques jeunes ultra-orthodoxes venus s’enrôler dans Tsahal se sont retrouvés au cœur d’un affrontement verbal et symbolique révélant la profondeur de la fracture identitaire qui traverse la société israélienne autour de la question du service militaire.
D’un côté, des militants ultra-orthodoxes radicaux, venus empêcher l’enrôlement, allongés sur la chaussée, criant aux recrues : « hérétique », « enlève ta kippa ». De l’autre, un petit groupe de réservistes venus apporter leur soutien, drapeau israélien à la main, rappelant que l’engagement militaire n’est pas incompatible avec la foi juive.
Entre les insultes et les slogans, une scène a particulièrement marqué les témoins. Alors que les cris redoublaient, une mère s’est retournée vers les manifestants et a hurlé :
« Taisez-vous ! Mon fils donne sa vie pour vous protéger ! »
Un cri de détresse qui résume à lui seul l’impasse morale et sociale dans laquelle se trouve le débat.
Parmi les recrues, Nahman Eliyahu Ansi, venu avec son épouse, a expliqué calmement son choix :
« J’ai toujours su que je m’enrôlerais. Je viens d’un milieu ultra-orthodoxe, ce n’était pas simple, mais chacun doit agir pour le bien du peuple d’Israël. »
Les tentatives de dissuasion ne se limitaient pas aux cris. Des tracts distribuaient des « consignes d’urgence », expliquant comment éviter la police militaire, appelant à ne pas ouvrir aux forces de l’ordre, et décrivant même l’aéroport comme un « piège à arrestations ». Un numéro d’assistance juridique était diffusé, avec recommandation de garder le silence en cas d’interpellation.
Face à cela, des réservistes dénonçaient une violence déjà observée lors de précédentes vagues d’enrôlement. Kfir Heyman, qui a effectué plusieurs périodes de réserve durant la dernière guerre, témoigne :
« La dernière fois, les recrues ont été battues pendant que la police regardait. J’ai commandé une unité de parachutistes haredim : ils sont mille fois plus attachés au judaïsme que ceux qui leur crient dessus. Moïse et le roi Salomon se retourneraient dans leur tombe en voyant ce qu’on fait de la Torah. »
La police a fermé les accès au site pour contenir les affrontements, mais la tension est restée élevée toute la matinée. Un père venu attendre sa fille soldate, Eliezer Biton, a tenté de dialoguer avec un manifestant :
« Tu vis dans l’État d’Israël. J’espère qu’un jour on trouvera une solution. »
La réponse a été brutale : « Pour moi, un mandat britannique ferait l’affaire. Je ne reconnais pas cet État. »
Ce contraste cristallise le cœur du problème : une partie des manifestants rejette la légitimité même de l’État, tout en bénéficiant de ses budgets et de sa protection sécuritaire. À l’inverse, ceux qui choisissent l’enrôlement se retrouvent isolés, pris en étau entre rejet communautaire et indifférence politique.
Les recrues haredim n’étaient pas nombreuses ce jour-là, mais les heurts symboliques furent nombreux. Ils illustrent une réalité douloureuse : aucune loi sur la conscription ne suffira à combler un fossé idéologique aussi profond sans un débat de fond sur la notion de responsabilité collective, de citoyenneté et de solidarité nationale.
Entre la kippa et l’uniforme, entre foi et défense, ce n’est pas un affrontement de camps qui s’est joué à Tel Hashomer, mais un choc de visions du monde — dont l’issue reste, pour l’instant, profondément incertaine.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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