L’affrontement public entre l’ancien chef du Shin Bet, Ronen Bar, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu prend une nouvelle ampleur. Au cœur de la controverse : un ordre qui aurait été donné à l’aube du 7 octobre – et qui, selon le témoignage de Bar, n’aurait pas été exécuté.
Invité sur la radio 103FM, le journaliste militaire Or Heller (News 13) a révélé des éléments issus de la déposition de Ronen Bar devant le State Comptroller of Israel. D’après cette version, Bar aurait ordonné dès 05h15 du matin que le Premier ministre soit réveillé, alors que des signaux inquiétants en provenance de Gaza s’accumulaient déjà depuis plusieurs heures.
Des signaux dès 3h03 du matin
Selon le récit présenté, les premières indications d’une activité inhabituelle du Hamas auraient été enregistrées à 03h03. Ronen Bar aurait alors quitté son domicile en urgence pour rejoindre le siège du Shin Bet à Tel-Aviv afin d’analyser les renseignements en temps réel.
À 05h00, il aurait donné instruction à ses équipes de s’assurer que le Premier ministre soit réveillé. Toujours selon son témoignage, un enregistrement interne horodaté de 06h00 attesterait formellement de cette directive. La question centrale demeure : si l’ordre a été donné, pourquoi n’a-t-il pas été exécuté ?
C’est précisément ce point qui alimente aujourd’hui la polémique. Ronen Bar affirme que tout est documenté dans les systèmes internes du Shin Bet. Reste à déterminer à quel niveau la chaîne décisionnelle aurait failli.
Une directive préalable de ne pas réveiller ?
Autre élément explosif évoqué dans la déposition : Ronen Bar aurait interrogé les enquêteurs sur l’existence éventuelle d’une instruction préalable du Premier ministre demandant à ne pas être réveillé sauf en cas d’événement « extrêmement dramatique », et non pour des renseignements encore partiels ou ambigus.
À ce stade, aucune confirmation officielle ne permet de trancher cette question. Il faudra entendre d’autres témoignages, notamment ceux des officiers de permanence, du secrétariat militaire et des responsables de la coordination gouvernementale cette nuit-là.
Alerte sur activité inhabituelle, pas sur guerre imminente
Or Heller souligne que Ronen Bar ne prétend pas avoir anticipé une attaque d’ampleur inédite impliquant environ 6 000 assaillants. Il reconnaît que l’évaluation dominante n’était pas celle d’une guerre ouverte à 06h29 du matin.
En revanche, il affirme avoir déclenché des mesures préventives : activation d’une équipe d’intervention spécialisée, transmission d’une alerte à Tsahal et notification au secrétariat militaire du Premier ministre concernant une activité anormale du Hamas.
Il s’agissait, selon cette version, d’un signal d’alerte précoce – mais pas d’une certitude sur un assaut massif imminent.
Une bataille publique pour la responsabilité
En l’absence de commission d’enquête nationale officielle, l’enquête du Contrôleur d’État devient le principal champ de bataille institutionnel. Les échanges se durcissent.
Le Premier ministre a récemment publié des documents relatifs à des discussions sécuritaires antérieures au 7 octobre, suggérant que les évaluations des services indiquaient une faible probabilité d’escalade majeure et une préférence du Hamas pour des pressions limitées à des fins de négociation.
De son côté, le chef de l’opposition Yair Lapid accuse le Premier ministre d’avoir sorti ces documents de leur contexte. Il affirme qu’au cours des réunions précédentes, Ronen Bar et l’ancien chef d’état-major Herzi Halevi auraient recommandé de préparer des scénarios d’escalade et même une option d’opération élargie à Gaza.
Selon Lapid, les alertes étaient jugées sérieuses au sein du système sécuritaire, mais la décision politique aurait été de ne pas lancer d’action préventive, notamment en raison de priorités diplomatiques stratégiques, dont le processus de normalisation avec l’Arabie saoudite.
Une fracture profonde au sommet de l’État
Le débat dépasse désormais la simple question technique de l’heure du réveil. Il touche à la chaîne de responsabilité politique et sécuritaire, à la culture décisionnelle en situation de crise et aux mécanismes d’alerte entre les services de renseignement et le pouvoir exécutif.
Des sources sécuritaires citées dans les médias affirment que la rhétorique actuelle – évoquant un « mutinerie » ou une « rébellion » au sein du Shin Bet – constitue une escalade grave et dangereuse. Certains parlent même d’une tentative de délégitimation personnelle.
À mesure que les éléments documentaires émergent, l’opinion publique assiste à une confrontation frontale entre deux récits : celui d’un service de renseignement affirmant avoir agi et alerté, et celui d’un leadership politique contestant la chronologie et la nature des avertissements.
La question demeure ouverte : l’ordre de réveiller le Premier ministre a-t-il réellement été bloqué quelque part dans la chaîne ? Le seul , a pouvoir decider d’une attaque de grande envergure. Et si oui, par qui – et pourquoi ?
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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