Alors que la coupure quasi totale d’Internet se prolonge en Iran, les images en provenance des manifestations se raréfient. Pourtant, dans l’ombre de ce black-out numérique, des témoignages glaçants continuent de filtrer, relayés par des proches à l’étranger, des connexions furtives ou des réseaux alternatifs. Tous décrivent une même réalité : violence extrême, chaos généralisé et sentiment d’apocalypse, au seizième jour d’un mouvement de protestation d’une ampleur inédite.
Les communications étant sévèrement restreintes, établir une photographie fiable de la situation devient chaque jour plus difficile. Néanmoins, des journalistes et des ONG de défense des droits humains recueillent des récits concordants évoquant des tirs sans discrimination, des arrestations massives, l’effondrement des hôpitaux et une répression systématique. « Ce que le monde voit n’est qu’une fraction minuscule et filtrée de la réalité », confient plusieurs sources depuis l’intérieur du pays.
« Le nombre de morts est bien plus élevé que ce qui est connu »
La journaliste de la BBC, Goncheh Habibiazad, rapporte des échanges sporadiques avec des Iraniens parvenant à se connecter brièvement : « Tous disent que le nombre de manifestants tués est bien supérieur à ce qui a été rapporté jusqu’à présent à l’extérieur de l’Iran. Il devient chaque jour plus difficile d’entrer en contact avec eux ». Cette opacité est renforcée par la coupure d’Internet, confirmée par NetBlocks, qui estime la connectivité du pays à moins de 1 % de son niveau normal.
Un témoin du nord-ouest de l’Iran, connecté occasionnellement via Starlink, décrit une scène d’horreur : « Les forces de sécurité tirent dans les rues comme si la vie humaine n’avait aucune valeur. Les morgues sont pleines à craquer, les corps empilés les uns sur les autres. Le monde ne voit qu’un fragment édulcoré de ce qui se passe réellement ».
« Ils tirent, chargent les morts sur des camions »
« Comment peut-on comprendre de l’extérieur ce que cela signifie de vivre dans une ville où des hommes armés circulent librement, tirent à volonté et chargent les morts et les blessés sur des camions ? », poursuit-il. « C’est terrifiant. Nous en sommes arrivés à supplier Donald Trump et le reste du monde d’agir contre ces bourreaux. Même dans mes pires cauchemars, je n’avais jamais imaginé voir cela ».
Un autre témoignage, provenant de Téhéran, va dans le même sens : « C’est l’enfer au sens littéral du terme. Les vidéos qui parviennent à sortir ne montrent peut-être que 20 % de la réalité. Il est impossible de filmer toute l’ampleur de la foule, toute la violence ». Selon lui, le discours dans la rue a radicalement changé : « Tout le monde parle du retour de la dynastie Pahlavi. Les slogans dominants sont ‘Retour du Shah’ et ‘Mort à Khamenei’. Les gens sont convaincus que c’est la fin du régime ».
Coupures d’électricité et isolement total
Des exilés iraniens confirment ces récits. Nazila, réfugiée à l’étranger, raconte un appel reçu de Téhéran : « Chaque soir vers 20 heures, ils coupent l’électricité et bloquent les téléphones. Plus de SMS, plus d’appels entrants ou sortants. Seuls quelques sites gouvernementaux ou bancaires restent accessibles ». Malgré cela, dit-elle, « les gens descendent dans la rue avec une détermination incroyable ».
Selon ces témoignages, des caméras de surveillance et des feux de circulation ont été détruits, des véhicules des milices du Basij incendiés, et des enfants auraient été exfiltrés de force vers des bases sécuritaires. « Je n’ai jamais vu autant de courage et de colère mêlés », confie-t-elle.
Arrestations massives et villes sous contrôle militaire
Depuis le centre du pays, un autre témoin rapporte que la participation aux manifestations a atteint des niveaux jamais vus, avant que les arrestations massives ne fassent chuter la mobilisation. « La ville entière était sous contrôle sécuritaire. Résister était devenu impossible », explique-t-il, ajoutant que si certaines communications téléphoniques diurnes fonctionnent encore, les nuits sont plongées dans un silence total.
Les villes plus petites, selon lui, peinent davantage à maintenir la mobilisation, faute de relais et de visibilité. « Sans momentum, le moral s’érode », avertit-il.
« Un massacre total, comme le jour du Jugement dernier »
Dans un enregistrement audio parvenu hors du pays, un homme parle d’une voix paniquée : « C’est un massacre total. Ils ont coupé l’électricité et toutes les communications, puis ils sont venus tuer des gens. Les hôpitaux empilent les corps. C’est le chaos absolu, comme le jour du Jugement dernier ». Il affirme que même certains membres des forces du régime auraient été tués dans ces affrontements.
D’autres messages évoquent des snipers dans les rues, des hôpitaux saturés de jeunes mutilés, et des descentes nocturnes dans les habitations. « Nous avons besoin d’aide extérieure. Soyez notre voix », implorent-ils.
Face à ces récits, une certitude s’impose : la crise iranienne a atteint un niveau de violence et de rupture sans précédent, tandis que le monde peine encore à mesurer l’ampleur réelle de ce qui se joue derrière le rideau noir de la censure.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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