Tou Bichvat à l’épreuve de l’actualité : planter des racines dans un Moyen-Orient en tension

Alors qu’Israël célèbre aujourd’hui Tou Bichvat, le Nouvel An des arbres, la fête résonne cette année d’une manière particulière. Traditionnellement associée au renouveau, à la croissance et à l’enracinement, Tou Bichvat tombe en 2026 au cœur d’une période marquée par l’incertitude stratégique, les tensions régionales et les interrogations existentielles qui traversent la société israélienne. Plus que jamais, la symbolique de cette fête ancienne semble dialoguer directement avec l’actualité brûlante.

Tou Bichvat n’est pas une fête spectaculaire. Elle ne commémore ni une victoire militaire ni un événement politique. Elle parle de racines, de patience et de cycles longs. Dans la tradition juive, planter un arbre est un acte de foi dans l’avenir, un geste accompli sans garantie de voir soi-même le fruit de son travail. C’est précisément cette idée qui prend aujourd’hui une dimension nouvelle, alors qu’Israël se trouve confronté à des défis sécuritaires majeurs, de la menace iranienne aux fractures internes, en passant par une pression internationale constante.

Depuis plusieurs semaines, l’actualité est dominée par la montée des tensions avec l’Iran, les débats autour d’une possible action militaire américaine et la crainte d’un accord partiel qui laisserait intact le programme de missiles balistiques. Dans ce contexte, Israël vit dans une forme de drikhout permanente – une vigilance tendue, parfois silencieuse, mais omniprésente. Tou Bichvat arrive comme un rappel presque dérangeant : face à l’urgence, le judaïsme propose une vision de long terme.

Planter un arbre, c’est accepter que la croissance ne soit ni immédiate ni spectaculaire. C’est reconnaître que la solidité se construit sous la surface, dans ce qui ne se voit pas. À l’image d’un arbre, la sécurité d’Israël ne repose pas uniquement sur des décisions ponctuelles ou des opérations visibles, mais sur des racines profondes : cohésion sociale, résilience civile, continuité historique et clarté morale. En période de menace, ces racines deviennent aussi essentielles que les systèmes de défense les plus sophistiqués.

Tou Bichvat est aussi la fête de la terre d’Israël. Depuis plus d’un siècle, le sionisme a fait de la plantation d’arbres un acte fondateur, presque politique, sans jamais le réduire à un simple symbole. Reboiser, cultiver, faire fleurir un sol disputé a toujours été une manière de dire : nous sommes là pour rester. Aujourd’hui encore, alors que les frontières sont contestées, que la légitimité d’Israël est attaquée dans certaines instances internationales, l’arbre planté devient une réponse silencieuse mais puissante.

Cette année, la fête se déroule alors que de nombreuses familles israéliennes vivent dans l’angoisse : soldats mobilisés, menaces sur le front nord, inquiétudes liées à l’Iran, divisions internes exacerbées par la guerre et ses conséquences. Dans ce climat, Tou Bichvat rappelle une vérité fondamentale : un arbre isolé est fragile, une forêt est résistante. Le message est clair – sans unité, il n’y a pas de solidité durable.

La tradition de manger les fruits à Tou Bichvat – ceux qui ont une écorce dure et un cœur tendre, ceux qui sont entièrement comestibles, ceux dont le noyau est à l’intérieur – est elle aussi riche de sens cette année. Elle invite à regarder la réalité avec nuance. Dans l’actualité israélienne, tout n’est ni noir ni blanc. Il existe des couches, des protections, des fragilités cachées. Comprendre cela est indispensable pour affronter les défis à venir sans se briser.

Dans un Moyen-Orient instable, Israël est souvent sommé de réagir vite, fort, immédiatement. Tou Bichvat propose l’inverse : penser lentement, construire patiemment, renforcer ce qui ne se voit pas encore. Cela ne nie pas la nécessité de se défendre – bien au contraire. Un arbre ne pousse pas sans protection dans ses premières années. Mais il ne survit que s’il développe des racines solides.

Il y a aussi, dans Tou Bichvat, une dimension d’espoir lucide. Pas un optimisme naïf, mais la conviction que malgré les tempêtes, la vie continue de pousser. Même après un incendie, même après une sécheresse, un arbre peut renaître. Cette idée résonne fortement dans une société israélienne marquée par le traumatisme du 7 octobre, par la guerre, par la perte, mais aussi par une capacité impressionnante à se relever.

En 2026, célébrer Tou Bichvat n’est pas un acte déconnecté de la réalité. C’est au contraire une réponse à l’actualité. Planter, célébrer la croissance, parler de racines quand tout semble instable, c’est affirmer que l’histoire juive et israélienne ne se résume pas à l’urgence du moment. Elle s’inscrit dans le temps long, celui où chaque génération plante pour la suivante.

Alors que les regards sont tournés vers Washington, Téhéran ou les capitales européennes, Tou Bichvat invite à baisser les yeux vers la terre, à regarder ce qui pousse ici, malgré tout. Dans un monde de menaces, planter un arbre devient un acte de résistance tranquille. Une déclaration silencieuse mais ferme : Israël ne vit pas seulement dans le présent de la crise, mais dans l’avenir qu’il continue, obstinément, de cultiver.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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