L’événement grave survenu mercredi en début d’après-midi dans le village de Majdal Zoun a coûté un lourd tribut. Des enseignements en seront certainement tirés pour tenter d’éviter que de tels incidents ne se reproduisent, mais malgré le cessez-le-feu, la situation de fond dans le sud du Liban reste propice à ce genre d’échecs — comme le risque de journées de canicule au mois de juillet-août.
Le Hezbollah a certes été frappé et affaibli depuis octobre 2023, mais il n’a pas abandonné un seul instant son devoir religieux — la moukawama, la résistance. C’est vers cela que le leader Naïm Qassem a orienté son discours cette semaine, promettant que l’organisation continuerait à se consacrer à la voie du combat qui mènera, in fine, à un retrait total de Tsahal de tout le territoire libanais, dans une humiliation semblable à celle qui avait accompagné le retrait de mai 2000.
C’est là l’essence du désaccord entre la voie que mène le président Aoun avec le gouvernement libanais vers des pourparlers de paix avec Israël, promettant que cette voie mènera au retrait de Tsahal — et la voie de la résistance, qui critique fermement le processus de négociation, convaincue que seule la poursuite des combats amènera le retrait de Tsahal.
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Pour l’État d’Israël, il serait souhaitable de ne pas perdre la percée sans précédent créée par la série de rencontres directes avec les représentants du gouvernement libanais, sous médiation américaine. Cette opportunité recèle un potentiel positif. Mais il faut, dans le même temps, conserver un regard réaliste sur les processus qui se dessinent au sein du Hezbollah.
Après près de six mois depuis la reprise des combats lors du « rugissement du lion », l’attachement du Hezbollah à la voie du combat contre Israël ne s’est pas seulement pas relâché, il s’est même renforcé. Il est soutenu par le réseau de liens avec l’Iran, qui s’est lui aussi resserré dans les circonstances actuelles. Ces liens se sont intensifiés sur le plan matériel, sur le plan politique et sur le plan spirituel.
Sur le plan matériel : les efforts iraniens pour transférer des composants d’armement depuis l’Irak, via la Syrie, jusqu’au Liban, ont repris. Sur le plan politique : les efforts de l’Iran pour lier le cessez-le-feu face aux États-Unis à un cessez-le-feu sur le front libanais traduisent la profondeur du partenariat entre l’Iran et le Hezbollah. Sur le plan spirituel : la résistance ferme de la direction iranienne face à la puissance américaine constitue une source d’inspiration religieuse pour tous les fidèles de l’idée de résistance.
Dans ces conditions, même si des mesures concrètes sont mises en œuvre par le gouvernement libanais et l’armée libanaise pour désarmer le Hezbollah, la situation ressemble à l’effort de vider une piscine pendant qu’elle continue de se remplir de l’autre côté à un débit encore plus élevé. Les Américains ne comprennent pas l’insaisissabilité infinie et la ruse créative des organisations de résistance.
De manière humaine, sans nécessairement de motifs malveillants, tous les acteurs impliqués dans les efforts de désarmement ressentent une pulsion évidente à démontrer une réussite dans leur mission. La volonté est d’achever la tâche et de rentrer chez soi en paix. C’est pourquoi l’armée libanaise, les médiateurs et les superviseurs américains ont eux aussi de bonnes raisons de présenter des vitrines de succès dans le désarmement, en ignorant tout ce qui continue d’exister sur le plan dissimulé. C’est la dynamique humaine par laquelle une solution élégante au problème d’aujourd’hui engendre, dès le lendemain, un nouveau problème.
Le Hezbollah et l’Iran font preuve, ces jours-ci, d’une expression fascinante de pensée stratégique flexible. Au sein du Hezbollah, on reconnaît l’échec de l’idée de guerre avec laquelle ils étaient arrivés à octobre 2023, et avec une créativité adaptative, ils travaillent actuellement à forger une nouvelle idée de guerre, appuyée sur des moyens de combat innovants, parmi lesquels les drones et les engins volants sans pilote.
Dans ces conditions, l’État d’Israël doit agir sur deux fronts en parallèle. D’un côté, poursuivre sincèrement les efforts de négociation avec le gouvernement libanais ; de l’autre, se préparer avec un regard neuf et non figé à une nouvelle guerre avec le Hezbollah.
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