La première année du second mandat de Donald Trump a installé une réalité brutale, lisible et assumée : l’Amérique ne veut plus seulement influencer le monde, elle veut le structurer par la force, la pression économique et la dissuasion. Dans un message public au ton martial, Trump a résumé sa doctrine en une formule qui annonce la couleur pour la suite : les États-Unis seraient la seule puissance capable d’assurer la paix mondiale, et cette paix ne serait possible que par la force. Derrière la rhétorique, il y a une vision stratégique cohérente, qui rompt avec des décennies de diplomatie plus feutrée, parfois ambiguë, et jugée par Trump responsable de l’expansion du chaos.
Pour comprendre l’impact de cette première année, il faut saisir le changement de méthode. La diplomatie version Trump n’est pas une diplomatie de “process”, mais une diplomatie de résultats. Elle ne cherche pas à produire des textes consensuels, mais à obtenir des alignements concrets. Elle ne promet pas de “stabiliser” par la négociation interminable, elle promet de “stabiliser” par la crainte des conséquences. Dans l’écosystème Trump, la force militaire, la supériorité industrielle et la puissance économique ne sont pas des outils séparés : ce sont les trois faces d’une même arme. Une menace tarifaire n’est pas seulement commerciale, c’est un acte diplomatique. Une déclaration sur la sécurité n’est pas seulement symbolique, c’est un avertissement stratégique. Un rapprochement avec un acteur international n’est pas un geste de politesse : c’est un signal de hiérarchie.
Cette première année a également révélé une réévaluation froide des alliances. Trump valorise les partenaires qu’il juge fiables, utiles et alignés, et marginalise ceux qu’il considère faibles, hésitants ou politiquement instables. Dans ce contexte, les pays qui fonctionnent à coups de sommets et d’éléments de langage se retrouvent rapidement relégués au rang d’acteurs secondaires. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’Europe, souvent prisonnière de ses divisions internes, apparaît moins centrale dans la nouvelle architecture que Trump tente d’imposer. Le message implicite est simple : dans un monde où la guerre hybride et la compétition entre puissances s’intensifient, le “soft power” sans “hard power” devient une posture, pas une stratégie.
Au cœur de la doctrine Trump, il y a un principe : la dissuasion doit être crédible et visible. Trump considère que les conflits naissent du vide, et que le vide apparaît quand la puissance dominante se met à douter, à reculer ou à s’excuser. C’est le point de rupture idéologique avec une partie de l’Occident moderne, qui a parfois confondu prudence et renoncement, dialogue et naïveté, apaisement et faiblesse. Dans la vision de Trump, la paix est une construction coercitive. Elle n’est pas le produit spontané de la bonne volonté internationale, mais la conséquence d’un rapport de force verrouillé.
Cette approche a des implications directes pour le Moyen-Orient. Dans une région où les régimes et les milices testent constamment les limites, l’incertitude est perçue comme une invitation. La fermeté américaine, même agressive, peut donc devenir un facteur de stabilisation relative, non pas parce qu’elle crée l’harmonie, mais parce qu’elle impose des coûts. Lorsque Trump affirme qu’“il ne peut y avoir de retour en arrière”, il ne parle pas uniquement d’un dossier ponctuel, il parle d’une posture globale : celle d’une Amérique qui refuse le recul stratégique et qui veut remettre la peur au centre des calculs de ses adversaires.
Pour Israël, cette doctrine est observée avec une attention particulière. La logique de dissuasion, la priorité donnée à la sécurité nationale et la volonté d’agir sans attendre un consensus international sont des éléments familiers à Jérusalem. Dans un environnement régional instable, où l’Iran et ses réseaux, les milices islamistes et les régimes opportunistes cherchent des failles, l’existence d’une puissance américaine qui affiche une ligne dure peut renforcer la posture de dissuasion israélienne. Mais cela crée aussi une exigence : si l’Amérique attend de ses alliés qu’ils soient solides, elle attend également qu’ils assument leur propre défense, sans dépendance excessive. La doctrine Trump n’est pas une promesse d’assistance automatique. C’est un contrat implicite : la protection se mérite, l’alignement se prouve, la loyauté se paie.
L’autre dimension clé de cette première année tient à la manière dont Trump parle au monde. Il ne cherche pas à être aimé, il cherche à être craint et respecté. Cette stratégie communicationnelle choque, mais elle a un effet : elle clarifie. Dans un ordre international devenu flou, la clarté, même brutale, redevient une ressource stratégique. Les adversaires savent que les mots peuvent être suivis d’actes. Les partenaires savent que la complaisance n’est plus gratuite. Les acteurs hésitants comprennent qu’ils devront choisir leur camp, ou payer le prix de l’ambiguïté.
Enfin, cette première année a établi une tendance lourde : la compétition globale ne s’atténuera pas, elle s’intensifiera. L’Arctique, les routes maritimes, les zones d’influence, les technologies, les ressources stratégiques et les alliances militaires deviennent les terrains d’une confrontation silencieuse qui peut basculer en crise ouverte à tout moment. Dans ce contexte, Trump propose au monde une lecture binaire : l’Amérique est la puissance centrale, et la paix est le produit de sa domination. On peut contester cette vision, mais il serait une erreur de la sous-estimer : elle structure déjà les comportements, redéfinit les priorités et pousse de nombreux acteurs à se repositionner.
Une année comme aucune autre, donc, mais surtout une année qui annonce la suivante : une accélération de la logique de puissance, et un retour assumé à un réalisme sans fard. Ceux qui s’y adaptent survivront politiquement. Ceux qui la nient risquent de découvrir, trop tard, que le monde ne se gouverne plus par des phrases, mais par des leviers.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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