La commission d’enquĂŞte cherche Ă faire venir des tĂ©moins et des experts pour savoir combien de personnes ont Ă©tĂ© tuĂ©es dans les camps de travail nazis qui opĂ©raient dans le paysage pastoral des Ă®les anglo-normandes.
Il s’agissait des camps de concentration les plus Ă l’ouest Ă©tablis par l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale, il y a plus de quatre-vingts ans – et les seuls Ă©tablis dans les territoires occupĂ©s par l’Empire britannique. Les dĂ©tails de ce qui s’est passĂ© dans les Ă®les anglo-normandes près de la cĂ´te française – Jersey, Guernesey et Aurigny – n’Ă©taient pas connus jusqu’Ă prĂ©sent, et maintenant ils devraient ĂŞtre publiĂ©s, suite Ă la mise en place un peu tardive d’une commission d’enquĂŞte spĂ©ciale sur le sujet.
« Il est logique que les gens qui y vivent aujourd’hui ne veuillent pas penser que des choses terribles s’y sont produites, mais des choses terribles se sont produites mĂŞme dans les plus beaux endroits », dĂ©clare Lord Eric Pickles, l’envoyĂ© spĂ©cial du Premier ministre britannique pour l’après-Holocauste.
Les questions et la lutte contre l’antisĂ©mitisme.
La semaine dernière, Pickles a ordonnĂ© une enquĂŞte sur ce chapitre sombre de l’histoire britannique, pour voir ce que les nazis ont fait aux Ă®les pastorales lorsqu’ils les ont gouvernĂ©es pendant environ cinq ans.
C’Ă©tait la seule partie de l’Empire britannique occupĂ©e par l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale. Le 30 juin 1940, la Wehrmacht envahit les Ă®les de Guernesey et de Jersey, et une division de l’armĂ©e de l’air allemande, la Luftwaffe, dĂ©barque Ă Guernesey.
Les envahisseurs allemands ont Ă©tĂ© accueillis par l’inspecteur de police local, qui leur a dit qu ‘ »il n’y a pas de forces militaires ici ». L’armĂ©e britannique abandonne les Ă®les, dont la dĂ©fense devient impossible après la dĂ©faite de la France. Le Premier ministre du Royaume-Uni, Winston Churchill, a dĂ©clarĂ© Ă l’Ă©poque que les Ă®les anglo-normandes n’avaient pas d’importance stratĂ©gique, mais l’Allemagne s’est vantĂ©e d’avoir occupĂ© une partie de l’Empire britannique.
Les Allemands ont rapidement renforcĂ© leur emprise sur les Ă®les et les habitants ont essayĂ© de vivre leur vie aussi paisiblement que possible. Après la guerre, on a pas mal critiquĂ© le fait que les habitants n’aient pas assez rĂ©sistĂ© Ă l’occupation, mais ils ont affirmĂ© le contraire : « Nous avons fait ce que nous avons pu, nous avons essayĂ© de garder la tĂŞte hors de l’eau.
Pendant des dĂ©cennies, on savait que les nazis avaient construit plusieurs camps de travail sur les Ă®les de Jersey, Guernesey et Aurigny. La raison pour laquelle les nazis Ă©taient prĂ©occupĂ©s par la main-d’Ĺ“uvre bon marchĂ© dans des conditions terribles Ă©tait qu’ils pensaient que les Ă®les aideraient Ă protĂ©ger les cĂ´tes de l’Europe d’une invasion anglo-amĂ©ricaine. « Les nazis considĂ©raient les Ă®les comme faisant partie du ‘Mur de l’Atlantique’ – une ligne de fortifications, de bunkers et de positions censĂ©es protĂ©ger l’Allemagne », dĂ©clare Lord Pickles, « près de 10 % du budget du mur de l’Atlantique Ă©taient ‘gaspillĂ©s’ sur ces Ă®les. »
Combien ont été assassinés dans les camps de travail sur ces îles ?
Le nombre reste inconnu Ă ce jour. « Il y a eu un très grand dĂ©bat entre les experts et les chercheurs sur le nombre de personnes qui ont Ă©tĂ© assassinĂ©es par les nazis lĂ -bas », explique Pickles, « j’ai dit qu’il fallait trouver le chiffre exact. J’ai rĂ©uni des universitaires qui ont examinĂ© les donnĂ©es et les faits, et plusieurs personnes m’ont dĂ©jĂ contactĂ©, et peut-ĂŞtre que l’annĂ©e prochaine nous le saurons. Je pense que peut-ĂŞtre grâce aux livres, nous pourrons apprendre combien de personnes ont Ă©tĂ© assassinĂ©es sur ces Ă®les.
C’est en effet ce qui sera fait dans l’annĂ©e Ă venir. Pickles a expliquĂ© que l’objectif est que le plus grand nombre possible de personnes disposant d’informations sur ce qui s’est passĂ© pendant les annĂ©es d’occupation nazie qui parviennent au comitĂ© qu’il a créé, dans le but de rĂ©vĂ©ler la vĂ©ritable image.
Lors de l’invasion de l’Allemagne nazie, il y avait aussi de nombreux Juifs parmi les habitants des Ă®les. Le nombre officiel de Juifs assassinĂ©s dans les Ă®les anglo-normandes pendant la Seconde Guerre mondiale n’est que de huit, bien que l’on sache que pendant les annĂ©es de l’occupation nazie, des Juifs ont Ă©tĂ© dĂ©portĂ©s vers des camps d’extermination en Europe, dont Auschwitz. D’autre part, les Juifs d’Europe ont Ă©tĂ© amenĂ©s dans les camps de travail des Ă®les. Au moins un train de centaines de Juifs de France a Ă©tĂ© amenĂ©e dans l’un des camps des Ă®les anglo-normandes, et on ne sait pas combien d’entre eux sont morts.
Ces dernières annĂ©es, des fosses communes ont Ă©tĂ© dĂ©couvertes sur les Ă®les. « Les conditions dans les camps de travail Ă©taient terribles », dit Pickles. « L’attitude qui dominait dans les camps Ă©tait la mort par le travail. Il y avait de lourdes peines, des conditions de vie terribles et la torture. » Certains chercheurs affirment qu’il est très possible qu’il y ait plus d’un millier de Juifs enterrĂ©s dans des fosses communes sur les Ă®les. Le professeur Caroline Strati-Coles de l’UniversitĂ© du Staffordshire a identifiĂ© au moins deux de ces sites et affirme qu’il y en a probablement plusieurs autres qui n’ont pas encore Ă©tĂ© identifiĂ©s.
« Le chiffre officiel dont on parle se situe entre 700 et 1 000 personnes, y compris des Juifs, qui ont Ă©tĂ© tuĂ©es dans tous les camps des Ă®les anglo-normandes », a dĂ©clarĂ© le professeur Antony Gliss, un expert en crimes de guerre qui conseille le ministère britannique de l’IntĂ©rieur, dans un entretien avec les mĂ©dias britanniques, « Je serai surpris si Ă la fin de l’enquĂŞte nous dĂ©couvrons que le nombre de personnes assassinĂ©es par les nazis dans les camps des Ă®les anglo-normandes ou dĂ©portĂ©es des Ă®les vers des camps en Europe, il n’a pas pas atteindre le millier. »
En ce qui concerne les habitants des Ă®les anglo-normandes, la guerre s’est terminĂ©e le 8 mai 1945, lorsque les autoritĂ©s d’occupation allemandes ont informĂ© les habitants des Ă®les. Le lendemain, un destroyer britannique arriva Ă Guernesey. Les Allemands se sont rendus sans condition et l’armĂ©e britannique est revenue.
Il est important pour Lord Pickles de prĂ©ciser que ce n’Ă©taient pas des citoyens britanniques qui exploitaient les camps, et que les camps n’opĂ©raient pas sur les territoires de la Grande-Bretagne elle-mĂŞme mais dans une sorte de zones protĂ©gĂ©es. Le Guardian a Ă©galement cherchĂ© Ă souligner le fait en ajoutant un commentaire Ă l’un des articles sur le sujet : « Le 22 juillet, une dĂ©claration a Ă©tĂ© retirĂ©e du titre de l’actualitĂ© sur le site Internet, selon laquelle les camps opĂ©raient sur le sol britannique.  » MalgrĂ© ces tentatives de diffĂ©renciation, un bon nombre soutiennent que les camps ont fini par opĂ©rer dans l’arrière-cour de la Grande-Bretagne.
Margaret Hodge, dĂ©putĂ©e du Parti travailliste, dont le père a Ă©chappĂ© Ă la persĂ©cution des nazis en Allemagne, a dĂ©clarĂ© cette semaine : « Le moment est venu pour le gouvernement britannique et les autoritĂ©s d’Aurigny d’affronter enfin l’horreur qui s’est produite sur le sol britannique . Vous ne pouvez plus mentir ou vous cacher. »





