Un Premier ministre en son nom et des milliards de dollars : l’Irak est en route vers un nouveau gouvernement et l’Iran est le grand bĂ©nĂ©ficiaire

Loin des efforts de mĂ©diation amĂ©ricains dans le dossier de la frontière maritime entre IsraĂ«l et le Liban, un tournant dramatique au Moyen-Orient a eu lieu la semaine dernière. Après un an de stagnation politique, le parlement irakien a Ă©lu un nouveau prĂ©sident – Abdel-Latif Rashid, qui Ă  son tour a nommĂ© le reprĂ©sentant du bloc pro-iranien au parlement au poste de Premier ministre dĂ©signĂ© : Muhammad Shia al-Sudani.

Lors des Ă©lections de 2021, les partis du bloc pro-iranien ont subi une dĂ©faite humiliante. Deux d’entre eux – le parti du milicien chiite Hadi al-Amri et le parti de l’ancien Premier ministre Haider al-Abadi – ont perdu des dizaines de sièges. Le vainqueur des Ă©lections Ă©tait le mouvement du religieux chiite Muqtada al-Sadr, qui est devenu le plus important au parlement.

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Mais il a Ă©chouĂ© dans ses tentatives d’Ă©tablir une coalition indĂ©pendante de l’influence iranienne. Suite Ă  cela, il a dĂ©cidĂ© de franchir une Ă©tape sans prĂ©cĂ©dent et d’ordonner Ă  ses 73 reprĂ©sentants au parlement de dĂ©missionner. Cet acte a fait pencher l’Ă©quilibre des pouvoirs Ă  la Chambre des reprĂ©sentants en faveur du bloc pro-iranien. Plus tard, les partisans d’al-Sadr ont Ă©clatĂ© en protestation, ont pris le contrĂ´le du parlement et se sont affrontĂ©s avec les forces de sĂ©curitĂ© et le camp pro-iranien. Enfin, al-Sadr a dĂ©clarĂ© qu’il se retirait de la vie politique et a appelĂ© ses partisans Ă  cesser de manifester.

Dépendant du bloc pro-iranien

Les commentateurs irakiens dĂ©crivent la nomination d’al-Sudani comme « une victoire pour l’Iran et une atteinte aux intĂ©rĂŞts amĂ©ricains dans la rĂ©gion ». Selon eux, « le cadre de coordination soutenu par l’Iran fera tout ce qui est en son pouvoir pour effacer toute prĂ©sence amĂ©ricaine dans le pays et dresser des obstacles devant toute coopĂ©ration Ă©conomique avec lui. Tout est en faveur de l’Iran. »

D’autres responsables du pays sont Ă©galement dĂ©couragĂ©s par la situation : « Il n’y a aucun espoir de changer la rĂ©alitĂ©. Le peuple irakien a exprimĂ© sa colère et son rejet, mais les politiques ne sont pas conscients de la souffrance du peuple dans un monde isolĂ©. » Ces mots font rĂ©fĂ©rence Ă  l’opposition des manifestants Ă  la candidature d’al-Sudani, qui est pourtant devenu le Premier ministre dĂ©signĂ©.

Rachid Le nouveau président, photo : Reuters

« Après les dernières Ă©lections, il y a eu une tentative de formation d’une majoritĂ© politique qui n’a pas abouti, car les forces politiques s’en tiennent aux rĂ©partitions sectaires des emplois », ont expliquĂ© les sources. « (Pour cette raison) le cadre de coordination veut partager le flux d’al-Sadr dans le prochain gouvernement, afin de rĂ©tablir les allocations sectaires et le principe du partage du gâteau. » En d’autres termes, la direction est un autre gouvernement sectaire qui partagera la richesse du pays.

A-Sudani Ă©tait membre du parti de l’ancien Premier ministre Nouri al-Malki, qui est actuellement l’un des leaders du bloc pro-iranien au parlement. Ces dernières annĂ©es, il s’est retirĂ© du parti, a Ă©tabli un cadre politique indĂ©pendant et dĂ©tient aujourd’hui trois sièges au parlement, dont son propre siège. Cela signifie que le Soudan dĂ©pend du « cadre de coordination », le bloc des partis chiites pro-iraniens.

Ce fait est important, car l’Irak a tirĂ© d’Ă©normes profits des exportations de pĂ©trole. La banque centrale dispose d’un capital de 87 milliards de dollars. Jusqu’Ă  prĂ©sent, le blocage politique rend impossible l’utilisation de ces fonds car il faut former un gouvernement qui prĂ©sentera un budget qui sera approuvĂ© par le parlement. On estime que Sudani rĂ©ussira Ă  former un gouvernement dans les 30 jours. Ensuite, la fĂŞte du budget commencera.

Un message inquiétant pour le Liban

L’infrastructure nĂ©gligĂ©e en Irak a besoin d’argent comme de l’air pour respirer. Le Premier ministre dĂ©signĂ© a dĂ©clarĂ© qu’il avait l’intention de mener des rĂ©formes Ă©conomiques et de lutter contre la corruption, mais il est plus probable qu’il s’attaquera Ă  la dette accumulĂ©e de l’Irak envers l’Iran pour les exportations de gaz (environ 1,5 milliard de dollars).

Profitant juste, le président Iran Raisi, photo: Reuters

Dans le mĂŞme temps, al-Sudani a dĂ©clarĂ© son intention d’organiser de nouvelles Ă©lections d’ici un an et demi. Si le mouvement du religieux chiite Moqtada al-Sadr continue de boycotter le système politique, cela signifie que le bloc pro-iranien au parlement se renforcera et que l’emprise iranienne sur le pays se renforcera. Au cas oĂą une majoritĂ© ne serait toujours pas atteinte pour le camp, le fait mĂŞme qu’aucune coalition adverse ne se forme permettra au cadre de coordination de continuer Ă  gĂ©rer les affaires de l’Etat.

Le tournant politique a conduit Ă  des spĂ©culations sur les mouvements d’al-Sadr. Certains commentateurs ont estimĂ© qu’il Ă©tait parvenu Ă  un accord avec le bloc pro-iranien pour obtenir des emplois dans le nouveau gouvernement qui sera formĂ©. Les rumeurs auraient atteint le clerc, et ses associĂ©s n’ont pas tardĂ© Ă  les dĂ©mentir et Ă  affirmer que le nouveau gouvernement sera seul responsable de ses Ă©checs.

Quoi qu’il en soit, l’Iran est en passe de rĂ©cupĂ©rer le théâtre de Bagdad. Pendant des annĂ©es, TĂ©hĂ©ran s’est ingĂ©rĂ© dans la politique irakienne. La dĂ©faite de l’an dernier menaçait de freiner son influence. Si al-Sudani parvient Ă  former un gouvernement, ce sera un message inquiĂ©tant pour le Liban. LĂ -bas, le camp du Hezbollah a perdu la majoritĂ©, mais l’impasse politique au Pays du Cèdre pourrait se terminer de la mĂŞme manière.