Un responsable du Somaliland : « Israël a le droit d’être présent en mer Rouge, une base militaire est possible »

Le Somaliland, entité indépendante de facto depuis plus de trois décennies mais toujours non reconnue officiellement par la majorité de la communauté internationale, s’invite soudainement au cœur du débat stratégique israélien. Dans un entretien accordé à la presse israélienne, le représentant du Somaliland à Washington, Bashir Goth, affirme qu’un accord sécuritaire et économique avec Israël pourrait être signé à l’avenir — et n’exclut pas qu’il inclue une présence militaire israélienne sur le territoire, face aux côtes du Yémen et au débouché du golfe d’Aden.

Ces déclarations interviennent alors que le Somaliland a récemment été évoqué en Israël dans le cadre du débat sur une « migration volontaire » de Palestiniens de Gaza. Une hypothèse que l’émissaire somalilandais balaie sans ambiguïté. « C’était de la pure spéculation médiatique. Rien de concret n’a jamais été discuté. Le Somaliland n’en a jamais parlé avec Israël, et Israël ne nous l’a jamais proposé », insiste-t-il.

Une reconnaissance lourde de conséquences régionales

Selon l’analyse publiée par le journaliste Nadav Eyal, la reconnaissance du Somaliland par Israël dépasse largement le cadre symbolique. Elle constitue un choix stratégique à haut risque, susceptible de provoquer des frictions directes avec plusieurs pays du monde arabe, notamment la Somalie, l’Égypte et l’Arabie saoudite, tout en renforçant l’axe avec les Émirats arabes unis.

La Corne de l’Afrique est devenue ces dernières années un espace de compétition géopolitique intense. Routes maritimes vitales, lutte contre les Houthis, ressources naturelles, présence chinoise et russe : le positionnement du Somaliland à l’entrée de la mer Rouge lui confère une valeur stratégique majeure pour Israël, notamment dans le contexte des menaces pesant sur le port d’Eilat et sur la navigation commerciale.

« Israël a le droit d’avoir une présence en mer Rouge »

Interrogé sur les risques sécuritaires, Bashir Goth ne les nie pas. Il reconnaît que la reconnaissance par Israël pourrait faire du Somaliland une cible pour des organisations jihadistes, de la Turquie aux Houthis. « Nous ne sommes pas naïfs. Il y a des risques, mais ce sont des risques calculés », explique-t-il. Il souligne néanmoins la stabilité interne du Somaliland, qu’il attribue à un fort contrôle communautaire et à un renseignement humain efficace : « Si quelqu’un loue une maison à Hargeisa et que les voisins ne le connaissent pas, ils préviennent immédiatement la police ».

Concernant une éventuelle base militaire israélienne, le diplomate reste prudent mais clair. « Pour l’instant, il n’y a eu qu’un acte de reconnaissance. Aucun accord détaillé n’a été signé. Un véritable accord viendra lorsque les deux pays établiront des relations diplomatiques complètes et échangeront des ambassadeurs », explique-t-il. Mais il ajoute : « Si deux États souverains signent un accord de coopération, alors oui — il peut y avoir un accord sécuritaire, et il peut y avoir un accord économique ».

À titre personnel, Bashir Goth estime qu’Israël a une légitimité stratégique dans la région : « Il y a une compétition entre grandes puissances dans la Corne de l’Afrique. Israël n’est pas différent. À mon avis, Israël a le droit d’être présent en mer Rouge, d’y avoir une voix et une présence ».

Gaza, immigration et malentendus

Sur la question sensible de Gaza, le représentant somalilandais se montre catégorique. Une immigration volontaire de Palestiniens serait possible uniquement à titre individuel, comme pour d’autres réfugiés accueillis par le Somaliland. « Nous sommes un pays qui accueille déjà de nombreux réfugiés », précise-t-il, tout en rejetant toute idée d’un plan organisé ou d’un accord bilatéral en ce sens.

Selon lui, les spéculations israéliennes sur ce sujet relevaient d’un « ballon d’essai » interne, sans concertation avec son pays. Cette perception est partagée par de nombreux responsables somalilandais, soucieux de ne pas être instrumentalisés dans le conflit israélo-palestinien.

Une reconnaissance vécue comme une libération

À Hargeisa, la capitale, la reconnaissance israélienne a été accueillie par des scènes de liesse. Drapeaux israéliens, manifestations de joie, célébrations spontanées : des images surprenantes dans une région où Israël reste largement impopulaire. Bashir Goth explique cette réaction par des décennies de frustration. « Depuis 1991, nous avons frappé à toutes les portes : l’Union africaine, le monde arabe, le monde islamique, l’Occident. Personne n’a voulu discuter de notre indépendance ».

Privé de reconnaissance internationale, le Somaliland n’a pas accès aux institutions financières mondiales comme le FMI ou la Banque mondiale, ni aux investissements internationaux structurants. « 75 % de notre population a moins de 35 ans. Ils sont nés dans un État indépendant. Ils ne connaissent aucun autre drapeau que celui du Somaliland », explique-t-il. Pour beaucoup, la reconnaissance israélienne représente donc une rupture historique après 35 ans d’isolement.

Un pari stratégique assumé

En Israël même, le dossier divise. Certains y voient une audace diplomatique majeure ; d’autres redoutent une dégradation des relations avec des partenaires arabes clés. Des institutions comme l’Institut Israël-Afrique défendent cependant cette ouverture, estimant qu’elle marque un tournant stratégique pour la présence israélienne en Afrique et dans la Corne de l’Afrique.

Pour l’heure, aucune base israélienne n’est annoncée. Mais une chose est claire : le Somaliland ne ferme aucune porte. Et dans un contexte régional marqué par les attaques houthies, les tensions en mer Rouge et la recomposition des alliances, cette petite entité non reconnue pourrait bien devenir un acteur clé du nouvel échiquier stratégique israélien.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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