Voici la version du chauffeur de l’autobus qui a mortellement percuté et tue le jeune haredi dans le sud

L’enquête sur la mort tragique de Naftali Tzvi Kramer, un jeune homme haredi de 18 ans, tué lors d’un incident impliquant un autobus à l’entrée du moshav Komemiyut, continue de susciter une onde de choc en Israël. Alors que la colère gronde dans le public ultra-orthodoxe et au sein de la classe politique, le chauffeur mis en cause a livré sa version des faits lors de son interrogatoire et au cours de l’audience tenue au tribunal d’Ashkelon.

Selon les informations rapportées par Ynet, le conducteur affirme ne pas avoir vu le jeune homme au moment de l’impact. Une déclaration qui contraste fortement avec les éléments visuels et sonores apparus ces derniers jours, et qui alimente un débat public intense sur la qualification exacte des faits : accident, négligence grave ou acte intentionnel.

« Je ne l’ai pas vu » : la ligne de défense du chauffeur

Lors de son interrogatoire, le chauffeur de l’autobus a soutenu qu’il n’avait pas remarqué la présence du jeune Naftali Tzvi Kramer sur la chaussée au moment où le véhicule s’est engagé dans la zone où se trouvaient des manifestants. Cette version constitue le cœur de sa défense, alors que la police l’avait initialement arrêté pour des soupçons d’homicide par imprudence, de causation de mort par négligence et de mise en danger de la vie d’autrui.

Au cours de l’audience, l’avocat du chauffeur a cherché à mettre en lumière le contexte opérationnel de la scène. Il a interrogé le représentant de la Police israélienne présent à l’audience, lui demandant explicitement si des policiers se trouvaient sur place au moment des faits. La réponse a été affirmative.

L’avocat est alors allé plus loin, demandant si la mission des forces de l’ordre consistait à évacuer les manifestants de la chaussée. Le représentant de la police a répondu par la négative, ajoutant un élément clé :
« Le chauffeur aurait dû ralentir et freiner, et non accélérer en direction d’un groupe de personnes ».

Cette déclaration officielle de la police va à l’encontre de l’argumentation de la défense et renforce les soupçons d’une conduite dangereuse, voire délibérément risquée.

Une décision judiciaire controversée

À l’issue de l’audience, le tribunal a décidé de libérer le chauffeur, rejetant la demande de la police qui sollicitait une prolongation de détention de dix jours supplémentaires. La décision a immédiatement provoqué une vive réaction des forces de l’ordre, qui ont annoncé leur intention de faire appel.

Pour de nombreux observateurs, cette libération provisoire a été perçue comme prématurée, compte tenu de la gravité des faits et de la sensibilité extrême du dossier. Elle a également ravivé un sentiment ancien, au sein d’une partie du public haredi, d’un traitement jugé trop clément lorsqu’il s’agit d’affaires impliquant des victimes issues de leur communauté.

Des images et des témoignages qui contredisent la version du chauffeur

Au centre de la polémique se trouve une vidéo filmée à l’intérieur de l’autobus, quelques instants avant la collision mortelle. Ce document, largement diffusé sur les réseaux sociaux et dans les médias, soulève de lourdes questions sur le comportement du conducteur.

Sur les images, on entend clairement une passagère paniquée crier :
« Voilà tous les jeunes, voilà les garçons, qu’est-ce qu’il fait ? Il est fou ! Maman, il est fou ! Ce sont des jeunes, arrête ! »
Quelques secondes plus tard, des cris de terreur retentissent lorsque les passagers comprennent qu’une personne vient d’être percutée.

Ces enregistrements ont profondément marqué l’opinion publique. Pour de nombreux commentateurs, ils semblent indiquer que le chauffeur avait conscience de la présence d’un groupe important de manifestants sur la route et qu’il n’a pas adapté sa conduite en conséquence.

Réactions politiques et indignation publique

L’affaire a rapidement dépassé le cadre judiciaire pour devenir un sujet politique de premier plan. Yitzhak Goldknopf, président du parti Judaïsme unifié de la Torah, a contacté le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, après la diffusion de la vidéo.

Dans un communiqué, Goldknopf a déclaré :
« Les nouvelles images, montrant le chauffeur accélérant en direction des manifestants et les passagers signalant qu’il perd le contrôle, ne laissent aucune place au doute : l’acte a été commis de manière intentionnelle ».

De son côté, Ben Gvir a assuré qu’il prenait l’incident très au sérieux, sans toutefois commenter la qualification pénale exacte à ce stade de l’enquête.

Une fracture de confiance plus large

Au-delà du cas individuel, ce drame met en lumière une fracture de confiance profonde entre une partie de la population haredie et les institutions de l’État. Les manifestations organisées dans le sud du pays, souvent liées à des tensions autour du service militaire ou de questions sociétales, se sont déjà soldées par des affrontements avec les forces de l’ordre. La mort de Naftali Tzvi Kramer est désormais perçue par beaucoup comme un symbole de cette confrontation latente.

Pour les proches de la victime et de nombreux responsables communautaires, il ne s’agit pas seulement d’un accident de la route, mais d’un événement qui exige une clarification complète et transparente, ainsi qu’une réponse judiciaire ferme si une faute grave ou une intention criminelle est établie.

Une enquête loin d’être terminée

Malgré la libération du chauffeur, l’enquête se poursuit. Les autorités doivent encore analyser en profondeur les images, les données techniques du véhicule, les témoignages des passagers et les éléments recueillis sur place. La qualification définitive des faits — négligence, imprudence grave ou acte volontaire — reste ouverte.

Dans l’attente des prochaines décisions judiciaires, le nom de Naftali Tzvi Kramer est devenu, pour beaucoup, le symbole d’une exigence de justice et de responsabilité. L’issue de ce dossier pourrait avoir des répercussions bien au-delà de ce drame précis, tant sur le plan judiciaire que sur les relations déjà tendues entre l’État et une partie de sa population.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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