Les efforts diplomatiques de l’Égypte et du Qatar pour arracher une trêve immédiate à Gaza et conclure un accord sur les otages se heurtent à un mur à Washington. Selon le quotidien libanais Al-Akhbar, proche du Hezbollah, l’administration américaine de Donald Trump n’entend pas concentrer ses efforts sur l’arrêt des combats, mais sur la préparation du « jour d’après » : la reconstruction et la gouvernance de l’enclave sans le Hamas.
Un haut responsable égyptien a confirmé que les discussions récentes avec les Américains n’avaient donné aucun résultat tangible. « Washington insiste sur le fait qu’il est inacceptable que le Hamas continue de contrôler Gaza », a-t-il déclaré. Autrement dit, la Maison-Blanche ne veut pas d’un cessez-le-feu qui consacrerait la survie politique du mouvement islamiste.
Le chef de la diplomatie égyptienne, Badr Abdelatty, et le Premier ministre qatari, Mohammed ben Abdelrahman Al-Thani, se sont réunis hier à El-Alamein, dans le nord-ouest de l’Égypte. Tous deux ont réaffirmé leur engagement à « trouver une issue politique à la crise » et à faire pression sur Israël pour accepter une formule basée sur la proposition américaine de l’envoyé spécial Wietcov. Abdelatty a par ailleurs souligné que « l’émigration des Palestiniens est une ligne rouge » et rejeté tout règlement militaire à Gaza.
Du côté qatari, le discours est similaire : « Nous avons travaillé intensément ces derniers jours pour dégager une base commune menant à un accord sur les otages, les prisonniers et un cessez-le-feu. Nous attendons désormais les réponses israéliennes », a déclaré le chef du gouvernement de Doha.
Mais à Washington, le cap est fixé : il s’agit moins de gérer l’urgence immédiate que de définir une stratégie post-Hamas. Dans les plans discutés par les Américains figurent des mécanismes internationaux de reconstruction, des investissements massifs et l’implication d’acteurs régionaux arabes, probablement sous l’égide d’une Autorité palestinienne « réformée ».
Cette approche suscite l’agacement du Caire et de Doha, qui veulent obtenir un arrêt rapide des hostilités. Mais elle reflète aussi une réalité : pour les États-Unis, un cessez-le-feu qui laisserait intact l’appareil militaire et politique du Hamas n’est pas une solution, mais un risque de prolonger indéfiniment le cycle de violence.
Israël, de son côté, observe avec intérêt ce repositionnement américain. Jérusalem a toujours répété qu’il n’y aurait pas de paix tant que le Hamas contrôlerait Gaza. La mise en avant du « jour d’après » à Washington conforte cette vision stratégique, même si elle repousse, pour l’instant, l’espoir d’un accord immédiat sur les otages.
Ce bras de fer illustre la fracture croissante entre les médiateurs arabes, pressés d’arrêter la guerre, et les États-Unis, résolus à traiter la racine du problème : l’emprise du Hamas. Mais cette divergence risque de prolonger la guerre et de tester jusqu’à leurs limites les capacités de résilience des populations civiles prises au piège.
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