Un tribunal français a ordonnĂ© mardi le retour d’un tableau du maĂ®tre impressionniste Camille Pissarro Ă la famille d’un collectionneur d’art juif Ă qui il a Ă©tĂ© volĂ© pendant la Seconde Guerre mondiale.
Le tribunal a statuĂ© en faveur des descendants de Simon Bauer, un riche homme d’affaires dont les biens ont Ă©tĂ© saisis en 1943 par le gouvernement français antisĂ©mite de la guerre qui a collaborĂ© avec les nazis.
« La Cueillette des Pois » avait Ă©tĂ© au centre d’une dispute avec ses propriĂ©taires actuels, le couple amĂ©ricain Bruce et Robbi Toll, qui ont dit qu’ils l’avaient achetĂ© de bonne foi.
« Mes clients seront très déçus de ne pas ĂŞtre en mesure de rĂ©cupĂ©rer ce tableau, ils y Ă©taient très attachĂ©s, ils feront certainement appel », a dĂ©clarĂ© l’avocat du couple, Ron Soffer.
« Ils ne considèrent pas que c’est Ă eux de payer pour les crimes du rĂ©gime de Vichy », a-t-il ajoutĂ©, faisant rĂ©fĂ©rence au gouvernement français de la Seconde Guerre mondiale.
La dĂ©cision fait suite Ă un procès Ă©motionnel le mois dernier au cours duquel les pĂ©ages ont notĂ© qu’ils Ă©taient eux-mĂŞmes juifs et « très sensibles » Ă la mĂ©moire de l’Holocauste.
Les descendants de Bauer ont eu l’occasion de rĂ©cupĂ©rer la peinture plus tĂ´t cette annĂ©e quand ils ont appris que les pĂ©ages, qui l’avaient achetĂ© chez Christie’s Ă New York en 1995 pour 800 000 dollars amĂ©ricains (3,4 millions de RM), l’avaient prĂŞtĂ© au musĂ©e Marmottan Ă Paris.
La peinture Ă la gouache avait refait surface en 1965 lors d’une vente en sous-traitance Ă un marchand amĂ©ricain et vendue chez Sotheby’s Ă Londres l’annĂ©e suivante.
En mai, un tribunal a accédé à la demande des Bauers visant à faire saisir le travail de 1887 en attendant une décision sur sa propriété.
Soffer a dĂ©clarĂ© que ses clients, qui ont Ă©galement Ă©tĂ© condamnĂ©s Ă payer 8 000 € de frais de justice aux Bauers, n’Ă©taient pas au courant de l’histoire de la peinture lorsqu’ils l’ont achetĂ©e – une position que le tribunal a confirmĂ©e.
« Ce ne sont pas des experts, des historiens de l’art, il n’y avait nulle part dans le catalogue que la peinture avait Ă©tĂ© confisquĂ©e », a-t-il dit.
« La Cueillette des Pois » est l’une des 93 Ĺ“uvres qui ont Ă©tĂ© confisquĂ©es Ă Bauer et revendues par un marchand avant d’ĂŞtre envoyĂ©es au camp d’internement de Drancy, près de Paris.
Bauer, qui a fait fortune dans l’industrie de la chaussure, s’est Ă©chappĂ© en Ă©tant dĂ©portĂ© dans les camps de la mort nazis grâce Ă une grève des chauffeurs de train. Il est dĂ©cĂ©dĂ© deux ans pares la guerre.
Son petit-fils, Jean-Jacques Bauer, âgĂ© de 87 ans, a dĂ©crit devant le tribunal les souffrances de sa famille Ă cause de la persĂ©cution en temps de guerre qui a causĂ© des pertes financières, physiques et morales Ă l’homme d’affaires.
La cour a cité un ordre de 1945 annulant les confiscations nazies.
La famille a notĂ© que les tribunaux français ont rĂ©gulièrement annulĂ© les ventes d’Ĺ“uvres qui faisaient partie de leur collection et ont ordonnĂ© leur restitution, avec une vingtaine d’exemplaires encore en circulation.
« Jean-Jacques Bauer est heureux », a dĂ©clarĂ© Ă l’ AFP l’ avocat des Bauer, CĂ©dric Fischer . « C’est l’une des plus belles toiles de la collection de son grand-père. »
Le verdict de mardi reflète d’autres litiges juridiques sur l’art et les biens pillĂ©s par les nazis, qui ont ensuite Ă©tĂ© vendus, parfois Ă de nouveaux propriĂ©taires qui ne connaissaient pas son histoire.
Dans l’un des plus grands cas impliquant l’art nazi volĂ©, cinq chefs-d’Ĺ“uvre de Gustav Klimt ont Ă©tĂ© retournĂ©s en 2006 au descendant de la famille juive d’oĂą ils ont Ă©tĂ© pris après une bataille juridique avec le MusĂ©e Belvedere de l’Autriche.
En 2011, un raid sur un appartement jonchĂ© de dĂ©chets Ă Munich dans le cadre d’une enquĂŞte fiscale a rĂ©vĂ©lĂ© des centaines de peintures inestimables, y compris des Ĺ“uvres de Picasso et Matisse, qui avaient Ă©tĂ© volĂ©es par les nazis.
L’appartement appartenait Ă Cornelius Gurlitt, un octogĂ©naire dont le père Ă©tait l’un des quatre marchands d’art chargĂ©s par les nazis de vendre l’art.
239 Ĺ“uvres supplĂ©mentaires ont Ă©tĂ© trouvĂ©es dans une maison qu’il possĂ©dait Ă Salzbourg, en Autriche.
Sur les 650 000 pièces volĂ©es, environ 100 000 n’ont pas Ă©tĂ© restituĂ©es en 2009, selon les chiffres publiĂ©s lors de la ConfĂ©rence de l’Holocaust de cette annĂ©e.




