Analyse | Pourquoi les troubles politiques en Arabie saoudite et au Liban ont une implication directe pour Israël

1 – Qui est vĂ©ritablement Mohammed bin Salman ?

2- Pourquoi le Premier ministre libanais a-t-il démissionné et pourquoi en Arabie Saoudite ?

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3- Que fait le prĂ©sident de l’AutoritĂ© palestinienne Mahmoud Abbas en Arabie saoudite ?

4- OĂą est Jared Kushner dans tout cela ?

5- Et qu’est-ce que tout cela signifie pour IsraĂ«l ?

Mohammed bin Salman est, le prince hĂ©ritier saoudien rĂ©cemment Ă©mit, qui a placĂ© ses rivaux sous une rĂ©sidence surveillĂ©e luxuriante, et Saad Hariri, le Premier ministre du Liban, a dĂ©missionnĂ©, disant que le pays Ă©tait ingouvernable tant que l’Iran s’ingĂ©rait dans ses affaires.

Mais bien sĂ»r, IsraĂ«l est impliquĂ© : Quand il arrive quelque chose au Moyen-Orient qui n’implique finalement pas IsraĂ«l ?

Partie 1 : Qu’est-il arrivĂ© ?

Mohammed, 32 ans, a Ă©tĂ© nommĂ© prince hĂ©ritier par son père, le roi Salman, en juin. Cela en soi Ă©tait un bouleversement, car la succession avait Ă©tĂ© un processus opaque et dĂ©licat visant Ă  prĂ©server l’Ă©quilibre parmi la tristesse des descendants du fondateur du royaume, Abdulaziz. La dĂ©claration de Salman que son fils lui succĂ©derait a secouĂ© la famille Ă©largie.

DĂ©jĂ  le ministre de la dĂ©fense depuis 2015, le prince hĂ©ritier Mohammed s’est empressĂ© de prĂ©ciser qu’il Ă©tait en charge (son père est malade). Il a placĂ© son prĂ©dĂ©cesseur en tant que prince hĂ©ritier en rĂ©sidence surveillĂ©e, a parlĂ© Ă  plusieurs reprises de la modernisation du royaume et a tenu sa promesse lorsque son père a dĂ©crĂ©tĂ© que les femmes pouvaient conduire.

Ce week-end, il a rassemblĂ© 11 autres princes et des douzaines d’autres hauts fonctionnaires et les a placĂ©s en rĂ©sidence surveillĂ©e, beaucoup au Ritz Carlton de Riyad. Officiellement, le père et le fils rĂ©primaient par la corruption.

Partie 2 : Qu’est-il arrivĂ© ?

Devinez qui d’autre Ă©tait Ă  Riyad ? Hariri, le Premier ministre libanais soutenu par l’Arabie Saoudite. Ancien premier ministre, c’est-Ă -dire. Il a dit qu’il dĂ©missionnait parce que l’Iran contrĂ´le le pays Ă  travers son proxy, le Hezbollah, et qu’il craignait pour sa vie.

Le Hezbollah contrĂ´le une milice qui Ă©clipse la puissance de feu de l’armĂ©e libanaise et a effectivement exercĂ© son droit de veto sur toutes les choses au Liban pendant des dĂ©cennies. Et on pense gĂ©nĂ©ralement que le père de Hariri, Rafik, qui Ă©tait Ă©galement premier ministre a Ă©tĂ© tuĂ© en 2005 par cette mĂŞme organisation.

Alors pourquoi arrĂŞter maintenant ?

Cela peut ĂŞtre la mĂŞme histoire.

Depuis qu’il est devenu ministre de la DĂ©fense en 2015, le prince hĂ©ritier est Ă  l’origine d’une tentative saoudienne agressive de rĂ©affirmer sa domination dans la rĂ©gion face Ă  un Iran de plus en plus autoritaire. Il conduit la guerre de l’Arabie Saoudite avec les rebelles Houthi soutenus par l’Iran au YĂ©men. Sortir Hariri du Liban est un Ă©lĂ©ment d’une stratĂ©gie plus large visant Ă  maintenir l’Iran Ă  l’Ă©cart.

Alors qu’il guide l’Arabie Saoudite vers des affrontements plus audacieux avec l’Iran dans la rĂ©gion, le prince hĂ©ritier peut estimer qu’il a besoin de consolider son pouvoir Ă  la maison.

« Mohammed bin Salman a adoptĂ© une approche très affirmĂ©e Ă  l’Ă©gard de la politique Ă©trangère saoudienne », a dĂ©clarĂ© Tamara Cofman Wittes, chercheur principal au Center for Middle East Policy de la Brookings Institution. « Cela se passe en mĂŞme temps que ses efforts pour consolider le contrĂ´le interne. »

Ainsi, l’Arabie Saoudite affronte l’Iran – c’est bon pour IsraĂ«l, n’est-ce pas ?

Le gouvernement israĂ©lien semble le penser. Ron Dermer, son ambassadeur Ă  Washington, a dĂ©clarĂ© lundi au Conseil amĂ©ricain israĂ©lien qu’il Ă©tait «plus optimiste maintenant parce que je vois un changement dans la rĂ©gion».

Dermer ne faisait pas directement rĂ©fĂ©rence aux Ă©vĂ©nements du week-end mais Ă  des changements plus larges. NĂ©anmoins, il Ă©tait significatif qu’il ait livrĂ© ce qui est devenu un message familier du Premier ministre Benjamin Netanyahu après la dĂ©mission de Hariri et la rĂ©pression de Riyad.

« Les gouvernements arabes sont dans un endroit diffĂ©rent de ce qu’ils Ă©taient il y a cinq ans, certainement il y a 10 ou 15 ans, parce qu’ils considèrent que nos intĂ©rĂŞts sont alignĂ©s sur les leurs », a dĂ©clarĂ© Dermer citĂ© par Jewish Insider. « Beaucoup de choses se passent dans la plus grande discrĂ©tion, beaucoup de choses remarquables. »

La chaĂ®ne israĂ©lienne Channel 10 a rapportĂ© aux diplomates un communiquĂ© du ministère israĂ©lien des Affaires Ă©trangères qui Ă©numĂ©rait les points de discussion pro-saoudiens sur la dĂ©mission de Hariri et sur l’intervention du royaume au YĂ©men.

Jonathan Schanzer, vice-président de la Fondation pour la défense des démocraties, a déclaré que le gouvernement Netanyahu saisissait une opportunité évidente.

La dĂ©mission de Hariri « est juste un indicateur de plus d’une architecture rĂ©gionale possible qui pourrait ĂŞtre construite entre les Etats sunnites et IsraĂ«l », a-t-il dit. « Si Mohammed bin Salman parvient Ă  crĂ©er une Arabie saoudite moderne, on peut imaginer une Arabie saoudite quelque part oĂą IsraĂ«l et l’Arabie saoudite pourraient avoir des liens ouverts. »

Schanzer a averti, cependant, « nous sommes dans les premiers temps. »

Nimrod Novik, un ancien nĂ©gociateur de paix israĂ©lien, a dĂ©clarĂ© que l’invocation soudaine d’Abbas par l’Arabie saoudite Ă©tait un autre signe positif signalant la position modĂ©ratrice du prince hĂ©ritier Mohammed.

Novik, qui est maintenant membre d’IsraĂ«l du Forum politique israĂ©lien, a dĂ©clarĂ© qu’il Ă©tait significatif que la convocation intervienne une semaine après une visite tranquille en Arabie Saoudite de Kushner, gendre et conseiller principal du prĂ©sident Donald Trump. L’administration Trump veut qu’Abbas rĂ©affirme le contrĂ´le de la bande de Gaza, contrĂ´lĂ©e par le Hamas.

L’Arabie Saoudite, qui travaille avec d’autres modĂ©rĂ©s sunnites en Egypte, aux Emirats Arabes Unis et en Jordanie, demande Ă  Abbas de prendre les risques nĂ©cessaires en lui offrant un « gilet pare-balles », comme l’a dit Novik. Offrir seulement un soutien qualifiĂ© pour les mouvements de paix israĂ©lo-palestiniens.

« J’aurais aimĂ© ĂŞtre une mouche sur le mur » Ă  Riyad, a-t-il dit.

Ne nous laissons pas emporter.

Il y a beaucoup de risques pour Israël dans le récent bouleversement.

Daniel Shapiro, un ancien ambassadeur des Etats-Unis Ă  l’Institut d’Ă©tudes de sĂ©curitĂ© nationale en IsraĂ«l, a dĂ©clarĂ© qu’IsraĂ«l devrait se mĂ©fier d’une guerre avec le Hezbollah, une attaque qui porterait atteinte au Hezbollah, un objectif clĂ© du prince hĂ©ritier Mohammed, mais qui coĂ»terait peu Ă  l’Arabie Saoudite et Ă  IsraĂ«l en abondance.

« IsraĂ«l et l’Arabie saoudite peuvent ĂŞtre stratĂ©giquement alignĂ©s » en cherchant Ă  contenir l’Iran, a dĂ©clarĂ© Shapiro, « mais ils ne sont pas alignĂ©s tactiquement ».

Il a dit que le Hezbollah pourrait prendre l’appât, car il souffre d’un coup portĂ© Ă  ses ambitions d’ĂŞtre un unificateur libanais.

« Cela pourrait accélérer la confrontation que le Hezbollah veut déjà avec Israël parce que [la guerre avec Israël] serait un événement unificateur » pour les Libanais, a dit Shapiro.

Et quoi que Netanyahou dise, une alliance tactique temporaire ne signifie pas des bĂ©nĂ©fices de paix Ă  long terme, ont dĂ©clarĂ© deux chercheurs du Golfe Persique avec l’Institut de Washington pour la politique Proche-Orient, Simon Henderson et Lori Plotkin Boghardt.

Boghardt a dĂ©clarĂ© que les Saoudiens pourraient ĂŞtre en train de se coordonner avec IsraĂ«l dans les coulisses, mais il n’y a pas encore d’incitations Ă  rendre la relation ouverte. Henderson, se joignant Ă  elle dans une confĂ©rence tĂ©lĂ©phonique pour les journalistes, a dĂ©clarĂ© qu’il restait beaucoup de dĂ©sincitations, l’opinion populaire par excellence, notant l’accueil hostile des athlètes israĂ©liens lors d’une compĂ©tition de judo Ă  Abu Dhabi.

« C’est une indication de la difficultĂ© de vendre une politique pro-israĂ©lienne Ă  ces personnes », a dĂ©clarĂ© Henderson.

Qu’en est-il de Jared ?

M. Kushner a dĂ©clarĂ© que sa visite en Arabie Saoudite avait simplement pour but de faire avancer la paix israĂ©lo-palestinienne. Jason Greenblatt l’accompagnait Ă  Riyad, dont la mission est de nĂ©gocier la paix. Greenblatt continua vers IsraĂ«l et les zones palestiniennes.

L’Iran prĂ©fère voir une conspiration. Javad Zarif, son ministre des Affaires Ă©trangères, a dĂ©clarĂ© sur Twitter que la visite de Kushner « a conduit Ă  la dĂ©mission bizarre d’Hariri Ă  l’Ă©tranger ».

C’Ă©tait aussi le bourdonnement Ă  Washington.

David Ignatius, chroniqueur du Washington Post connu pour ses sources profondes dans la communautĂ© du renseignement amĂ©ricain, a Ă©crit après les Ă©vĂ©nements de Riyad que « ce n’est probablement pas un hasard si le mois dernier, Jared Kushner, conseiller principal et gendre de Trump, a fait une visite personnelle Ă  Riyadh. On dit que les deux princes sont restĂ©s debout jusqu’Ă  presque quatre heures du matin, Ă©changeant des histoires et planifiant leur stratĂ©gie. « 

Trump a peut-être stimulé les théories de la conspiration lundi soir quand il a tweeté son soutien à la répression du prince héritier Mohammed.

« J’ai une grande confiance dans le roi Salman et le prince hĂ©ritier d’Arabie Saoudite, ils savent exactement ce qu’ils font », a-t-il dĂ©clarĂ© sur Twitter.

Le Wittes de la Brookings Institution a dĂ©clarĂ© que Mohammed bin Salman ne faisait rien d’autre que Kushner ou quelqu’un d’autre dans l’administration Trump, mais remplissait plutĂ´t un vide créé par ce qui semblait parfois ĂŞtre une politique Ă©trangère amĂ©ricaine sans direction.

« Le gouvernement amĂ©ricain ne met rien sur la table ». « En l’absence de cela, ce que vous voyez, c’est qu’IsraĂ«l et l’Arabie Saoudite essaient d’attirer les Etats-Unis dans la rĂ©gion. »