Lieutenant-colonel Raphael Ofek :  » En quatre mois, les Iraniens peuvent atteindre suffisamment d’uranium enrichi pour les armes nuclĂ©aires « 

L’Iran continue d’insister sur le fait que son programme nuclĂ©aire est conçu Ă  des fins pacifiques malgrĂ© toutes les preuves de sa nature militaire. Ces preuves comprennent les rĂ©centes conclusions de l’AIEA concernant les progrès de TĂ©hĂ©ran dans le domaine de l’enrichissement de l’uranium. Compte tenu des stocks d’uranium et des capacitĂ©s d’enrichissement actuels de l’Iran, il peut thĂ©oriquement rompre avec son engagement dans le TNP et dĂ©velopper sa première bombe nuclĂ©aire en quatre mois.

Le directeur gĂ©nĂ©ral de l’Agence internationale de l’Ă©nergie atomique (AIEA) a publiĂ© le 5 juin 2020 un rapport rĂ©digĂ© pour dĂ©gager la renonciation de l’Iran Ă  sa signature de l’accord nuclĂ©aire JCPOA. Le rapport prend note de l’annonce faite par TĂ©hĂ©ran le 5 janvier que son programme nuclĂ©aire n’est plus « soumis Ă  aucune restriction dans le domaine opĂ©rationnel », mais note Ă©galement qu’il affirme sa volontĂ© de « continuer Ă  coopĂ©rer avec l’agence comme par le passé ».

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Quoi qu’il en soit, le rapport n’est guère rassurant.

Le 1er juin, l’Iran a informĂ© l’agence qu’il avait dĂ©cidĂ© de mettre fin Ă  son engagement de limiter la recherche et le dĂ©veloppement sur les centrifugeuses. Le rapport dĂ©taille ensuite les nombreux Ă©carts de TĂ©hĂ©ran par rapport Ă  l’accord sur le nuclĂ©aire, comme l’ont dĂ©couvert les inspecteurs de l’AIEA.

Ces écarts sont les suivants :

Le 1er juillet 2019, l’agence a vĂ©rifiĂ© que le stock d’uranium enrichi accumulĂ© par l’Iran dĂ©passe la quantitĂ© autorisĂ©e de 300 kg d’UF6 (composĂ© d’hexa-fluorure d’uranium utilisĂ© dans le processus d’enrichissement d’uranium) enrichi Ă  3,67% (la teneur en uranium Ă  300 kg d’UF6 est de 202,8 kg).

Le 9 juillet 2019, l’Iran a commencĂ© Ă  enrichir l’uranium jusqu’Ă  4,5%, au-dessus du taux autorisĂ© de 3,67%.

Le 6 novembre 2019, l’Iran a recommencĂ© Ă  enrichir l’uranium dans l’installation de Fordow Ă  l’aide de 1044 centrifugeuses IR-1 (le premier modèle de centrifugeuse iranien).

Le 11 mai 2020, le stock d’eau lourde de l’Iran a atteint 132,6 tonnes. Cela dĂ©passe la quantitĂ© autorisĂ©e pour l’agrĂ©gation (jusqu’Ă  130 tonnes).

Selon de rĂ©cents examens de l’AIEA, l’Iran a dĂ©veloppĂ© et fabriquĂ© des composants de centrifugeuse ainsi que des cascades de centrifugeuses assemblĂ©es en violation de l’accord nuclĂ©aire.

Le 20 mai 2020, l’AIEA a vĂ©rifiĂ© que le stock d’uranium enrichi accumulĂ© par l’Iran avait atteint un volume de 1 571,6 kg (550,7 kg de plus que le volume constatĂ© dans le prĂ©cĂ©dent rapport trimestriel). Cette quantitĂ© comprenait 873,4 kg d’uranium enrichi Ă  4,5%, 215,1 kg d’uranium enrichi Ă  3,67% et l’uranium enrichi jusqu’Ă  2% ou moins. Il s’agit d’une violation importante de l’accord par l’Iran.

L’Ă©cart le plus important par rapport Ă  l’accord, dĂ©couvert le 1er juin 2020, Ă©tait l’exploitation Ă  l’usine d’enrichissement de Natanz avec des centrifugeuses avancĂ©es dĂ©veloppĂ©es en Iran pour l’enrichissement d’uranium Ă  4,5%: 164 centrifugeuses IR-2m, 164 centrifugeuses IR-4, et 164 centrifugeuses IR-6.

Selon un rapport de l’Institut des sciences et de la sĂ©curitĂ© internationale (ISIS) basĂ© Ă  Washington du 8 juin 2020, qui faisait rĂ©fĂ©rence au dernier rapport de l’AIEA, la capacitĂ© d’enrichissement par centrifugation IR-2m est de 3,7 UTS (unitĂ© de travail sĂ©parative) par an, la capacitĂ© estimĂ©e du modèle IR-4 est d’environ 3,3 UTS / an, et la capacitĂ© estimĂ©e de la centrifugeuse IR-6 est de 6,8 UTS / an. Cela peut ĂŞtre comparĂ© au premier modèle iranien, l’IR-1, qui, sur la base des rapports de l’AIEA de la première moitiĂ© de cette dĂ©cennie, est d’environ 0,9 UTS / an.

Comme indiquĂ© prĂ©cĂ©demment dans les mĂ©dias, par exemple dans le cas du projet d’armes nuclĂ©aires du Pakistan (qui, comme on le sait, a fourni par le passĂ© un savoir-faire Ă  ce sujet Ă  l’Iran), pour enrichir l’uranium naturel (dont la concentration en isotope fissile de l’uranium 235) est d’environ 0,7%) Ă  90% (de qualitĂ© militaire), le processus d’enrichissement doit ĂŞtre effectuĂ© en quatre Ă©tapes.

Ce sont : l’enrichissement Ă  moins de 5%; enrichissement du produit obtenu Ă  l’Ă©tape prĂ©cĂ©dente Ă  20%; enrichissement Ă  60%, et enfin Ă  90%. ThĂ©oriquement, si les quantitĂ©s actuelles d’uranium de l’Iran – une portion enrichie Ă  4,5% (873,4 kg) et l’autre Ă  3,67% (215,1 kg) au 20 mai – Ă©taient ensuite enrichies Ă  20%, 60% et 90%, le produit final serait d’environ 15 kg d’uranium enrichi Ă  90%. Cela suffit pour produire un noyau de bombe nuclĂ©aire.

La capacitĂ© d’enrichissement requise Ă  cette fin est d’environ 2 800 UTS. Si nous incluons les centrifugeuses IR-1 que l’Iran exploite – 5 600 Ă  Natanz et 1 044 Ă  Fordow -, la capacitĂ© d’enrichissement actuelle de l’Iran est d’environ 8 240 UTS / an. Cela implique que d’ici quatre mois, l’Iran pourrait rompre son engagement envers le TNP et enrichir la quantitĂ© d’uranium dont il a besoin pour sa première bombe nuclĂ©aire.

Kazem Garibabadi, reprĂ©sentant de l’Iran Ă  l’AIEA, a confirmĂ© les donnĂ©es prĂ©sentĂ©es dans le dernier rapport de l’AIEA. Il a soulignĂ© que, bien que l’Iran ait suspendu ses engagements de 2015 au titre de l’accord nuclĂ©aire JCPOA, il continue de coopĂ©rer avec l’AIEA en matière de «vĂ©rification et surveillance nuclĂ©aires». Quant Ă  sa dĂ©cision en janvier de se retirer de l’accord, TĂ©hĂ©ran a dĂ©clarĂ© que c’Ă©tait en rĂ©ponse aux sanctions imposĂ©es par les États-Unis et un signal Ă  l’UE, qui, selon elle, n’a pas suffisamment agi pour rĂ©voquer ou contourner ces sanctions.

Les commentaires de Garibabadi semblaient reflĂ©ter la dĂ©claration officielle de son pays selon laquelle son programme nuclĂ©aire Ă©tait «pacifique» et que sa signature de l’accord nuclĂ©aire de 2015 Ă©tait «volontaire». Il a Ă©galement apparemment voulu envoyer un message aux États membres de l’AIEA que les progrès importants de l’Iran dans le dĂ©veloppement de son programme d’enrichissement sont de nature civile.

La prĂ©sentation par l’Iran de lui-mĂŞme comme un pays qui construit un programme nuclĂ©aire pacifique est carrĂ©ment contredite par la grande quantitĂ© de renseignements rĂ©vĂ©lĂ©s Ă  ce jour, en particulier ceux tirĂ©s de l’opĂ©ration « Iran’s Nuclear Archive ». Ces renseignements indiquent sans Ă©quivoque que le programme est principalement destinĂ© Ă  la production d’armes nuclĂ©aires.

Selon un rapport du 3 mars, l’AIEA a dĂ©clarĂ© avoir identifiĂ© trois sites en Iran, non divulguĂ©s par le rĂ©gime, oĂą elle pourrait stocker des matières nuclĂ©aires non dĂ©clarĂ©es ou mener des activitĂ©s liĂ©es au nuclĂ©aire. Dans une dĂ©claration au Conseil des gouverneurs de l’AIEA le 9 mars, le directeur gĂ©nĂ©ral de l’AIEA, Rafael Grossi, a exhortĂ© l’Iran Ă  coopĂ©rer pleinement avec les inspecteurs de l’AIEA et Ă  leur permettre un accès rapide aux sites suspects.

Garibabadi avait ceci Ă  dire Ă  ce sujet : «Les« services de renseignement» (bien sĂ»r les services occidentaux) ont fabriquĂ© des informations… [ce qui] ne crĂ©e aucune obligation pour l’Iran d’examiner de telles demandes.»

En avril, une cyberattaque attribuĂ©e Ă  l’Iran sur les installations d’eau israĂ©liennes visait Ă  augmenter la concentration de chlore dans l’eau potable des citoyens israĂ©liens. Si elle avait rĂ©ussi, l’attaque aurait rendu malades de nombreux civils israĂ©liens et privĂ© beaucoup plus d’eau potable pendant une vague de chaleur. Heureusement, l’attaque iranienne a Ă©tĂ© dĂ©tectĂ©e Ă  ses dĂ©buts et dĂ©jouĂ©e avant qu’elle ne puisse faire de dĂ©gâts.

La tentative de l’Iran d’empoisonner les citoyens d’un pays qu’il considère comme un ennemi montre sa volontĂ© d’aller loin pour nuire Ă  l’État d’IsraĂ«l. Comme il l’a dĂ©clarĂ© Ă  plusieurs reprises au cours des quatre dernières dĂ©cennies, il souhaite dĂ©truire complètement IsraĂ«l. S’il parvient Ă  rĂ©aliser un arsenal nuclĂ©aire, cela constituerait une menace existentielle pour IsraĂ«l.

Le lieutenant-colonel (rĂ©s.), Le Dr Raphael Ofek, un associĂ© de recherche du Centre BESA, est un expert dans le domaine de la physique et de la technologie nuclĂ©aires qui a servi d’analyste principal dans la communautĂ© du renseignement israĂ©lienne.