Pas seulement IsraĂ«l : l’importance de l’accord dans les Balkans touche aussi les USA

L’annonce vendredi Ă  la Maison Blanche de la signature d’un accord de coopĂ©ration Ă©conomique entre le Kosovo et la Serbie a Ă©tĂ© accueillie en IsraĂ«l avec une certaine surprise, notamment en raison des clauses de l’accord qui constituaient une rĂ©ussite diplomatique pour IsraĂ«l.

Si l’établissement de relations diplomatiques complĂštes avec le Kosovo est une aspiration de longue date de la petite RĂ©publique balkanique, souffrant de l’inconscience de nombreux pays dans le monde, la relocalisation de l’ambassade de Serbie Ă  JĂ©rusalem est un vĂ©ritable sacrifice pour les Serbes, qui veulent maintenir de bonnes relations avec le monde musulman.

Mais au-delĂ  de la surprenante pierre d’achoppement de l’État juif Ă  la question brĂ»lante des Balkans, l’accord signĂ© lors de la plupart des cĂ©rĂ©monies dans le bureau ovale peut avoir de profondes implications pour l’une des rĂ©gions les plus explosives et les plus conflictuelles d’Europe et pourrait condamner la rĂ©gion dans les annĂ©es Ă  venir, que ce soit Ă  la paix et Ă  la prospĂ©ritĂ© ou Ă  la stagnation continue ou mĂȘme Ă  la guerre.

Mais pour comprendre la relation complexe entre le Kosovo, un petit pays Ă  majoritĂ© musulmane albanaise et la Serbie, le plus grand et le plus puissant des anciens États yougoslaves, il faut plonger dans l’histoire moderne qui a créé le Kosovo et la Serbie, ainsi qu’un profond sentiment d’hostilitĂ© et de mĂ©fiance entre les deux pays.

Une histoire de violence

Le dĂ©but du processus qui a conduit Ă  l’indĂ©pendance du Kosovo survient Ă  l’époque du relĂąchement du gouvernement central yougoslave Ă  la fin des annĂ©es 80. Le groupe majoritaire albanais-musulman du Kosovo, qui Ă©tait alors une autonomie culturelle en Serbie, a commencĂ© Ă  rĂ©clamer une indĂ©pendance croissante, principalement dans les domaines de la culture, de la langue, de l’éducation et du gouvernement local.

Le gouvernement de Belgrade a fait tout ce qui Ă©tait en son pouvoir pour empĂȘcher une plus grande autonomie albanaise au Kosovo pour deux raisons, l’une est la perception que le Kosovo est le berceau de la Serbie et l’autre est une prĂ©occupation pour l’importante minoritĂ© serbe vivant dans la rĂ©gion. MalgrĂ© les efforts rĂ©pressifs de Belgrade, les ballades albanaises au Kosovo ont gagnĂ© en influence et en puissance, tandis que la Yougoslavie s’est dĂ©sintĂ©grĂ©e et Belgrade a sombrĂ© jusqu’au cou dans la guerre.

En 1992, les sĂ©paratistes ont dĂ©clarĂ© la crĂ©ation d’un État indĂ©pendant. La dĂ©claration a lancĂ© une longue sĂ©rie d’actes de violence sectoriels entre des rĂ©sidents serbes, aidĂ©s par l’armĂ©e et la police serbes, et des sĂ©paratistes albanais. L’organisation paramilitaire kosovare, l’ArmĂ©e de libĂ©ration du Kosovo, n’a pas eu recours Ă  de graves atrocitĂ©s contre la population serbe et, d’un autre cĂŽtĂ©, l’armĂ©e et les milices serbes ont Ă©galement commis une terrible vague de massacres et d’atrocitĂ©s.

La conduite brutale de l’armĂ©e serbe, qui a commencĂ© Ă  prendre de plus en plus de dimensions de nettoyage ethnique, a conduit Ă  l’intervention de l’OTAN, dirigĂ©e par les États-Unis, et a lancĂ© en 1998 une campagne de bombardements alliĂ©s contre l’armĂ©e serbe. La campagne a entraĂźnĂ© la mort de prĂšs de 10 000 civils, prĂšs de 1,5 million de rĂ©fugiĂ©s, le viol de plus de 20 000 femmes, la destruction d’un tiers des mosquĂ©es dans le pays.

L’intervention amĂ©ricaine a pris fin en 1999 lorsque les forces de l’OTAN sont entrĂ©es sur le territoire du Kosovo et que l’armĂ©e serbe s’est retirĂ©e. Les forces de l’ArmĂ©e de libĂ©ration du Kosovo ont Ă©tĂ© dĂ©sarmĂ©es et un gouvernement local du Kosovo, reprĂ©sentant principalement la majoritĂ© albanaise du territoire, a commencĂ© Ă  mener des opĂ©rations de maintien de la paix. Des Nations Unies ont reçu une autoritĂ© de sĂ©curitĂ© sur le terrain.

En 2008, aprĂšs le retrait de la plupart des forces Ă©trangĂšres du territoire du pays, et aprĂšs une tentative de parvenir Ă  un accord entre le Kosovo et la Serbie qui conduirait Ă  une dĂ©finition convenue de son avenir a Ă©chouĂ©, le Kosovo a dĂ©clarĂ© son indĂ©pendance. Seuls 1122 États membres de l’ONU ont reconnu l’indĂ©pendance du Kosovo et la Serbie s’oppose toujours Ă  sa reconnaissance politique de l’indĂ©pendance du Kosovo.

Et qui a gagné ?

L’accord signĂ© hier Ă  la Maison Blanche est la premiĂšre gorgĂ©e de reconnaissance serbe du gouvernement siĂ©geant Ă  Pristina, mais il repose uniquement sur des piliers Ă©conomiques. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une solution politique pour mettre fin Ă  l’hostilitĂ©, l’idĂ©e sous-jacente de l’accord est que la coopĂ©ration Ă©conomique, l’assouplissement des restrictions de circulation entre le Kosovo et la Serbie et une circulation plus libre des marchandises pourraient conduire Ă  l’avenir Ă  une plus grande volontĂ© des deux parties de trouver une solution.

La pression de l’UE et des États-Unis pour parvenir Ă  un accord a placĂ© les deux dirigeants des pays dans une position vulnĂ©rable. D’une part, Alexander Vujicic et son gouvernement ont Ă©tĂ© confrontĂ©s cette annĂ©e Ă  une protestation sans prĂ©cĂ©dent contre leur rĂ©gime et Ă  une baisse significative de la popularitĂ© du parti au pouvoir dans les sondages. En revanche, le passĂ© du prĂ©sident de Kasovo, accusĂ© Tachi, en tant que commandant de l’«ArmĂ©e de libĂ©ration du Kosovo», l’a de nouveau persĂ©cutĂ© et il est accusĂ© devant le tribunal du Kosovo de crimes de guerre.

« Pour le Premier ministre kosovar, cet accord est une nouvelle importante Ă  rapporter mĂȘme si IsraĂ«l a reconnu le Kosovo aprĂšs toutes les annĂ©es que le Kosovo a suppliĂ© et aspirĂ© Ă  quelque chose comme ça », explique Or-El Beilinson, un historien de l’UniversitĂ© de Yale.

« Pour Wojciech, il s’agit d’une rĂ©alisation plutĂŽt modeste, pour ne pas dire trop, qui lui revient de l’histoire de la reconnaissance politique du Kosovo entre-temps et il peut dire chez lui qu’il a empĂȘchĂ© Trump de rendre le traitĂ© trilatĂ©ral, ce qui vaut la peine d’envisager de reconnaĂźtre l’indĂ©pendance du Kosovo », explique Beilinson.

« Mais tout cela ne suffit pas. Je ne pense pas qu’il y aura une guerre, mais Vechich devra travailler dur pour rĂ©flĂ©chir Ă  ce que sa prochaine Ă©tape sur la scĂšne nationale sera de dĂ©fendre son rĂšgne. Il a Ă©tĂ© Ă©lu pour donner, dans l’ensemble, la libĂ©ralisation Ă©conomique et les progrĂšs dans l’adhĂ©sion Ă  l’UE.

« Elle a Ă©tĂ© stoppĂ©e et la tentative de normalisation Ă©conomique avec le Kosovo s’arrĂȘtera bientĂŽt lorsque la prochaine Ă©tape sera politique. L’UE ne voudra pas de normalisation Ă©conomique et les citoyens serbes ne la laisseront pas reconnaĂźtre le Kosovo mais continueront de l’exiger de rejoindre l’UE », a dĂ©clarĂ© Beilinson.


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