Le New York Times a Ă©crit sur le procès Ă Paris pour les prĂ©tendus collaborateurs islamistes du massacre d’Hyper Cacher en 2015 avec la question principale :  » Au procès, les victimes juives de l’attaque de Paris en 2015 demandent : pourquoi la haine ? «Â
La question de savoir pourquoi les gens dĂ©testent les juifs existe depuis que les juifs existent. Mais le New York Times ne donne qu’une seule rĂ©ponse :
«Le seul mobile de ces crimes est l’origine, rĂ©elle ou prĂ©sumĂ©e, de ces personnes ; leur judaĂŻsme », a dĂ©clarĂ© Galina Elbaz, une avocate reprĂ©sentant la Ligue internationale contre le racisme et l’antisĂ©mitisme, lors du procès.
« C’est l’idĂ©e de conspiration qui est nĂ©e avec l’extrĂŞme droite, l’idĂ©e que les Juifs ont une emprise sur le pouvoir », dit-elle.
Je ne trouve pas le tĂ©moignage complet de Mme Elbaz au procès, mais le chef de son organisation, la Ligue Internationale Contre le Racisme et l’AntisĂ©mitisme, Ă©crit sur le procès sur leur site Web, et ce qu’ils ont Ă dire ne ressemble en rien Ă la petite partie citĂ©e par le NYT :
Mon objectif Ă©tait de rappeler aux gens que la LICRA se tient aux cĂ´tĂ©s des victimes de ce crime antisĂ©mite. L’assassin Amedy Coulibaly avait dĂ©clarĂ© lors de l’attaque : «Vous ĂŞtes les deux choses que je dĂ©teste le plus au monde. Vous ĂŞtes juif et français. L’universalisme veut que tous les Français soient juifs en cas d’attaque antisĂ©mite. Lorsqu’un juif est touchĂ©, c’est la RĂ©publique, la France entière, qui est endommagĂ©e. Ce processus doit ĂŞtre un moment d’Ă©veil. Je voudrais que nous puissions dire haut et fort : aujourd’hui nous sommes tous juifs et français.
Je voulais aussi vous rappeler que, d’après l’expĂ©rience que nous avons acquise Ă la LICRA depuis 1927, notamment lors des procès Barbie, Touvier, Papon et Merah, et lors des procès des gĂ©nocidaires tutsis, c’est que le crime de haine n’est pas fondĂ© pour de petites raisons. La main de l’antisĂ©mite qui tue est soutenue par une multitude de mains complices, un mĂ©canisme dans lequel chacun a sa part de responsabilitĂ© dans l’acte final qui est commis ou dans le fait de ne pas l’avoir empĂŞchĂ©. Si l’un des liens manque, la victime poursuivie est anĂ©antie.
Sur la base de cet article et d’autres sur le site Web de la LICRA, il est clair qu’ils comprennent que l’antisĂ©mitisme n’est pas strictement un phĂ©nomène de droite. En fait, cela n’a rien Ă voir avec la droite ou la gauche.
L’antisĂ©mitisme islamiste a peut-ĂŞtre empruntĂ© aux tropes d’une cabale juive toute puissante qui dirige le monde, mais ce n’est guère qu’une idĂ©e d’extrĂŞme droite. Il y a une pollinisation croisĂ©e des idĂ©es antisĂ©mites entre tous les mouvements antisĂ©mites, qu’ils soient Nation de l’Islam ou Arabe ou Musulman ou HĂ©breu noir ou nationaliste ou socialiste blanc.
L’un des documents fondateurs de     l’«antisionisme» soviĂ©tique,         « Attention : le sionisme » de Youri Ivanov, est basĂ© sur le mĂŞme mensonge antisĂ©mite d’une cabale de riches juifs (principalement des Rothschild) qui tirent les ficelles du capitalisme et des mĂ©dias. Tandis qu’Ivanov insiste sur le fait qu’il n’a rien contre les juifs, il passe certainement beaucoup de temps Ă dĂ©noncer la « riche bourgeoisie juive » qui est derrière le sionisme.
Il est clair que l’idĂ©e d’une conspiration juive toute puissante qui dĂ©tient les règnes du pouvoir n’est pas seulement une croyance de droite, et elle a animĂ© l’ «antisionisme» de gauche depuis sa crĂ©ation.
En supposant que le tĂ©moignage d’Elbaz sur les causes profondes de l’antisĂ©mitisme Ă©tait plus long qu’une phrase, le New York Times a choisi de choisir sa rĂ©ponse Ă la question titulaire pour ne blâmer que la droite pour l’antisĂ©mitisme – mĂŞme la haine islamiste des juifs.
Politiser l’antisĂ©mitisme de cette manière est mĂ©prisable.





