La France vers une nouvelle crise ? Le gouvernement pourrait tomber dès cette semaine

La France est-elle sur la voie d’une grave crise politico-Ă©conomique ? Le gouvernement de Michel Barnier est censĂ© prĂ©senter aujourd’hui le budget de l’assurance nationale Ă  l’AssemblĂ©e nationale, mais il est douteux que la loi soit adoptĂ©e : « l’Union nationale » de Marine Le Pen s’oppose au budget dans sa version actuelle et menace de renverser le gouvernement par un vote de dĂ©fiance.

« Le budget que devrait prĂ©senter le gouvernement est un budget punitif, qui affaiblira le pouvoir d’achat de nos compatriotes », a dĂ©clarĂ© le prĂ©sident de « l’Union nationale » Jordan Bardela. « Nous voterons pour renverser le gouvernement, Ă  moins qu’il n’y ait un miracle de dernière minute. »

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Le parti demande, entre autres, de reporter l’actualisation des retraites en fonction de l’inflation et de rĂ©duire les remboursements de certains mĂ©dicaments. La chute du gouvernement en France – la deuxième Ă©conomie du pays – pourrait nuire Ă  la stabilitĂ© de l’ensemble de la zone euro.

Barnier a Ă©tĂ© nommĂ© Premier ministre en septembre après que les Ă©lections lĂ©gislatives de l’Ă©tĂ© Ă  Paris se soient soldĂ©es par une impasse. Le « Nouveau Front populaire » de gauche a remportĂ© le plus grand nombre de sièges (182), mais loin de la majoritĂ© absolue requise pour gouverner (289).

Le problème Ă©tait encore plus profond car, contrairement au passĂ©, les forces prĂ©sentes Ă  l’AssemblĂ©e Ă©taient divisĂ©es au lieu de deux, en trois blocs, dont aucun ne disposait d’une majoritĂ© claire. En consĂ©quence, Macron a dĂ©cidĂ© de nommer le conservateur Barnier – celui qui a portĂ© et dĂ©fendu le Brexit au nom de l’Union europĂ©enne – le gouvernement, composĂ© de lĂ©gislateurs soutenant Macron et d’un groupe de conservateurs. Cependant, mĂŞme cette coalition ne dispose que de 211 sièges, le gouvernement dĂ©pend donc du soutien extĂ©rieur de « l’Union nationale » (125 sièges).

ImmĂ©diatement après sa nomination, Barnier a clairement indiquĂ© que son objectif serait de rĂ©duire l’Ă©norme dĂ©ficit, qui devrait atteindre 6,1% du PIB Ă  la fin de l’annĂ©e – un rĂ©sultat continu des mesures prises par le gouvernement pour sauver l’Ă©conomie après l’Ă©pidĂ©mie de corona. La Commission europĂ©enne a fixĂ© un plafond de dĂ©ficit Ă  3%, et Barnier a prĂ©sentĂ© un plan grandiose pour rĂ©duire le dĂ©ficit Ă  5% l’annĂ©e prochaine : des coupes de 40 milliards d’euros et une augmentation des impĂ´ts qui devrait rapporter 20 milliards aux caisses de l’État. Le non-respect des objectifs pourrait conduire Ă  des sanctions de l’Union contre la France et entraĂ®ner une rĂ©action en chaĂ®ne financière.

Aujourd’hui, le projet de budget est soumis au vote de l’AssemblĂ©e nationale. En cas d’échec, Barnier pourrait invoquer une clause spĂ©ciale dans la constitution (49.3), autorisant le gouvernement Ă  adopter des lois sans l’approbation du Parlement, mais une telle dĂ©marche conduirait Ă  un vote de censure Ă  l’égard du gouvernement dès mercredi. Le gouvernement Barnier ne survivra que si « l’Union nationale » ne vote pas pour, mais pour l’instant, il semble que les gens de Le Pen ne soient pas prĂŞts Ă  sauver le cabinet. « Il suffit Ă  M. Barnier de poursuivre les discussions », a dĂ©clarĂ© hier Le Pen.

La porte-parole du gouvernement, a dĂ©clarĂ© que le gouvernement Ă©tait ouvert au dialogue. La prĂ©sidente de l’AssemblĂ©e nationale, a appelĂ© Barnier Ă  actualiser le budget pour Ă©viter une crise. D’autre part, le ministre du Budget Laurent Saint-Martin a dĂ©clarĂ© que la proposition actuelle est dĂ©jĂ  le rĂ©sultat d’un compromis entre les lĂ©gislateurs. Ă  la chambre basse et les sĂ©nateurs (membres de la chambre haute du parlement ). « Rejeter le compromis trouvĂ© entre les chambres signifie rejeter un accord dĂ©mocratique », a-t-il dĂ©clarĂ©. Le SĂ©nat a dĂ©jĂ  approuvĂ© le budget hier.

Barnier doit adopter le budget ce mois-ci. Si son cabinet tombe cette semaine en raison de l’activation de la clause spĂ©ciale de la constitution, ce sera la première fois qu’un tel Ă©vĂ©nement se produit depuis la dĂ©faite de Georges Pompidou en 1962. Selon la constitution, le prĂ©sident Emmanuel Macron ne pourra pas dissoudre le Parlement et convoquer de nouvelles Ă©lections avant juin, ce qui signifie que la France sombrera dans le chaos politico-administratif.