Tentative d’assassinat politique contre l’opposant d’Erdogan – Ă  un moment critique pour lui

La Turquie est en Ă©moi depuis 24 heures suite Ă  la dĂ©cision du rĂ©gime d’Erdogan d’arrĂŞter Ekrem Imamoglu, maire d’Istanbul et considĂ©rĂ© comme le plus grand adversaire politique du prĂ©sident turc. Des centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue ce soir (entre mercredi et jeudi) pour protester contre cette dĂ©cision, l’un des plus grands chocs que le pays ait connus ces dernières annĂ©es.

Un couvre-feu total a Ă©tĂ© imposĂ© dans plusieurs rĂ©gions du pays, après que des millions de personnes ont participĂ© Ă  des manifestations contre le sultan fou. Internet a Ă©tĂ© coupĂ© dans tout le pays par le rĂ©gime, et Erdogan se cacherait dans un lieu inconnu. Des rumeurs circulent selon lesquelles les forces militaires turques auraient reçu l’ordre d’Ă©vacuer leurs avant-postes dans les zones « syriennes » et de rentrer en Turquie afin de prĂ©parer le soulèvement.

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Qui est Ekrem Imamoglu ?
Maire d’Istanbul depuis 2019. En 2008, il rejoint le Parti rĂ©publicain du peuple ( CHP ), le plus grand parti d’opposition en Turquie – le parti du fondateur de la Turquie moderne, Mustafa Kemal AtatĂĽrk. 54 ans, titulaire d’un diplĂ´me en administration des affaires de l’UniversitĂ© d’Istanbul.

Considéré ces dernières années comme le plus grand adversaire politique d’Erdogan, il s’est publiquement opposé à lui – et Erdogan travaille intensément pour saper son pouvoir politique.

En dĂ©cembre 2022, Imamoglu a Ă©tĂ© accusĂ© d’avoir insultĂ© des fonctionnaires lors du scrutin municipal, ce qui a finalement conduit Ă  une peine de prison et Ă  une interdiction de la vie politique, qui n’a finalement pas Ă©tĂ© exĂ©cutĂ©e.

En mars 2024, Imamoglu a battu le reprĂ©sentant d’Erdogan aux Ă©lections municipales d’Istanbul, remportant une victoire importante sur son principal rival.

De quoi est-il accusé ?
Imamoglu est accusĂ© d’avoir des liens et de mener une campagne Ă©lectorale avec l’organisation kurde PKK – ce qui suscite des soupçons contre lui de « gestion d’une organisation terroriste » . Dans des soupçons supplĂ©mentaires, qui pourraient conduire Ă  une deuxième inculpation, Imamoglu est accusĂ© d’extorsion.

Un jour avant l’arrestation d’Imamoglu, l’UniversitĂ© d’Istanbul avait annoncĂ© la rĂ©vocation de son diplĂ´me. Cette dĂ©cision est d’une grande importance car un diplĂ´me universitaire est une condition nĂ©cessaire pour se prĂ©senter aux Ă©lections prĂ©sidentielles – et il ne peut donc pas se prĂ©senter aux Ă©lections.

Outre Imamoglu, une centaine d’autres personnes ont Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©es hier matin.
Quelle est la peur d’Erdogan ?
Erdogan souffre constamment du mécontentement de l’opinion publique locale, qui parvient à se taire en raison d’un comportement autoritaire.

Les élections présidentielles turques n’auront pas lieu avant 2028, mais il est fort probable qu’elles soient avancées et organisées avant cette date.
L’action contre Imamoglu s’inscrit dans une série de mesures prises par Erdogan contre lui, et il est clair qu’il profite de chaque occasion pour « l’éliminer » politiquement.

Pourquoi fait-il ça maintenant ?
L’arrestation du maire d’Istanbul intervient quelques jours avant les primaires du Parti rĂ©publicain du peuple, qui devraient probablement choisir Imamoglu comme candidat aux Ă©lections prĂ©sidentielles dans les annĂ©es Ă  venir.
Sur le plan géopolitique, il est probable qu’Erdogan estime qu’il a désormais une bonne occasion de prendre une décision aussi controversée et d’éviter relativement une condamnation généralisée dans le monde entier.
Avec le retour de Trump Ă  la Maison Blanche, Erdogan s’attend Ă  une amĂ©lioration de son statut, certainement par rapport Ă  son statut pendant l’ère Biden. La preuve en a Ă©tĂ© apportĂ©e cette semaine par des informations selon lesquelles Erdogan, lors d’une conversation avec Trump, aurait demandĂ© que la Turquie soit rĂ©intĂ©grĂ©e au programme « Stealth » et autorisĂ©e Ă  acquĂ©rir des avions de combat F-35 .

Dans le contexte des efforts visant à mettre fin à la guerre en Ukraine, la Turquie apparaît comme une force qui envoie sa deuxième plus grande armée à l’OTAN et qui apparaît comme quelqu’un qui pourrait aider à mettre en œuvre tout accord conclu entre la Russie et l’Ukraine, y compris peut-être l’envoi de troupes de maintien de la paix en Ukraine.
Dans ce contexte, le statut d’Erdogan au sein de l’Union europĂ©enne s’est Ă©galement renforcĂ© rĂ©cemment. Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’OTAN, Mark Rutte, a appelĂ© ces derniers jours les dirigeants de l’Union europĂ©enne et de la Turquie Ă  Ĺ“uvrer Ă  la promotion et au renforcement des relations entre les deux pays, dans un contexte de prĂ©occupations sĂ©curitaires sur le continent.