
Les déclarations répétées du président américain Donald Trump sur une action à venir contre l’Iran ont placé le Pentagone au centre d’une équation stratégique complexe. À ce stade, une question fondamentale demeure sans réponse claire : l’objectif fixé par la Maison-Blanche est-il un changement de régime à Téhéran, ou une pression maximale destinée à contraindre le pouvoir iranien à accepter un nouvel accord nucléaire et des limitations strictes sur ses capacités balistiques ?
Contrairement aux scénarios militaires classiques, les États-Unis semblent écarter deux options historiquement connues mais jugées inefficaces dans le contexte iranien. D’une part, une invasion terrestre, à l’image de celle menée en Irak en 2003 contre Saddam Hussein, est largement considérée comme inapplicable. L’Iran est un État de près de 90 millions d’habitants, profondément nationaliste, doté d’un fort sentiment identitaire et d’une mémoire collective marquée par les ingérences étrangères. Une intervention directe risquerait de souder la population autour du régime plutôt que de le fragiliser.
D’autre part, une campagne aérienne isolée n’a jamais, à elle seule, provoqué la chute durable d’un régime autoritaire. L’expérience militaire montre que les frappes aériennes peuvent infliger des dégâts considérables, mais rarement produire un basculement politique sans dynamique interne concomitante. C’est dans cet entre-deux que semble se dessiner la nouvelle approche américaine, fondée sur une combinaison graduée de leviers politiques, sécuritaires, technologiques et militaires.
Un premier axe consiste à agir dans la zone grise, c’est-à-dire dans des domaines où l’action est délibérément difficile à attribuer ou à quantifier publiquement. Cela inclut notamment l’évacuation d’éventuels ressortissants américains encore présents en Iran, afin d’éviter qu’ils ne deviennent des leviers de chantage, un traumatisme profondément ancré dans la mémoire américaine depuis la crise des otages de 1979 à l’ambassade de Téhéran.
Parallèlement, Washington cherche à préserver et amplifier la dynamique des manifestations qui secouent l’Iran. Les autorités américaines évaluent que les jours à venir, notamment lors des funérailles des victimes de la répression, pourraient devenir des catalyseurs supplémentaires de mobilisation. Dans cette logique, les États-Unis pourraient fournir un soutien indirect et limité, afin de ne pas discréditer le mouvement aux yeux d’une population iranienne méfiante vis-à-vis de toute ingérence étrangère.
Un autre pilier essentiel repose sur les capacités cybernétiques et informationnelles. Des opérations visant à perturber les réseaux de communication, les systèmes informatiques de l’État, les infrastructures énergétiques ou encore les chaînes de commandement peuvent gravement affecter la capacité du régime à gouverner et à réprimer. Ce type d’actions, menées dans l’ombre, permettrait de désorganiser l’appareil étatique sans engager immédiatement des forces conventionnelles.
La dimension militaire n’est toutefois pas absente de cette stratégie, mais elle apparaît comme progressive et ciblée. Les frappes aériennes, si elles devaient avoir lieu, seraient probablement sélectives, orientées vers des objectifs à forte valeur stratégique : centres de commandement, infrastructures des Gardiens de la révolution islamique, forces du Bassidj, et capacités balistiques. Selon plusieurs évaluations, Israël plaide pour que d’éventuelles frappes se concentrent sur les stocks de missiles balistiques, afin de neutraliser la capacité de riposte iranienne contre son territoire et contre les bases américaines dans la région.
L’enjeu est double : empêcher une réponse militaire directe de l’Iran, mais aussi protéger les infrastructures énergétiques régionales, notamment en Arabie saoudite, au Qatar et à Bahreïn, que Téhéran pourrait viser en représailles. Ces États, bien que prudents face à une action américaine, redoutent une escalade incontrôlée qui déstabiliserait durablement les marchés pétroliers.
Dans une phase ultérieure, les analystes estiment que Washington pourrait envisager des opérations ciblées contre les élites sécuritaires du régime. À l’image des actions menées par Israël contre les directions du Hezbollah au Liban ou contre la hiérarchie houthiste au Yémen, ce type d’opérations vise à désorganiser profondément les structures de pouvoir. Les déclarations récentes de Trump appelant les manifestants à « prendre le contrôle des institutions » ont été interprétées comme un signal indiquant que des actions internes pourraient être synchronisées avec des pressions extérieures.
L’objectif stratégique sous-jacent serait de briser l’axe géopolitique reliant l’Iran à la Russie, à la Chine, à la Corée du Nord et au Venezuela. Un tel démantèlement supposerait, à terme, un changement profond à Téhéran, mais reposant sur une direction iranienne issue de l’intérieur, et non imposée de l’extérieur. La Maison-Blanche est consciente que toute perception d’une révolution téléguidée de l’étranger pourrait se retourner contre ses intérêts.
À ce stade, l’administration Trump semble donc privilégier une stratégie d’usure, combinant pression économique, isolement diplomatique, perturbation technologique, soutien indirect à la contestation et, en dernier ressort, usage calibré de la force. Reste à savoir si cette accumulation de leviers suffira à infléchir durablement le comportement du régime iranien ou à provoquer un basculement politique interne.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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