Dans un contexte de coupure quasi totale d’Internet en Iran depuis cinq jours, SpaceX a décidé de supprimer les frais d’abonnement de Starlink pour les utilisateurs présents en Iran disposant déjà de l’équipement de réception. Cette mesure, rapportée par des sources du secteur, intervient alors que l’interruption des réseaux terrestres a paralysé une grande partie de l’économie numérique du pays, entraînant des pertes estimées à des centaines de millions de dollars par jour pour les entreprises, le commerce en ligne et les paiements électroniques.
La décision ne prévoit pas l’acheminement de nouveaux terminaux. Elle s’appuie exclusivement sur l’infrastructure existante, composée de paraboles et de routeurs Starlink qui auraient été introduits clandestinement sur le territoire iranien. Selon des estimations communément citées, plus de 50 000 unités de réception seraient aujourd’hui disponibles en Iran, principalement via des routes de contrebande transfrontalières. Ce volume reste insuffisant pour couvrir un pays de près de 85 millions d’habitants, mais il permet la création de poches de connectivité locales, notamment dans certains centres urbains et zones stratégiques.
L’impact économique de la coupure d’Internet est particulièrement sévère. Les entreprises dépendantes de la publicité numérique, du e-commerce et des services financiers en ligne voient leurs activités brutalement interrompues. Les systèmes de paiement, les opérations bancaires et la comptabilité électronique sont également affectés. Dans ce contexte, l’accès gratuit à Starlink offre une bouffée d’oxygène limitée mais cruciale, permettant à certains acteurs économiques, petites entreprises et intermédiaires tournés vers l’international de maintenir une activité minimale et des canaux de communication ouverts.
Sur le plan économique, cette initiative illustre le modèle hybride de SpaceX. L’entreprise, qui a levé des dizaines de milliards de dollars pour le déploiement de sa constellation de satellites, combine des considérations commerciales et stratégiques. En 2023, Starlink a généré environ 4 milliards de dollars de revenus, avec une croissance annuelle d’environ 50 % et un parc mondial estimé à 2,5 millions d’abonnés. En Iran, la gratuité actuelle est perçue comme un investissement stratégique : elle accroît la visibilité du service, renforce son image internationale et pourrait, à terme, se transformer en source de revenus si la situation politique et réglementaire évolue. La valorisation globale de SpaceX est aujourd’hui estimée à environ 200 milliards de dollars.
Des précédents existent. En Ukraine, Starlink a fourni des dizaines de milliers de terminaux à des fins civiles et militaires depuis l’invasion russe, générant des revenus significatifs et démontrant la résilience des réseaux satellitaires en situation de guerre. Au Venezuela, un accès gratuit et limité avait également été mis en place, servant de test pour une utilisation ponctuelle en période de crise. En Iran, la logique est comparable : contourner les points d’étranglement terrestres et démontrer l’utilité d’une infrastructure spatiale face aux restrictions étatiques.
Les autorités iraniennes, de leur côté, tentent de contrer cette dynamique. Elles interdisent officiellement l’utilisation de l’équipement Starlink, procèdent à des arrestations et déploient des dispositifs de brouillage électronique. Des saisies de cargaisons de terminaux ont été signalées, tandis que des moyens de renseignement et de perturbation des fréquences sont mobilisés. Ces efforts engendrent des coûts importants pour l’État iranien, sans pour autant éliminer totalement l’accès, les utilisateurs adaptant leurs pratiques, changeant d’emplacement et limitant la durée des connexions.
À long terme, la décision de SpaceX soulève des enjeux majeurs pour le marché mondial de l’Internet satellitaire. Elle accentue l’exposition réglementaire de l’entreprise et le risque de sanctions de la part de pays qui considèrent ce type d’initiative comme une ingérence. Elle met aussi en lumière la dépendance croissante à une infrastructure privée dominante : Starlink détiendrait environ 60 % du marché mondial de l’Internet satellitaire, même si des concurrents européens et asiatiques cherchent à réduire cet avantage. En Iran, une adoption plus large pourrait fragiliser les fournisseurs locaux, déjà affaiblis par les coupures et la censure.
Dans un environnement marqué par l’instabilité politique et les restrictions numériques, l’Internet satellitaire apparaît ainsi comme un actif stratégique. Il offre une résilience sans précédent face aux coupures imposées par les États, tout en posant de nouveaux défis aux gouvernements qui cherchent à conserver le contrôle des infrastructures de communication. L’initiative de SpaceX en Iran illustre cette nouvelle réalité : la technologie spatiale devient un levier économique, politique et informationnel de premier plan, difficile à contenir par des moyens traditionnels.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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