« Ce qu’ils font à mon fils me brise » : le ministre israélien Miki Zohar dénonce le boycott culturel visant son fils chanteur
Le ministre israélien de la Culture et des Sports Miki Zohar est sorti de sa réserve cette semaine pour évoquer, avec une émotion inhabituelle, le boycott culturel dont serait victime son fils, le chanteur et créateur Eliav Zohar. Invité sur la radio 103FM, le ministre a décrit une situation qu’il qualifie de profondément injuste et humainement dévastatrice, affirmant que son fils « paie un prix énorme uniquement parce qu’il est mon fils ».
À l’origine de cette prise de parole, une interview accordée quelques ימים plus tôt par Eliav Zohar à la journaliste Iris Kol, dans laquelle le jeune artiste expliquait que sa carrière musicale était gravement entravée en raison de l’identité politique de son père. Selon lui, des portes se ferment, des concerts sont annulés ou ne voient jamais le jour, et ce non pour des raisons artistiques, mais idéologiques.
« Il y a beaucoup de moments de douleur, de colère et de chute dans la vie publique », a confié Miki Zohar. « Mais je ne peux pas décrire ce que je ressens dans mon corps, dans mon âme et dans mon cœur à cause de ce qu’ils font à mon fils. C’est destructeur. »
Un “prix politique” payé par un artiste
Le ministre affirme que son fils est victime d’un boycott silencieux mais bien réel au sein du monde culturel israélien. « Cet enfant paie des prix immenses parce que je suis son père, et parce que j’appartiens à un certain camp politique. Beaucoup le boycottent », a-t-il déclaré sans détour.
Zohar a insisté sur le fait qu’il s’impose lui-même une éthique stricte : jamais il n’interviendra pour favoriser la carrière de son fils. « Je ne demanderai jamais à des municipalités de l’aider. Le ministère de la Culture produit d’innombrables spectacles, et il y a un artiste qui, naturellement, ne pourra jamais y participer : mon fils. Il est dans une situation “lose-lose”. »
Selon le ministre, ce constat ne repose pas sur une impression vague ou un sentiment familial. Il affirme que la société de booking représentant son fils reçoit régulièrement des réponses explicites : « On leur dit qu’il est un chanteur exceptionnel, extrêmement talentueux… mais qu’il y a un problème. Et le problème, c’est qu’il est le fils de Miki Zohar. “Il fait partie de la droite, et nous ne pouvons pas l’inviter.” »
Pour le ministre, cette réalité est d’autant plus absurde que son fils a été plébiscité par le public, notamment dans l’émission Kochav Haba (La prochaine star). « C’est un artiste aimé du public, mais parce qu’il est mon fils, cela a un prix. »
Une carrière freinée, une exposition étouffée
Miki Zohar a également expliqué que ce boycott a des conséquences concrètes sur la diffusion de la musique de son fils. « Il a sorti une chanson magnifique il y a quelques mois, et personne ne voulait l’entendre. Quand une partie du public vous bloque, votre capacité à promouvoir votre musique dans les médias et sur les réseaux chute dramatiquement. »
Ce n’est que plus tard, lorsque le titre a commencé à circuler spontanément sur TikTok, que certains se sont étonnés : « “Quelle chanson incroyable, pourquoi tu ne l’as pas sortie plus tôt ?” », lui a-t-on dit. Un décalage révélateur, selon le ministre, de la manière dont des barrières idéologiques étouffent artificiellement des carrières artistiques.
« S’il y a une raison pour laquelle je devrais envisager d’arrêter la vie publique, c’est celle-là », a admis Zohar avec gravité. Il a toutefois immédiatement précisé qu’une telle option n’était pas à l’ordre du jour : « Le peuple d’Israël est plus important que moi et que mon fils. Je n’ai pas le privilège de partir pour des raisons personnelles. Seul le public peut me renvoyer chez moi. »
Un conflit plus large avec le monde culturel
Ces déclarations s’inscrivent dans un conflit plus vaste entre Miki Zohar et une partie du monde culturel israélien. Récemment, environ 500 artistes ont saisi le conseiller juridique de son ministère ainsi que le président de l’État, contestant la légalité de sa décision de geler temporairement certaines récompenses culturelles. Le ministre rejette catégoriquement leurs accusations.
« Je n’ai jamais choisi de me battre contre les écrivains, les poètes ou les créateurs », a-t-il affirmé. « J’ai accordé les budgets culturels les plus élevés de l’histoire, même quand tous les autres ministères réduisaient les leurs. Pendant deux années de guerre, il n’y a pas eu une seule manifestation du monde de la culture contre moi. J’ai apporté l’argent et j’ai aidé de manière exceptionnelle. »
Selon lui, le véritable différend porte sur la répartition équitable des ressources. « Il existe d’autres voix dans la culture, y compris à droite, et elles ont droit à un financement équitable. Il y a une discrimination, et nous allons la corriger. »
Il a annoncé la création d’une commission de prix “équilibrée”, chargée de répartir les distinctions de manière pluraliste. « Nous ne demandons pas de privilèges. Nous demandons l’égalité. Pourquoi serions-nous un supplément inutile ? Je représente un camp entier qui dit : ça suffit. »
Une blessure personnelle devenue symbole
Au-delà de la politique culturelle, cette affaire met en lumière une question plus profonde : peut-on séparer l’artiste de l’identité politique de sa famille ? Pour Miki Zohar, la réponse devrait être évidente. Pour une partie du milieu culturel, elle ne l’est manifestement pas.
« Eliav ne se plaint pas, il ne se victimise pas et il ne construira jamais une carrière sur cette histoire », a insisté le ministre. « Mais la blessure est réelle. »
Dans un climat de polarisation croissante, le témoignage de Miki Zohar transforme une controverse culturelle en drame humain, où un artiste se retrouve pris en étau entre talent, identité et luttes idéologiques qui le dépassent.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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