« Inchallah les racistes disparaîtront » : émotion en direct… et l’hypocrisie révélée

La séquence diffusée vendredi soir dans חדשות שישי a suscité une onde de choc médiatique bien au-delà du plateau. Au centre de la polémique, la présentatrice arabe israelienne לוסי אהריש, prise pour cible après un monologue où elle avait utilisé le mot « אינשאללה » Inchallah. En quelques heures, ce terme est devenu le symbole d’un affrontement brutal entre émotion, politique, identité et un débat public de plus en plus incapable de tolérer la moindre nuance.

Durant les jours qui ont suivi, les réactions ont largement dépassé la critique journalistique. Insultes, menaces explicites, attaques personnelles visant sa famille : à l’antenne, אהריש a décrit une semaine marquée par une violence verbale qu’elle dit connaître, mais rarement à ce niveau d’intensité. Elle a parlé d’une « machine du poison » activée à plein régime, d’un mécanisme où chaque mot est instrumentalisé et chaque image retournée contre elle.

Elle a évoqué ces montages circulant sur les réseaux sociaux, ces captures d’écran agrandissant son visage pour y lire une haine supposée, ces commentaires affirmant que son expression trahirait une intention malveillante. À ses yeux, il ne s’agissait plus d’un débat, mais d’une volonté assumée de délégitimation et de disqualification personnelle.

Dans son intervention, la journaliste a élargi le propos à la place des citoyens arabes en Israël. Elle a dénoncé une attente implicite : être reconnaissant, discret, silencieux. Dire merci et se taire. Elle a rappelé que depuis 1948, les Arabes israéliens font partie intégrante de l’État, avec des droits civiques, une identité complexe et une présence qu’aucune intimidation ne saurait effacer.

Elle a également lié la violence des attaques à une peur politique plus profonde. Selon elle, la participation civique et électorale des citoyens arabes représente une menace pour une partie de la droite israélienne, inquiète d’un possible bouleversement des équilibres de pouvoir. Cette affirmation, lancée frontalement à l’antenne, a cristallisé les tensions.

Puis est venu le moment le plus commenté de la soirée. En plein direct, son mari, l’acteur juif de Fauda et chanteur צחי הלוי, est entré sur le plateau pour lui exprimer son soutien. Un geste fort, chargé d’émotion, salué par une partie du public. Il a promis qu’aucune menace ne la réduirait au silence et s’en est pris à ceux qu’il a qualifiés « d’idiots utiles », appelés selon lui à disparaître une fois leur rôle rempli. Il a conclu en reprenant le mot à l’origine de la controverse : « אינשאללה ».

Mais c’est précisément à partir de là que l’hypocrisie ambiante apparaît au grand jour.

Car dans ce débat, toute critique, toute réserve, toute contestation minimale est immédiatement estampillée « racisme ». Le procédé est redoutablement efficace : il ferme la discussion, évite l’argumentation et transforme toute opposition en faute morale. Dire quelque chose devient permis. Répondre devient interdit. Questionner devient suspect.

Or le problème n’est pas l’émotion, ni même la solidarité conjugale mise en scène en direct. Le problème réside dans l’irresponsabilité des mots employés dans un pays encore traumatisé. Employer l’expression « les Arabes vont affluer en masse » — avec une charge historique, sécuritaire et émotionnelle évidente — dans une société vivant encore sur les braises du 7 octobre n’est pas un détail. Ce n’est ni neutre, ni anodin. C’est une formulation lourde de sens, dans un contexte où la dernière « affluence » s’est traduite par des massacres, des enlèvements, des viols et des crimes de guerre.

Refuser de l’entendre, et qualifier toute réaction de « raciste », relève non pas du courage, mais de la fuite intellectuelle. C’est refuser de reconnaître que la réalité israélienne impose parfois une retenue lexicale, non par soumission, mais par responsabilité.

L’hypocrisie devient totale lorsque l’on présente certaines formations politiques arabes comme une solution miraculeuse, alors même que leurs discours et positions passées incluent la négation de l’État d’Israël, une identification répétée avec l’ennemi et un fantasme à peine voilé de la chute de Sion. Pointer cela n’est pas du racisme. C’est un constat politique et historique.

Au fond, cet épisode révèle moins un combat contre le racisme qu’un refus d’assumer la complexité. Une incapacité à admettre que tout désaccord n’est pas une haine, que toute critique n’est pas une attaque identitaire, et que la morale brandie comme un bouclier ne remplace jamais l’analyse.

L’émotion était réelle. Le geste était fort. Mais la question demeure : construire l’avenir de cette société sur des slogans, des anathèmes et des mots interdits est-ce vraiment la voie ? Ou est-ce simplement une manière confortable d’éviter les débats qui dérangent ?


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
© 2025 – Tous droits réservés

Publicité & Partenariats – Infos-Israel.News

📢Voir nos formats & tarifs publicitaires📢