Le Forum de la création en Israël attaque Netflix : « Jusqu’où ira votre avidité débridée ? »

Le Forum de la création en Israël attaque Netflix avec une virulence inhabituelle, l’accusant d’avoir exercé une pression indirecte via l’administration américaine afin d’édulcorer les obligations réglementaires prévues par la future loi israélienne sur la communication. Au cœur de la controverse : l’exigence législative selon laquelle les plateformes de streaming opérant en Israël devront investir une part minimale de leurs revenus locaux dans la production originale israélienne.

Selon des révélations médiatiques récentes, l’administration américaine aurait demandé au gouvernement israélien de modérer certaines initiatives réglementaires visant des entreprises américaines, parmi lesquelles la géante du streaming. Dans la foulée, le Forum de la création israélienne – qui regroupe plusieurs organisations professionnelles du secteur audiovisuel – a adressé une lettre particulièrement sévère à la direction de Netflix.

Dans ce courrier, les représentants des créateurs accusent la plateforme d’avoir adopté en Israël une « stratégie cynique et prédatrice ». Ils estiment que, derrière l’image mondiale de diversité et d’inclusion que cultive la marque, se cacherait une volonté d’exploiter la sensibilité diplomatique entre Jérusalem et Washington afin d’échapper à des obligations pourtant appliquées ailleurs.

Le point central du différend porte sur un taux de 6,5 % d’investissement dans la création locale, calculé sur les contenus diffusés en Israël. Pour les organisations professionnelles, ce pourcentage demeure modeste au regard des standards européens où certaines plateformes sont soumises à des quotas et à des investissements bien plus élevés. Elles affirment que présenter cette exigence comme une menace pour les relations bilatérales serait une manœuvre exagérée et instrumentalisée.

Le Forum avance un argument économique fort : Netflix générerait près de 900 millions de shekels par an auprès des foyers israéliens. Dans ce contexte, exiger qu’une fraction limitée de ces revenus soit réinjectée dans la culture locale relèverait, selon eux, d’un principe d’équité et de responsabilité culturelle. Ils dénoncent une situation où un acteur global bénéficierait pleinement d’un marché national sans contribuer proportionnellement à son écosystème créatif.

Les termes employés dans la lettre témoignent d’une escalade rhétorique. Les signataires vont jusqu’à évoquer une « coercition diplomatique de haut niveau » et citent des références morales et philosophiques pour illustrer leur indignation. L’objectif est clair : transformer un débat technique sur la régulation audiovisuelle en une question de souveraineté culturelle et de justice économique.

De son côté, l’entourage de Netflix reconnaît des échanges avec des responsables américains, tout en rejetant les accusations de désengagement. La plateforme met en avant la présence de plus de 300 titres israéliens dans son catalogue international, dont des succès majeurs tels que « Fauda » ou « Shtisel ». Elle rappelle également son soutien à des initiatives comme le laboratoire de séries de l’école Sam Spiegel et affirme poursuivre ses investissements en acquisition et en commande de contenus locaux.

Le débat dépasse la simple confrontation entre un géant technologique et des créateurs nationaux. Il s’inscrit dans une dynamique globale où les États cherchent à encadrer les plateformes numériques pour préserver leur production culturelle. L’Union européenne, la France ou encore le Canada ont déjà imposé des obligations similaires afin d’éviter une domination totale des catalogues internationaux au détriment des industries locales.

En Israël, la question prend une dimension particulière. Le pays possède une industrie audiovisuelle dynamique, dont les formats et séries sont régulièrement exportés et adaptés à l’international. Pour les professionnels, la régulation ne vise pas à freiner l’innovation, mais à garantir un cercle vertueux où les revenus générés localement contribuent au développement de nouveaux talents et projets.

La révélation d’une réunion tenue en mars 2025 au ministère israélien des Finances, au cours de laquelle des représentants américains auraient exprimé des réserves sur certains projets réglementaires, a alimenté la perception d’une pression extérieure inhabituelle. Des sources présentes auraient qualifié l’échange d’« agressif » et « hors norme ». Cette dimension diplomatique renforce la sensibilité du dossier.

Le contexte politique israélien ajoute une couche supplémentaire de complexité. Alors que les relations stratégiques avec Washington demeurent un pilier central de la sécurité et de la diplomatie israéliennes, toute insinuation d’ingérence dans un processus législatif interne peut susciter des réactions vives. Les créateurs affirment ne pas contester l’alliance bilatérale, mais refuser qu’elle serve d’argument pour affaiblir un mécanisme culturel.

Pour Netflix, le marché israélien reste relativement modeste en volume comparé aux grandes économies occidentales, mais il présente un fort potentiel créatif et symbolique. Les productions israéliennes ont prouvé leur capacité à séduire des audiences mondiales. Un retrait partiel ou un conflit prolongé pourrait nuire à l’image de la plateforme dans un secteur où la réputation et la collaboration artistique sont essentielles.

L’enjeu central demeure celui de l’équilibre entre attractivité économique et souveraineté culturelle. Les plateformes internationales soutiennent que des obligations trop lourdes pourraient freiner leur flexibilité et leurs investissements. Les créateurs rétorquent que l’absence de cadre équitable conduit à une dépendance excessive et à un affaiblissement progressif des structures locales.

Dans les prochains mois, la Knesset devra trancher sur la version définitive de la loi sur la communication. La manière dont le gouvernement israélien arbitrera entre pression diplomatique, intérêts économiques et protection de la culture nationale sera scrutée de près, tant par les acteurs du secteur que par les observateurs internationaux.

Au-delà des déclarations virulentes, le débat révèle une mutation profonde de l’économie culturelle mondiale. Les géants du streaming sont devenus des acteurs géopolitiques capables d’influencer indirectement des politiques publiques. La réaction du Forum de la création en Israël traduit une volonté de ne pas laisser cette influence redéfinir unilatéralement les règles du jeu.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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