Le sud du Liban est déjà un théâtre d’opérations complexe. Deux divisions de Tsahal y manœuvrent lentement, méthodiquement, dans un double objectif : débarrasser la zone de toute présence armée du Hezbollah au sud du fleuve Litani, et démanteler les infrastructures militaires que l’organisation a dissimulées dans les habitations privées des villages libanais. Mais un nouveau scénario, jusqu’ici inédit, commence à s’imposer dans les discussions des états-majors israéliens : et si l’armée syrienne d’Ahmad al-Charaa — l’ancien Al-Joulani, désormais à la tête d’un État syrien en pleine transformation — décidait, de son côté, d’entrer au Liban pour en découdre avec le Hezbollah ?
La source sécuritaire et son avertissement
C’est une source sécuritaire israélienne de haut rang, s’exprimant auprès de la chaîne N12 / Mako, qui a articulé ce scénario avec une précision qui mérite attention. « Nous nous préparons à l’éventualité que les Syriens entrent en action contre le Hezbollah », a déclaré cette source. Elle a ajouté que cette hypothèse est montée en puissance dans les délibérations du niveau politico-sécuritaire israélien ces derniers jours. La motivation syrienne est identifiée clairement : venger des années de présence armée et d’agression du Hezbollah sur le territoire syrien pendant la guerre civile. La source qualifie cette perspective de « carte forte », un atout potentiel dans l’équation régionale — mais dont la mise en jeu se ferait sans coordination avec Israël.
Ce dernier point est capital. Une entrée de l’armée syrienne au Liban, même dirigée contre une organisation qui est aussi l’ennemi d’Israël, créerait une situation extrêmement délicate. Tsahal opère en ce moment même dans la même zone géographique, avec des forces terrestres qui progressent lentement et sous haute surveillance pour minimiser les pertes. L’irruption d’une troisième armée dans cet espace — même non hostile à Israël sur le fond — constituerait un risque majeur de confusion opérationnelle et d’accident aux conséquences imprévisibles.

L’armée libanaise : spectatrice contrainte
Pourquoi l’armée libanaise n’est-elle pas en train de faire ce travail elle-même ? La source sécuritaire israélienne répond sans détour : par peur du Hezbollah. L’armée régulière libanaise n’a ni la capacité ni la volonté politique de s’attaquer à l’organisation, dont l’arsenal dépasse largement le sien. Tsahal ne s’y trompe pas : la stratégie adoptée est d’accentuer la pression sur les cibles libanaises étatiques pour inciter le gouvernement de Beyrouth à exercer davantage de contrôle sur le Hezbollah. La logique est pragmatique — plus les frappes israéliennes touchent des intérêts de l’État libanais, plus ce dernier a intérêt à contraindre le Hezbollah, même si cela se heurte aux réalités politiques internes du pays.
Dans ce contexte, le ministre israélien de la Défense Israël Katz a annoncé ce jeudi matin la destruction de deux ponts enjambant le fleuve Litani, utilisés pour le transport d’armes et la circulation de combattants du Hezbollah vers le sud. Katz a explicitement lié cette opération à un message adressé au gouvernement libanais : Israël ne tolérera pas l’utilisation des infrastructures civiles de l’État libanais à des fins terroristes.

Un front supplémentaire pour une guerre déjà multi-dimensionnelle
Le scénario syrien s’inscrit dans une guerre qui a déjà explosé les cadres traditionnels. Dans la même journée, on apprend que des drones non identifiés ont survolé le domicile de responsables américains à Washington, que Trump étudie le déploiement de milliers de soldats supplémentaires dans la région, et que l’Iran continue de tirer des missiles sur le territoire israélien. L’hypothèse d’une armée syrienne entrant au Liban — sans coordination, dans un espace où Tsahal opère déjà — n’est pas une curiosité géopolitique. C’est un signal que la guerre régionale en cours n’a peut-être pas encore révélé tous ses fronts.
Tsahal dit surveiller de très près les développements à la frontière libano-syrienne. Dans la langue militaire, cette formulation est rarement anodine.
Source : Mako / N12
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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