L’Iran avait parié sur dix jours. Dix jours, et la société israélienne craquerait sous le poids des missiles, des abris et de la désorganisation du quotidien. Ce calcul s’est révélé faux dès juin dernier, lors de l’opération « Am Kilviya », qui avait duré douze jours et laissé le régime iranien démuni face à sa propre doctrine de combat. Aujourd’hui, la guerre contre l’Iran entre dans sa quatrième semaine — et la fin n’est pas en vue.
Une théorie iranienne pulvérisée
Avant le lancement des opérations, les Iraniens estimaient qu’Israël ne pourrait pas maintenir le front ouvert au-delà de dix jours, notamment en raison du nombre limité d’intercepteurs disponibles. Ils tablaient également sur la fragilité supposée de la société israélienne face aux conflits prolongés. Ces deux hypothèses se sont effondrées.
Malgré les alertes incessantes, les courses aux abris, les vols annulés et la désorganisation générale, la population israélienne fait preuve d’une résilience remarquable. L’opinion publique soutient massivement la poursuite des combats, les jugeant pleinement justifiés, tant contre l’Iran qu’au Liban, et exige du gouvernement qu’il n’interrompe pas la campagne avant son terme.
Le commentateur politique Mati Tuchfeld, dans son analyse publiée ce matin dans Maariv, l’écrit sans détour : en juin dernier, la théorie sur laquelle le régime iranien avait fondé sa doctrine de guerre face à Israël s’est effondrée. Depuis lors, il est apparu que cet épisode n’était qu’un prélude à la campagne actuelle.
Le missile à ogive fractionnée : la nouvelle arme psychologique de Téhéran
Face à l’échec de sa stratégie initiale, l’Iran a adapté son arsenal. Téhéran avait prévu de lancer chaque jour des centaines de missiles sur le territoire israélien — des chiffres à trois chiffres. En réalité, il ne parvient à en tirer qu’entre un et quelques dizaines par jour. Pour compenser cette incapacité, Téhéran a opté pour une approche différente, plus insidieuse.
L’Iran mise désormais sur le tir de missiles à ogive fractionnée, dans le but de générer harcèlement et usure au sein de la population civile israélienne : à chaque tir, maximiser le nombre de civils exposés à la menace et contraints de se mettre à l’abri. La logique n’est plus la destruction massive concentrée, mais la dispersion de la peur sur le territoire le plus large possible.
L’ogive fractionnée crée un rayon d’exposition pouvant atteindre dix kilomètres carrés, voire davantage, selon l’altitude à laquelle le missile se divise. Contrairement à un missile à ogive classique lourde, qui concentre les dégâts sur une seule zone, l’ogive fractionnée génère moins de destruction par zone, mais frappe simultanément entre plusieurs et des dizaines de points.
L’armée israélienne a toutefois une réponse technique à ce défi. L’Armée de l’air déploie deux systèmes d’interception principaux : la flèche 3, qui intercepte les missiles hors de l’atmosphère, et la flèche 2, qui les neutralise à l’intérieur de l’atmosphère. Les forces armées indiquent que l’abri dans des espaces protégés constitue la réponse la plus efficace contre ce type de missile, incapable de pénétrer les couches de protection offerte par un abri ou un espace fortifié.
Washington accélère : des milliards d’armement pour les alliés arabes
Pendant que l’Iran réajuste ses missiles, Washington réajuste l’échiquier régional. Dans un mouvement qui reconfigure l’équilibre des forces au Moyen-Orient, les États-Unis ont engagé des ventes d’armements massives à leurs alliés arabes — en contournant, pour certaines transactions, le mécanisme habituel de contrôle du Congrès.
Parmi les équipements approuvés figurent des drones de type Predator XP ainsi que des programmes de maintenance pour aéronefs légers, ainsi qu’une aide militaire à la Jordanie se chiffrant en dizaines de millions de dollars. Une partie de ces transactions est engagée via une disposition d’urgence du droit américain permettant d’accélérer la livraison des équipements aux alliés de la région.
En parallèle de ce réarmement, un autre front s’est ouvert aux Émirats arabes unis. Un réseau opérant sous couverture de sociétés fictives a été démantelé par les services de sécurité émiratis. Ce réseau visait à s’infiltrer dans le tissu économique local, avec pour objectifs déclarés de promouvoir des activités para-étatiques, de fragiliser la stabilité financière du pays et d’établir une infrastructure pour des activités illicites. Les autorités émirates ont précisé que le réseau agissait conformément à un plan stratégique défini en amont, en coordination avec des acteurs extérieurs liés au Hezbollah libanais et à l’Iran, et ont averti que toute tentative d’exploitation de leur économie à des fins terroristes serait traitée avec la plus grande fermeté.
La politique intérieure israélienne, en arrière-plan de la guerre
La guerre façonne aussi la politique intérieure. Mati Tuchfeld note dans son analyse que la campagne israélienne a déjà frappé dix fois plus de cibles que lors de l’opération Am Kilviya, et vingt fois plus si l’on additionne les frappes israéliennes et américaines combinées.
Sur le front politique, le ministre des Finances Bezalel Smotrich a, selon Tuchfeld, choisi d’avaler plusieurs couleuvres, de payer un prix politique, mais de renoncer à des dossiers brûlants qu’il portait — dont la réforme du secteur laitier et la loi sur la conscription — en mettant la priorité sur la poursuite de la guerre contre l’Iran. Une discipline de coalition au service de la stratégie militaire.
Smotrich estime que des élections se tiendront à la date prévue, le 27 octobre. D’ici là, il anticipe qu’Israël aura conclu la campagne en Iran, démantelé le Hezbollah et pris une zone tampon significative au Liban.
Ce tableau d’ensemble — une société israélienne qui tient, une armée qui adapte ses systèmes d’interception, une Iran contraint de revoir sa doctrine à la baisse, et des États-Unis qui arment massivement leurs alliés régionaux — dessine la physionomie d’un conflit qui ne ressemble à aucun des précédents. Téhéran n’a pas obtenu la débâcle rapide qu’il espérait. Et la quatrième semaine commence.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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