Le CMA CGM Kribi passe Hormuz : un « cadeau » iranien à la France pour services rendus à l’ONU ?

La coïncidence est trop parfaite pour être innocente. Le jeudi 2 avril, alors que la France bloquait à New York une résolution du Conseil de sécurité autorisant l’usage de la force militaire pour rouvrir le détroit d’Hormuz, un porte-conteneurs battant pavillon maltais mais affichant fièrement « propriétaire France » sur son transpondeur franchissait ce même détroit — sans encombre, sous la bienveillance tacite de Téhéran. Le CMA CGM Kribi, appartenant au troisième armateur mondial, venait de réaliser ce qu’aucun navire lié à l’Europe occidentale n’avait accompli depuis le début de la guerre.

Le transit : un acte délibéré, coordonné, affiché

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Le Kribi, battant pavillon maltais et appartenant au groupe français de transport maritime CMA CGM, a traversé le détroit — pratiquement bloqué par l’Iran depuis le début de la guerre au Moyen-Orient — pour quitter le Golfe jeudi après-midi, selon le site de suivi maritime MarineTraffic. Il semble être le premier transit connu par un grand groupe d’armement européen depuis le 1er mars, date à laquelle les attaques iraniennes contre des navires près du détroit, en représailles aux frappes américano-israéliennes, avaient réduit les traversées à un filet.

Ce qui rend ce passage remarquable, c’est la manière dont il a été effectué. Avant d’entrer dans les eaux territoriales iraniennes dans le détroit, le navire a modifié son système d’identification automatique pour afficher comme destination « Owner France », signalant ainsi aux autorités iraniennes la nationalité de son propriétaire. Des navires ont déjà utilisé des tactiques similaires pour affirmer leur neutralité lors du transit de zones de conflit. Plusieurs navires chinois qui ont traversé le détroit avaient également affiché comme destination « Chinese owner & crew ».

Le navire était immobilisé dans le Golfe depuis début mars, comme beaucoup d’autres navires non iraniens, après que le conflit avait fortement réduit le trafic commercial. CMA CGM, dont la famille Saade est l’actionnaire majoritaire, aurait coordonné le transit avec les autorités maritimes iraniennes.

La France à l’ONU : un veto de fait pour l’Iran

La chronologie des événements est éloquente. Le jeudi 2 avril, la France, la Chine et la Russie ont effectivement bloqué une tentative des pays arabes d’obtenir une autorisation du Conseil de sécurité de l’ONU pour une action militaire contre l’Iran afin de rouvrir le détroit d’Hormuz.

La partie bloquée du texte stipulait que le Conseil de sécurité « autorise les États membres, agissant à titre national ou dans le cadre de partenariats navals multilatéraux volontaires, après notification préalable au Conseil de sécurité », à utiliser tous les moyens nécessaires « pour assurer le passage en transit et dissuader les tentatives de fermeture, d’obstruction ou d’interférence avec la navigation internationale dans le détroit d’Hormuz ».

La position française était articulée : le président Macron avait déclaré qu’une opération militaire pour libérer la voie navigable était « irréaliste ». Et pourtant, les diplomates français ont passé la dernière semaine à travailler pour atténuer une résolution à l’ONU qui aurait permis une action de force dans le détroit d’Hormuz.

Un précédent historique révélateur

La dernière fois que la Russie, la Chine et la France s’étaient alignées comme les seuls trois membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU sur une question majeure remontait à 2003, quand ils s’étaient opposés à la résolution commune Royaume-Uni–États-Unis autorisant l’invasion de l’Irak. La France et la Russie avaient alors explicitement menacé d’opposer leur veto.

Ce parallèle est frappant. En 2003, Paris avait défié Washington sur l’Irak au nom du droit international et de la prudence stratégique. En 2026, Paris se retrouve dans le même camp que Moscou et Pékin pour protéger Téhéran d’une résolution que les pays arabes du Golfe — victimes directes du blocage du détroit — avaient pourtant rédigée et soutenue.

La récompense iranienne : lire entre les lignes

Un porte-conteneurs appartenant à un groupe français de transport maritime a passé le détroit d’Hormuz, un signe que l’Iran ne considère peut-être pas la France comme une nation hostile. C’est ainsi que Reuters formule la chose — avec toute la prudence diplomatique qui s’impose. Mais la lecture géopolitique est transparente : le passage du Kribi n’est pas un hasard de la navigation commerciale. C’est un signal. Téhéran récompense ceux qui ne cherchent pas à le contraindre militairement, et punit ceux qui le font.

L’opérateur d’un pétrolier bloqué dans le Golfe Persique s’était vu proposer une offre : il pourrait finalement sortir en toute sécurité par le détroit d’Hormuz et rejoindre l’océan ouvert — escorté par la Marine iranienne. Mais il lui faudrait d’abord changer son immatriculation et hisser le pavillon du Pakistan. Pour les navires français, les conditions semblent plus souples — au point qu’il suffit d’afficher « owner France » sur le transpondeur pour obtenir le laissez-passer.

Le contexte économique mondial : pourquoi ce détroit est si crucial

Normalement, environ un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux transitent par le détroit d’Hormuz. Sa fermeture quasi totale affecte les approvisionnements mondiaux en pétrole, en GNL et en engrais, provoquant de fortes hausses des prix de l’énergie.

Par ailleurs, un méthanier a fait son entrée dans le détroit d’Hormuz — ce qui constituerait le premier transit de ce type depuis le début du conflit. Le navire Sohar LNG, qui ne transportait pas de cargaison, a changé de cap vers le terminal d’exportation de GNL de Qalhat à Oman.

Ces premiers mouvements de navires non iraniens à travers le détroit esquissent une architecture de la neutralité récompensée : l’Iran dessine en temps réel une carte des nations qu’il tolère et de celles qu’il exclut. La France, en choisissant de bloquer l’option militaire à l’ONU, a obtenu son laissez-passer. Le prix de ce laissez-passer, politiquement, sera évalué différemment selon qu’on se trouve à Paris, à Washington, à Riyad ou à Tel-Aviv.

Sources : Reuters / Al-Monitor, Bloomberg / gCaptain, Euronews, France 24

 


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