L’Europe en route vers un point de rupture : les avertissements qui deviennent réalité

L’Europe traverse l’une des périodes les plus dangereuses de son histoire depuis la Seconde Guerre mondiale. Non pas à cause d’une menace extérieure qui frapperait d’un seul coup, mais à cause d’un processus intérieur lent, méthodique, que ses dirigeants ont choisi d’ignorer pendant des années. C’est le constat que dresse David Ben Basat dans une tribune publiée ce samedi sur Maariv — un texte lucide, sans concession, sur une Europe qui s’est laissé distancer par ses propres contradictions.

La thèse est aussi simple que dérangeante : ce qui se passe aujourd’hui dans les banlieues européennes, dans les quartiers de Bruxelles, dans les périphéries de Paris, dans certaines villes suédoises, n’est pas une surprise. Ce sont des avertissements, formulés depuis des années par des experts, des policiers, des élus locaux, qui se sont progressivement matérialisés en réalité. La différence entre hier et aujourd’hui, c’est que la réalité est désormais trop massive pour être niée.

Au cœur du diagnostic figure la question migratoire. Ben Basat ne remet pas en cause le principe même de l’immigration — il est soigneux sur ce point — mais il pointe l’incapacité chronique des États européens à gérer ce phénomène avec rigueur et discernement. Pendant des années, l’accueil de migrants en provenance de pays musulmans a été présenté comme un impératif moral, une vertu en soi, indépendamment des conséquences concrètes sur le terrain. Cette présentation, dit-il, a fini par produire des effets qu’on refuse encore d’appeler par leur nom.

La Suède est citée en premier. Les autorités y ont été alertées pendant des années de la formation de zones où l’État peinait à faire respecter la loi. La réponse institutionnelle fut d’abord le déni. Puis, quand les fusillades, la criminalité organisée et les violences répétées sont devenus impossibles à ignorer, la reconnaissance du problème — mais avec, derrière, le constat amer que la situation était désormais ancrée, difficile à résorber. Une réalité qui résiste aux bonnes intentions et aux déclarations de principe.

En France, la mécanique est la même, appliquée à une échelle encore plus grande. Les banlieues des grandes villes sont devenues des zones de friction permanente. Chaque vague de violence est suivie de déclarations sur la nécessité d’un « traitement à la racine » — formule aussi élastique qu’inefficace. En pratique, l’intervention est repoussée, la confrontation évitée, et le cycle recommence. Le résultat, selon l’auteur, est une érosion progressive de l’autorité de l’État et du sentiment de sécurité des citoyens.

La Belgique n’échappe pas à l’analyse. Certains quartiers des grandes villes belges sont devenus, selon Ben Basat, le symbole d’une perte de contrôle combinant criminalité, radicalisation idéologique et résistance durable aux forces de l’ordre. La politique de l’autruche y a été pratiquée pendant si longtemps qu’elle a fini par rendre la situation structurellement difficile à inverser. La Grande-Bretagne, enfin, connaît les mêmes débats publics intenses sur la sécurité personnelle, l’intégration et la criminalité — avec le même schéma répété : alertes précoces, déni politique, report de décision, puis crise qui impose une réponse tardive et coûteuse.

Ce que Ben Basat identifie comme le problème central n’est pas l’événement isolé, mais le schéma. Cette tendance persistante à réagir en retard, à éviter les décisions difficiles, à préférer un calme provisoire à une solution de fond. L’histoire européenne, rappelle-t-il, enseigne que reporter ne résout pas les crises — cela les aggrave.

La dimension internationale du problème est également abordée. Face à l’Iran, dont la politique d’intimidation régionale est documentée et continue, la réponse européenne reste souvent mesurée, diplomatique, prudente au point de sembler déconnectée de la réalité des menaces. Ben Basat y voit le même réflexe — éviter la confrontation, maintenir les canaux ouverts, envoyer des appels au calme là où une position ferme s’imposerait. Le danger, avertit-il, c’est que ces menaces ne restent pas cantonnées au Moyen-Orient.

L’Europe a encore les outils, la connaissance et la puissance pour changer de trajectoire. Mais cela exige un courage politique que ses dirigeants n’ont pas encore montré collectivement — celui d’affronter la réalité, de poser des limites claires et d’agir avec détermination avant que le point de rupture ne devienne le point de non-retour.

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