Presque neuf ans après les faits, le tribunal de paix de Rehovot a rendu un verdict de culpabilité pour coups et blessures graves contre l’un des protagonistes d’une rixe survenue lors de vacances d’été sur l’île grecque de Zakynthos. Une affaire qui illustre un principe juridique rarement mis en lumière : la justice israélienne peut poursuivre ses ressortissants pour des actes commis à l’étranger — à condition de prouver que ces actes constituent également une infraction selon le droit du pays où ils ont été commis.
Les faits remontent à août 2017. Deux jeunes Israéliens séjournaient séparément sur l’île. En début d’après-midi, le plaignant circulait en quad sur la route principale en direction de Laganas, tandis que le prévenu roulait en sens inverse sur un scooter. Les deux véhicules se percutent. Le scooter dérape et le prévenu tombe au sol.
De l’accident à l’agression — en quelques secondes
La suite, telle que décrite dans l’acte d’accusation et retenue par la juge, est celle d’une escalade foudroyante. Le plaignant descend de son quad et s’approche du prévenu. Celui-ci se relève, commence à crier, à insulter, et lance : « Fils de pute, attends, tu vas payer pour ça — et tu vas payer en Israël. » Puis il frappe à coups de poing au visage et dans les yeux. Lorsque la victime tombe à terre, les coups continuent — cette fois des coups de pied portés sur le corps. Ce n’est que l’intervention de passants qui met fin à l’agression et éloigne le prévenu de la scène.
Le bilan médical est lourd. La victime souffre de contusions, d’hémorragies oculaires, de troubles de la vision, de fractures des orbites et d’une lésion musculaire dans la zone de l’œil. Pris en charge dans un premier temps dans une clinique locale à Zakynthos, il est ensuite transporté par ambulance dans un hôpital grec où il est hospitalisé plusieurs jours. De retour en Israël, il est admis au centre médical Emek d’Afula, où il subit une opération pour réparer les fractures et libérer le muscle atteint au niveau de l’œil.
Un défi juridique : juger en Israël ce qui s’est passé en Grèce
La procédure judiciaire a été particulièrement complexe. L’incident ayant eu lieu hors du territoire israélien, le parquet a dû démontrer que les actes constituaient également une infraction selon le droit pénal grec — condition préalable à toute poursuite en Israël pour une infraction commise à l’étranger. Des expertises juridiques sur le droit pénal grec ont été soumises au tribunal, qui a également dû statuer sur des questions de compétence juridictionnelle, de prescription et de moyens de défense possibles selon le droit étranger.
Le prévenu a contesté sa responsabilité sur plusieurs points. Il a soutenu que l’accident avait été causé par le plaignant, qui aurait déboîté sur sa voie. Il a affirmé que c’est la victime qui s’était approchée de manière menaçante et agressive après la chute, et que lui n’avait fait que se défendre. La défense a également contesté la gravité des blessures et le lien de causalité avec l’incident de Zakynthos.
La juge Oshrith Houver Heiman a rejeté l’ensemble de ces arguments après des années d’audience, d’audition de témoins et d’experts. Son verdict établit que le tribunal israélien est compétent pour juger cette affaire, et que la preuve de la culpabilité du prévenu est rapportée au-delà du doute raisonnable. Celui qui choisit la violence à l’étranger peut se voir présenter la facture en Israël.
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