La violence dans la société arabe en Israël ne se calme pas. Des dizaines de meurtres ont été commis depuis le début de l’année dans diverses villes et villages arabes du pays, alimentant un sentiment d’insécurité que les familles des victimes et les maires locaux décrivent comme un abandon structurel de l’État. C’est dans ce contexte que le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a accordé mardi une interview à la Radio Bet, dans laquelle il a formulé une demande précise — et politiquement chargée.
« La grande majorité des personnes assassinées sont des Arabes », a reconnu Ben Gvir, précisant qu’il « ne prend pas cela à la légère ». Sa proposition pour briser cette spirale criminelle : « Je demande à la procureure générale d’autoriser la police à utiliser des logiciels espions afin de pouvoir combattre la violence. » Selon lui, ces outils de surveillance seraient nécessaires pour infiltrer les réseaux criminels organisés qui commanditent les exécutions, et dont les ramifications résistent aux méthodes d’enquête classiques.
La pique à la procureure générale
Ben Gvir n’en est pas resté à la demande technique. Il a immédiatement ajouté une formule qui dépasse la question sécuritaire pour entrer dans le champ de la confrontation politique : « Elle veut surveiller des politiciens et en poursuivre d’autres en justice. » L’allusion est transparente pour quiconque suit la politique israélienne depuis quelques années — les révélations sur l’utilisation du logiciel Pegasus pour surveiller des personnalités politiques et des journalistes en Israël avaient provoqué un scandale majeur. Ben Gvir insinue qu’un double standard existe : les outils de surveillance seraient acceptables quand ils visent des élus, mais refusés quand la police demande à les utiliser contre des réseaux criminels violents.
Cette mise en cause directe de la procureure générale n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une tension durable entre le gouvernement Netanyahu et le système judiciaire israélien — une tension qui a atteint son paroxysme avec la tentative de réforme judiciaire de 2023 et qui n’a jamais vraiment été résolue. Ben Gvir, l’un des ministres les plus en pointe dans ce bras de fer institutionnel, utilise régulièrement ses interventions publiques pour pointer ce qu’il perçoit comme une utilisation politique de la justice — et la demande sur les logiciels espions lui offre une occasion supplémentaire de tirer sur cette corde.
Le problème de fond
Au-delà de la polémique politique, la question que soulève Ben Gvir est réelle. La criminalité organisée dans la société arabe israélienne est un phénomène documenté, alimenté par le trafic d’armes, les guerres de clans et l’absence de perspectives économiques dans certaines localités. Les maires arabes ont à plusieurs reprises interpellé le gouvernement pour réclamer des moyens supplémentaires, une présence policière renforcée et des outils d’enquête adaptés à la nature des réseaux en cause.
Ce que la sortie de Ben Gvir ne dit pas, c’est que la réponse à la violence dans la société arabe ne se réduit pas à un outil de surveillance. Les enquêteurs eux-mêmes ont régulièrement souligné que la loi du silence, alimentée par la méfiance envers la police et la peur des représailles, constitue le principal obstacle à l’élucidation des crimes — un obstacle auquel aucun logiciel espion ne peut répondre seul.
Reste que la demande est désormais posée publiquement, et que la procureure générale devra y répondre — sur le fond, et sans que la charge politique qu’y a glissée le ministre puisse être ignorée.
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