Signalement en Thaïlande : 89 enfants israéliens découverts dans un jardin d’enfants géré illégalement par des Iraniens

Le 1er mai 2026, sur l’île de Koh Phangan dans la province thaïlandaise de Surat Thani, une opération conjointe des forces de sécurité a mis au jour une situation aussi surprenante que préoccupante : 89 enfants israéliens âgés de 2 à 12 ans, entassés dans un établissement qui n’était légalement autorisé à accueillir que 18 enfants de 2 à 5 ans. Derrière ce jardin d’enfants aux allures anodines, un couple iranien et une Thaïlandaise — trois arrestations, des dizaines de travailleurs sans papiers, et une île qui cristallise depuis plusieurs mois une tension grandissante autour de la présence israélienne en Thaïlande.

Une opération au cordeau, un constat accablant

C’est le lieutenant-général Norathip Poynork, commandant de la quatrième armée de région et directeur de l’ISOC (Internal Security Operations Command) pour le sud du pays, qui a ordonné le raid. Des militaires spécialisés dans la lutte contre les nouvelles menaces sécuritaires ont agi de concert avec la police locale, les services de l’immigration et les autorités administratives de Koh Phangan. L’intervention a eu lieu au hameau numéro 3 du sous-district de Koh Phangan, à 12h30, en pleine journée.

Sur place, les forces de l’ordre ont découvert une réalité bien éloignée de la licence d’exploitation présentée par la gérante, une Thaïlandaise de 61 ans originaire de la province de Phetchabun. Les documents fournis attestaient d’une autorisation officielle émanant du Bureau provincial de développement social et de sécurité humaine de Surat Thani — mais uniquement pour une crèche de 18 enfants. Aucun document n’autorisait la gestion d’une école privée non agréée. La gérante a affirmé que les démarches de régularisation étaient en cours. Une explication qui n’a pas convaincu les autorités.

Car les chiffres sont sans appel. Pas 18 enfants, mais 89. Pas une tranche d’âge de 2 à 5 ans, mais de 2 à 12 ans. Et, en dehors des enfants eux-mêmes, 40 travailleurs birmans en situation irrégulière ainsi que 12 employés d’autres nationalités — dont certains ont tenté de prendre la fuite au moment de l’inspection.

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Trois arrestations, un couple iranien au cœur de l’affaire

Les autorités ont interpellé trois personnes : la gérante thaïlandaise et un couple iranien, Aïdin Kishipour et Ndin Kishipour, tous deux âgés de 45 ans, propriétaires co-gérants de l’établissement. Les charges retenues à leur encontre sont multiples : exploitation d’une institution éducative sans autorisation et emploi de travailleurs étrangers en situation irrégulière. Six enseignants étrangers, de nationalités diverses dont française et sud-africaine, ont également été mis en cause pour travail sans permis et non-respect des conditions légales d’emploi.

La présence d’un couple de nationalité iranienne à la tête d’un établissement accueillant quasi exclusivement des enfants israéliens n’a pas manqué de frapper les esprits, aussi bien dans la presse israélienne que dans les médias thaïlandais. Ynet, l’un des principaux médias israéliens en ligne, a été parmi les premiers à relayer l’information depuis Bangkok Post et les autorités thaïlandaises. Si aucun élément communiqué officiellement ne fait état d’une dimension sécuritaire directe, la configuration reste pour le moins inhabituelle, dans un contexte régional où les tensions entre Israël et l’Iran restent à un niveau extrêmement élevé.

Koh Phangan, microcosme d’une présence israélienne qui dérange

L’affaire n’éclate pas dans un vide. Koh Phangan est devenue, ces dernières années, l’une des destinations phares des Israéliens en quête d’un refuge loin des pressions de la guerre et du coût de la vie. On estime à environ 2 500 le nombre d’Israéliens installés de façon plus ou moins permanente sur cette île, qui accueille également des flux importants de touristes israéliens. Cette concentration a engendré une économie parallèle : commerces, services, structures éducatives — souvent hors cadre légal — montés par et pour la communauté israélienne locale.

Les plaintes se sont accumulées. Sur les réseaux sociaux, le mouvement « Save Koh Phangan » a pris de l’ampleur, porté par des habitants de l’île qui refusent de la voir se transformer, selon leurs mots, en une nouvelle Tel-Aviv. Des établissements thaïlandais ont affiché des panneaux d’interdiction visant explicitement les ressortissants israéliens. En octobre 2025, les autorités thaïlandaises avaient déjà procédé à des descentes dans des crèches tenues illégalement par des étrangers à Koh Phangan, interpellant notamment des ressortissants israéliens pour exploitation sans licence. En novembre 2025, Bangkok avait durci les conditions de séjour pour les étrangers vivant grâce à des renouvellements répétés de visas touristiques — une mesure qui visait directement les familles israéliennes installées dans les îles du sud.

Le raid du 1er mai 2026 s’inscrit dans cette logique de durcissement. Selon le rapport officiel des forces de sécurité, l’opération a été déclenchée à la suite de plaintes sur les réseaux sociaux signalant des activités commerciales menées par des étrangers en violation de la loi, susceptibles de constituer une menace pour la sécurité nationale à long terme.

Une zone grise qui ne pouvait plus durer

La situation des familles israéliennes à Koh Phangan illustre une réalité complexe. Des familles sont arrivées en Thaïlande pour fuir le stress de la guerre, attirées par un cadre de vie plus serein et un coût de l’existence réduit. Elles ont progressivement construit des infrastructures communautaires — écoles, synagogues, commerces — en opérant dans une zone grise juridique que les autorités thaïlandaises ont longtemps tolérée. Ce temps-là semble révolu.

Pour les 89 enfants découverts dans le jardin d’enfants de Koh Phangan, la question immédiate est celle de leur prise en charge. Les autorités thaïlandaises n’ont pas précisé dans leurs communiqués officiels quelles mesures seraient prises à leur égard. Leurs parents, pour leur part, devront s’expliquer sur les raisons pour lesquelles ils confiaient leurs enfants à un établissement non agréé. Et le couple iranien gérant cette structure, lui, devra répondre devant la justice thaïlandaise de charges qui pourraient entraîner des peines significatives.

L’affaire a été transmise au commissariat de Koh Phangan pour la suite de la procédure. Les autorités ont annoncé leur intention de renforcer les contrôles pour prévenir toute réapparition de ce type de structure illégale.


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