La Belgique vient de franchir un seuil. En annonçant officiellement des poursuites pénales contre trois mohelim d’Anvers, la justice belge a transformé ce qui était jusqu’alors une enquête judiciaire en une affaire diplomatique internationale — avec des répercussions qui dépassent largement les frontières du plat pays.
Le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Sa’ar n’a pas mâché ses mots : « Par cette démarche, la Belgique rejoint une liste honteuse, avec l’Irlande, des pays qui utilisent la loi pénale pour accuser des Juifs uniquement en raison de leur judaïsme. C’est une marque d’infamie pour la Belgique. »
Les faits : perquisitions à l’aube, couteaux saisis, poursuites annoncées
Le 14 mai 2025, à Anvers, des perquisitions ont été menées sur trois sites dans le cadre d’une enquête sur des circoncisions considérées comme illégales, visant des mohelim. Les autorités ont mené ces perquisitions tôt le matin dans trois lieux du quartier juif d’Anvers et du quartier vert voisin, à la recherche de couteaux et d’autres équipements utilisés pour la brit mila.
Trois d’entre eux ont été inculpés pour avoir pratiqué une intervention médicale sans être détenteurs d’une licence médicale, et les procureurs estiment désormais disposer de suffisamment de preuves pour obtenir une condamnation.
L’argument juridique belge est simple : la loi stipule strictement que seuls les médecins peuvent pratiquer la circoncision ou toute opération de ce type. Le problème est tout aussi simple : dans la tradition juive, la brit mila doit être accomplie par un mohel spécialement formé selon des règles religieuses précises — et non nécessairement par un médecin.
L’origine des plaintes : un personnage controversé
Les poursuites trouvent leur origine dans des signalements déposés par Moshe Aryeh Friedman, figure ultra-orthodoxe marginale née en 1972 à Williamsburg (New York), installé successivement à Vienne puis à Anvers. Friedman se présente comme « Oberrabbiner », titre dont la légitimité est contestée par la Communauté israélite de Vienne et par le Consistoire central israélite de Belgique. En décembre 2006, il a participé à la conférence de Téhéran organisée par le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, tribune négationniste notoire.
Le paradoxe n’a pas échappé aux observateurs : c’est une figure rejetée par les communautés juives officielles qui a déclenché une procédure judiciaire contre des mohelim respectés au sein de ces mêmes communautés.
L’onde de choc diplomatique
L’ambassadeur américain en Belgique, Bill White, a accusé ouvertement les autorités belges d’antisémitisme, exigeant l’arrêt immédiat des poursuites et qualifiant la procédure de « ridicule et antisémite ». La Belgique a répondu en convoquant l’ambassadeur américain — un incident diplomatique rarissime entre deux pays alliés.
Le commissaire européen à la Santé, Olivér Várhelyi, exerce également des pressions sur le ministre belge de la Santé pour trouver une solution.
Le député belge Michael Freilich, seul législateur juif du Parlement belge, rappelle que d’autres pays européens ont su concilier exigences médicales et liberté religieuse. L’Allemagne dispose d’une loi autorisant un mohel accepté par la communauté juive à pratiquer la circoncision. Le Royaume-Uni dispose d’une société d’initiation des mohalim vieille de 300 ans qui réglemente cette pratique. La Belgique, elle, n’a pas encore trouvé cet équilibre — et ce vide juridique est en train de lui coûter cher sur la scène internationale.
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